Sénégal : Ousmane Sonko dénonce «une tyrannie de l’Occident» face à la loi sur l’homosexualité

Ousmane Sonko a défendu devant l’Assemblée nationale la loi durcissant les sanctions contre les relations homosexuelles au Sénégal, rejetant toute idée de moratoire malgré les critiques d’organisations internationales. Adopté sans vote contre en mars, le texte porte les peines jusqu’à dix ans de prison et s’inscrit dans un climat de forte tension entre souveraineté législative revendiquée par Dakar et pressions extérieures dénoncées par la majorité.

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Sénégal : Ousmane Sonko dénonce «une tyrannie de l’Occident» face à la loi sur l’homosexualité
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Le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a défendu vendredi 22 mai devant l’Assemblée nationale la loi adoptée le 12 mars 2026 durcissant les sanctions pénales contre les relations homosexuelles, et rejeté toute demande de moratoire. « Nous sommes huit milliards d’êtres humains dans le monde mais il y a un petit noyau qui s’appelle l’Occident, parce qu’il a des moyens et maîtrise les médias, veut l’imposer au reste du monde », a-t-il déclaré lors de son intervention, retransmise par les médias publics sénégalais.

La loi, présentée par Sonko le 25 février et adoptée par 135 voix, trois abstentions et aucun vote contre, modifie l’article 319 du Code pénal relatif aux « actes contre nature ». Elle porte les peines de prison de cinq à dix ans, contre un à cinq auparavant, et relève les amendes de 1,5 million à dix millions de francs CFA. Le texte introduit également des sanctions contre la « promotion, le financement et le soutien » de l’homosexualité, de la bisexualité et de la transsexualité. La loi a été promulguée par le président Bassirou Diomaye Faye dans les semaines suivant son adoption.

Une première condamnation au titre du nouveau texte a été prononcée en avril 2026 par un tribunal de Dakar : six ans de prison ferme pour une relation homosexuelle. Depuis février, plusieurs dizaines de personnes ont été interpellées à travers le pays, selon Africanews, souvent à la suite de dénonciations ou de l’exploitation de contenus personnels extraits de téléphones. Dans certains cas, les identités des personnes arrêtées ont été rendues publiques.

La prise de position de Sonko s’inscrit dans une série de déclarations convergentes au sein de la majorité. Le député Guy Marius Sagna avait dénoncé le 19 mai des « injonctions impérialistes » venues de l’extérieur, affirmant que les pressions occidentales ne produisent aucun effet sur les orientations législatives du pays.

Les critiques des organisations internationales

L’adoption de la loi avait suscité des demandes de retrait de la part de plusieurs institutions internationales. Le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Volker Türk avait estimé que le texte « bafoue » les droits humains et exhorté le président Faye à ne pas le promulguer. La Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et Human Rights Watch avaient publié des appels similaires. Amnesty International avait dénoncé une régression des droits fondamentaux.

La présidente de l’Assemblée nationale française, Yaël Braun-Pivet, avait pour sa part diffusé une vidéo sur ses réseaux sociaux dénonçant des violences contre des personnes LGBT au Sénégal, évoquant des individus « pourchassés, humiliés, parfois lynchés ». Cette intervention avait été vivement rejetée par plusieurs responsables sénégalais, dont Guy Marius Sagna, qui y avait vu une forme d’ingérence.

Le collectif religieux « And Sàmm Jikko Yi » (Préservons nos valeurs), dont le porte-parole est Serigne Adama Mboup, avait salué l’adoption de la loi lors d’une conférence de presse tenue le 12 mars, présentant le texte comme l’aboutissement d’un processus entamé depuis plusieurs années par le collectif.

Un texte voté à l’unanimité moins trois abstentions

La loi avait été approuvée sans vote contre à l’Assemblée nationale, reflet d’un consensus politique large sur la question au Sénégal. Aucune formation politique représentée à l’Assemblée n’avait publiquement soutenu les appels à ne pas adopter le texte. L’article 319 du Code pénal, qui pénalisait déjà les « actes contre nature » depuis plusieurs décennies, avait fait l’objet de débats récurrents depuis le début des années 2010, dans un contexte de montée de l’hostilité publique envers les personnes homosexuelles.

Le Sénégal fait partie des 32 pays africains qui pénalisent les relations entre personnes de même sexe, selon les données de l’ILGA (Association internationale des lesbiennes, gays, bisexuels, trans et intersexes). Avec le durcissement de mars 2026, il figure désormais parmi les pays dont les peines maximales encourues sont les plus élevées du continent.

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