AccueilReflexionContributionSociétés paramilitaires privées : après le chant des armes, aucune solution politique à l’horizon 

Sociétés paramilitaires privées : après le chant des armes, aucune solution politique à l’horizon 

Par
Coulibaly Amadou

OPINION

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Partout sur la planète, les conflits des 30 dernières années ont fait la part belle aux sociétés paramilitaires privées. Qu’elles soient américaines, sud-africaines, britanniques ou russes comme c’est le cas avec Wagner aujourd’hui, elles n’offrent malheureusement aucune solution politique à long terme. Voici ce qui guette le continent africain ! 

Les Américains de Blackwater en Irak ou en Afghanistan, les Sud-Africains d’Executive Outcomes en Angola ou au Sierra Leone, les Britanniques de Sandline International en Papouasie-Nouvelle-Guinée ou au Libéria… Et maintenant les Russes de Wagner en Syrie, en Libye, en Ukraine ou dans plusieurs pays du Sahel. Le scénario est toujours le même : pour éviter à leur gouvernement respectif de se salir officiellement les mains, ces sociétés de sécurité privées – comme elles aiment s’appeler elles-mêmes – laissent derrière elles un chaos total. Est-ce vraiment l’avenir que l’on souhaite aujourd’hui pour la République centrafricaine ou le Mali ? Et pour l’ensemble du Sahel ? 

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Des exemples à ne pas suivre 

Nous autres Africains devons nous poser la question sans faux semblants : le groupe paramilitaire russe Wagner est-il vraiment la meilleure solution pour rétablir l’ordre républicain et la démocratie dans le Sahel ? La sécurité et la prospérité ? Rien n’est moins sûr. Partout où des groupes similaires sont passés, l’herbe n’a pas repoussé : regardez aujourd’hui l’Irak et l’Afghanistan ! Regardez la Syrie qui est toujours en guerre même si les médias du monde entier regardent désormais ailleurs. Où regardent-ils surtout ? Vers l’Ukraine. Mais voilà, le cas ukrainien n’est clairement pas un exemple à suivre. 

Les hommes du groupe Wagner sont impliqués depuis 2014 dans les quatre régions séparatistes que Moscou vient d’annexer. Déjà huit ans d’un conflit qui a traîné en longueur dans l’est de l’Ukraine et qui a servi de prétexte à une « opération spéciale » dont le continent africain, par ricochet, paye le prix fort sur le plan alimentaire, les chaînes d’approvisionnement en céréales étant complètement perturbées. Quelle que soit leur nationalité, ces groupes paramilitaires ne sont pas là pour trouver des solutions politiques aux conflits dans lesquels ils s’engagent : ils sont là pour entretenir les braises au profit d’une poignée de décideurs.  

Même chose en Syrie : le groupe Wagner – financé par un proche de Poutine, Yevgeny Prigozhin – a été déployé là-bas pour sécuriser les zones où les entreprises russes pillent les ressources naturelles du pays, grâce à des contrats abscons signés avec un pouvoir central – celui de Bachar el-Assad – qui n’a presque plus de pouvoir si ce n’est celui de dire « amen » à ses créanciers et à ceux qui lui sont venus en aide militairement. La sécurité et la prospérité du peuple syrien n’ont jamais été à l’agenda du groupe Wagner. C’est exactement ce qui se passe aujourd’hui en République centrafricaine… Les Russes ont fait main basse sur les ressources minières et sur le bois du pays, avec la bénédiction du président Faustin-Archange Touadéra. Le peuple, lui, repassera. Les Centrafricains font toujours partie des trois peuples les plus pauvres au monde ! 

Un remède pire que la maladie 

Au plan sécuritaire, la République centrafricaine a également une longueur d’avance sur le Mali ou sur le Burkina Faso. Cela devrait nous mettre la puce à l’oreille ! Car sur le terrain, l’intervention des miliciens de Wagner se solde par des exactions par dizaines, malgré ce que l’armée de trolls sur les réseaux sociaux veulent nous faire croire. D’autant que militairement, Wagner n’est plus aussi fringuant que ce que la propagande veut bien nous laisser croire. En Ukraine par exemple, le groupe paramilitaire autrefois tout-puissant n’est pas en train de faire pencher la balance en faveur de Moscou. Bien au contraire, comme l’explique Alexandre Zlodeev, ex-mercenaire de Wagner : « Gagner ? Non : il n’y a [pour les Russes] aucun moyen de gagner cette guerre aujourd’hui ! Même avec les hommes de Wagner. Pour qu’on gagne, il faudrait multiplier le nombre de combattants Wagner par centaines. Et où trouver ces gens ? Aguerris, compétents… Depuis l’époque où Wagner a été créé, beaucoup des combattants les plus expérimentés ont été tués. Aujourd’hui, il n’y a plus personne. » Désormais, le groupe Wagner – dirigé, faut-il le rappeler, par Dmitry Utkin, un ex-GRU (l’agence de renseignements militaires russe) dont les tatouages nazis sont connus de tous – est même en train de recruter des prisonniers de droit commun dans les geoles russes pour les envoyer à l’abattoir sur le front ukrainien. A-t-on envie d’en voir débarquer chez nous aussi ? 

Au Sahel, les nouveaux hommes au pouvoir ont voulu se débarrasser de la présence militaire de la France, l’ancien pays colonisateur. Soit ! Mais le nouveau remède est en train de rendre ces pays – Centrafrique et Mali en tête – encore plus malades. À part sauver ceux qui s’accrochent ou qui accaparent le pouvoir, quelles solutions politiques souveraines offrent ces milices privées étrangères ? Aucune. Ce n’est vraiment pas la solution qu’il nous faut. 

Les civils sont les premières victimes 

Car partout où Wagner passe, les premiers à trinquer, ce sont les civils. Sous couvert de formation des forces armées loyalistes au Mali et en Centrafrique et de reprise de territoires aux jihadistes, les miliciens russes sont sans foi ni loi. « Le groupe Wagner se livre à un niveau élevé de ciblage des populations civiles, aussi bien au Mali qu’en RCA, souligne un rapport de l’ACLED (Armed Conflict Location & Event Data Project). Les actions où des civils sont pris pour cibles représentent 52% et 71%, respectivement, des faits de violence politique commis par le groupe Wagner en RCA et au Mali. Dans les deux cas, ce taux est supérieur à celui des actions ciblant des civils, attribuées aux forces étatiques alliées ou aux groupes rebelles évoluant au sein du même contexte. » Le détail des atteintes aux populations civiles est édifiant : pour le seul Mali, les actions conjointes entre Wagner et FAMa ont entraîné une hausse des actes de ciblages des civils, avec 480 décès parmi les civils depuis 2020. Peut-on vraiment applaudir des deux mains cette « coopération » ? 

Comment, dans ce contexte d’insécurité permanente, ramener la confiance des populations ? Pire encore, comment faire confiance à la junte au pouvoir quand des soldats maliens succombent, des mains-mêmes de Wagner ? Les échauffourées du 27 septembre dernier dans le camp militaire d’Ansango, proche de la frontière nigérienne, ne sont pas arrivées par hasard : 2 soldats maliens sont morts, pour avoir refusé d’exécuter un ordre donné par un mercenaire russe. Et rappelez-vous du massacre de 33 civils du 5 mars dernier impliquant les FAMa et des « soldats blancs », en réalité des « instructeurs » de Wagner ? Cela ne peut plus durer. Les armées africaines doivent retrouver leur souveraineté, avec un seul objectif : restaurer la sécurité et permettre une vraie transition démocratique à un pouvoir civil.  

Les armes et l’argent pour leitmotiv 

Pourquoi les Russes de Wagner feraient-ils mieux au Sahel que les Américains de Blackwater au Moyen-Orient, en partie responsables du chaos dans cette région depuis plus de 20 ans ? Il n’y a aucune raison de le croire. Les sociétés paramilitaires privées ne connaissent que deux langages : celui des armes et celui de l’argent. Et tant qu’il y aura de l’argent à faire – sur le dos des pays et de populations locales –, les armes continueront de chanter et la démocratie sera remise aux oubliettes. 

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