Sénégal : selon le gouvernement, l’emprunt de 650 M€ via des Total return swaps n’était pas secret
Face à la polémique née autour d’un emprunt de 650 millions d’euros contracté via des Total return swaps, l’exécutif sénégalais a choisi de réagir publiquement. Le recours à cet instrument financier, jugé opaque par ses détracteurs alors que le pays doit composer avec une dette publique élevée, a suscité de vives interrogations.

Dans un communiqué, le ministère des Finances assure que ces opérations n’étaient pas dissimulées et qu’elles n’ont pas été mises en place pour empêcher un défaut de paiement survenu en mars. Le gouvernement précise que sept contrats, conclus entre avril et novembre 2025, ont été mobilisés pour répondre aux besoins de trésorerie de l’État au cours de l’année 2025.
Les autorités soulignent que ces montages s’inscrivent dans une logique de diversification des ressources de financement et revendiquent un avantage financier : un taux d’intérêt de 7,1 % jugé plus favorable que certaines alternatives disponibles sur les marchés internationaux, selon le ministère.
Cependant, le contenu précis des contrats de Total return swaps n’a pas été rendu public, ce qui alimente les critiques. Ces instruments, souvent techniques et assortis de clauses strictes, sont régulièrement pointés du doigt pour avantager les établissements prêteurs au détriment des emprunteurs.
Demande d’enquête et tensions politiques
Pour rappel, le Sénégal a mobilisé environ 650 millions d’euros en 2025 via des Total Return Swaps (TRS) avec l’Africa Finance Corporation (AFC) et la First Abu Dhabi Bank (FAB), pour éviter un défaut de paiement sur sa dette. Ces opérations, non divulguées publiquement au départ, ont été révélées par le Financial Times en mars 2026.
L’accord avec l’AFC, signé en mai 2025, a permis de lever jusqu’à 350 millions d’euros ; une première tranche de 105 millions a été reçue contre des obligations en FCFA équivalant à 150 millions d’euros, avec un intérêt de 3,5-4% au-dessus d’un taux variable. En juin 2025, un swap triennal avec FAB a ajouté 300 millions d’euros contre environ 400 millions en obligations, tous deux arrivant à échéance en 2028 et à un taux d’intérêt de 7,1%.
Les TRS sont des produits dérivés qui fournissent de la liquidité en échange de titres (obligations souveraines émises localement), donnant aux créanciers une priorité de remboursement en cas de défaut, contrairement à la clause « pari passu » standard. Cela expose le Sénégal à des risques accrus, comme des pénalités en cas de dégradation de notation, et complique les négociations avec le FMI, qui considère ces swaps comme de la dette extérieure.
Ces fonds ont servi à rembourser 471 millions de dollars d’eurobonds le 13 mars 2026, face à une dette publique à 132% du PIB et un déficit budgétaire de 14%. Le gouvernement nie tout secret, affirmant une diversification des financements conforme aux règles de transparence, malgré les critiques sur l’opacité. Le FMI est informé mais note un manque de détails publics. La principale coalition d’opposition, le Front pour la défense de la démocratie et de la République, a réclamé l’ouverture d’une enquête parlementaire pour faire la lumière sur ces opérations. Par ailleurs, le vote d’un texte destiné à soutenir la politique économique du gouvernement a été reporté, reflétant les divisions provoquées par cette affaire.
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