Sénégal : Ahmadou Al Aminou Lô nommé Premier ministre après le limogeage de Sonko
Bassirou Diomaye Faye a nommé Ahmadou Al Aminou Lô au poste de Premier ministre, trois jours après le limogeage d’Ousmane Sonko. Économiste et ancien haut cadre de la BCEAO, le nouveau chef du gouvernement incarne un choix technocratique dans une séquence politique sensible, alors que Sonko pourrait faire son retour à l’Assemblée nationale et prendre la tête de l’institution.

Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a nommé lundi 25 mai Ahmadou Al Aminou Lô au poste de Premier ministre, trois jours après le limogeage d’Ousmane Sonko et la dissolution du gouvernement. L’annonce a été faite par la Présidence de la République en fin de journée.
Âgé de 60 ans, le nouveau chef du gouvernement occupait depuis le 30 avril 2025 le poste de ministre auprès du Président de la République, chargé du Suivi, du Pilotage et de l’Évaluation de l’Agenda national de transformation « Sénégal 2050 ». Avant cela, il avait exercé les fonctions de ministre secrétaire général du gouvernement depuis le 5 avril 2024, date de la formation du premier gouvernement Sonko.
Économiste de formation, Al Aminou Lô est une figure centrale de l’appareil technocratique sénégalais. Il a consacré l’essentiel de sa carrière à la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), qu’il a rejointe en 1987 et où il a exercé successivement les fonctions de directeur national pour le Sénégal, de conseiller du gouverneur, puis de secrétaire général de l’institution. La composition du nouveau gouvernement n’avait pas été dévoilée au moment de la publication.
Un profil construit dans les institutions financières régionales
Issu du Prytanée militaire de Saint-Louis, Al Aminou Lô est titulaire d’une maîtrise en sciences économiques de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Il a complété son parcours par une formation en techniques bancaires et, en 2023, par un Executive Master en finance islamique obtenu à Kuala Lumpur. Il maîtrise le français et l’anglais.
À la BCEAO, il a notamment supervisé les émissions obligataires du Sénégal sur les marchés internationaux, les relations avec les agences de notation et les négociations avec le Fonds monétaire international. Il a également contribué aux chantiers régionaux liés à la finance islamique au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
En janvier 2026, invité de la Radiotélévision sénégalaise (RTS), il avait défendu la cohérence entre le Plan de redressement économique et social (PRES) et l’Agenda Sénégal 2050, présentant ces deux instruments comme complémentaires. Il y avait relativisé l’absence d’un programme formel avec le FMI, estimant que cette situation n’entravait pas la capacité du Sénégal à mener ses réformes.
Une nomination dans un contexte institutionnel inédit
La nomination intervient dans une séquence politique sans précédent depuis le début du mandat de Faye. Le limogeage de Sonko le 22 mai, suivi de la démission du président de l’Assemblée nationale El Malick Ndiaye le 24 mai, a laissé le pays simultanément sans gouvernement et sans direction parlementaire pendant plus de soixante-douze heures.
Une séance plénière est convoquée le mardi 26 mai à 9h00 à l’Assemblée nationale pour formaliser la réintégration de Sonko comme député et procéder à l’élection d’un nouveau président de l’institution. Avec 130 sièges sur 165, le Pastef dispose de la majorité arithmétique nécessaire pour imposer son candidat sans coalition. Le nom de Sonko circule en tête pour ce poste, ce qui placerait l’ex-Premier ministre à la tête de la deuxième institution de la République.
La configuration qui se dessine — un Premier ministre technocrate proche de Faye à l’exécutif, Sonko potentiellement au perchoir de l’Assemblée — dessine un équilibre institutionnel inédit entre les deux principales figures du camp issu de la présidentielle de mars 2024. Le président ne pourra pas dissoudre l’Assemblée avant novembre 2026.
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