Sénégal : Diomaye Faye conditionne le maintien de Sonko à sa « confiance »
Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a accordé samedi 2 mai au soir une longue interview à la presse nationale, sa première sortie médiatique d’envergure depuis avril 2025, au cours de laquelle il a clarifié sa relation avec son Premier ministre Ousmane Sonko et défendu la gestion économique du pays sans accord avec le Fonds monétaire international.

L’entretien, diffusé en direct depuis le Palais à partir de 21 heures sur la RTS, la TFM et Walfadjri TV, a duré un peu plus de deux heures. Le chef de l’État était face à El Hadji Assane Gueye (Groupe Futurs Médias) et Moustapha Diop (Walfadjri), dans un format modéré par Pape Alé Niang, directeur général de la RTS.
Sur la relation au sommet de l’État, qui alimente depuis plusieurs mois les spéculations sur une rivalité entre la coalition Diomaye Président et le parti Pastef d’Ousmane Sonko, le président a tenu un discours sans ambiguïté sur la prééminence de l’Exécutif. « Tant qu’il est Premier ministre, c’est parce qu’il bénéficie de ma confiance. Si cela n’est plus, nous aurons un nouveau Premier ministre », a-t-il déclaré.
Djomaye Faye a néanmoins insisté sur la profondeur des liens personnels qui l’unissent à Ousmane Sonko, qu’il connaît depuis près de quinze ans, précisant que deux de ses enfants portent les prénoms du chef du gouvernement et de la mère de ce dernier.
Sur l’éligibilité de M. Sonko, longtemps contestée par l’ancien régime, il a estimé que le sujet n’a jamais constitué « un problème fondamental » à ses yeux. Il rappelle que son Premier ministre a voté et a été élu en novembre 2024. Il a en revanche dit son incompréhension face à la procédure d’urgence utilisée le 28 avril par la majorité parlementaire pour modifier les articles L29 et L30 du Code électoral, adoptés à 128 voix.
« Pas de rupture » avec le FMI
Sur le volet économique, le chef de l’État a écarté toute rupture avec le Fonds monétaire international, dont le programme avec le Sénégal est suspendu depuis l’arrivée au pouvoir de la coalition Diomaye Président en avril 2024. « Il n’y a pas de rupture avec le FMI, les discussions se poursuivent. Nous voulons un nouveau programme. Maintenant, ce nouveau programme doit suivre nos visions », a-t-il indiqué.
Djomaye Faye a justifié la suspension par le choix de la transparence, le gouvernement ayant lancé dès son installation un audit des finances publiques qui a révisé à la hausse le niveau réel de la dette et du déficit hérités du régime précédent. « Le FMI a suspendu parce que nous avons fait de la transparence », a-t-il affirmé.
Le président a assuré que l’État tenait ses engagements malgré les tensions de trésorerie, citant l’absence de retard de salaires et la régularisation progressive de la situation des travailleurs. Il a fait état d’une dette intérieure inférieure à 600 milliards de FCFA et indiqué que des levées de fonds étaient en cours pour apurer les arriérés. L’année 2026 a été présentée comme prioritaire pour l’investissement public, sous réserve des incertitudes liées aux tensions internationales, notamment au conflit iranien.
Carburant, fonds politiques, justice
Sur les prix du carburant, M. Faye a justifié leur maintien par les efforts de stabilisation engagés depuis janvier, dans un contexte de forte volatilité internationale, sans exclure des arbitrages ultérieurs « si la situation l’exige ». Le chef de l’État a également défendu l’existence des fonds politiques de la Présidence et en reconnaissant les limites de leur transparence publique. « Les fonds politiques relèvent de dépenses qui ne peuvent pas être détaillées au grand public », a-t-il déclaré en citant le renseignement et la solidarité internationale parmi leurs usages.
Sur la justice, Djomaye Faye a réaffirmé sa ligne de non-ingérence. Il a rappelé qu’il a lui-même passé onze mois en détention entre 2021 et 2024 avant son élection à la présidence.


