RDC: la justice belge renvoie 14 inculpés en procès dans l’affaire des passeports biométriques de Semlex
La justice belge a décidé, lundi 31 août, de renvoyer quatorze inculpés devant le tribunal correctionnel de Bruxelles dans le dossier des passeports biométriques de la République démocratique du Congo, fabriqués depuis 2015 par l’entreprise belge Semlex. Cette décision de la chambre du conseil intervient au terme d’une instruction ouverte en 2017, portant sur des soupçons de corruption liés à ce contrat, l’un des plus chers au monde pour un passeport : 185 dollars, soit environ 160 euros l’unité.

Selon les révélations du consortium d’enquête « Congo Hold-Up », mené notamment avec RFI à partir de documents bancaires congolais, environ 60 dollars auraient été détournés sur chaque passeport vendu, pour un total évoqué de l’ordre de 60 millions de dollars, soit environ 51 millions d’euros.
Parmi les personnes renvoyées en procès figurent le directeur de Semlex, Albert Karaziwan, et un ancien conseiller financier de l’ex-président congolais Joseph Kabila, Emmanuel Adrupiako. Les identités des douze autres inculpés — des cadres de l’entreprise, des intermédiaires financiers et des proches de l’ancien régime congolais — restent protégées par le secret de l’instruction ; ils bénéficient, comme les deux personnes nommées, de la présomption d’innocence jusqu’au jugement.
Des citoyens congolais et plusieurs associations, dont la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), se sont constitués parties civiles dans ce dossier.
« Un signal fort » selon la FIDH
Le président de la FIDH, l’avocat Alexis Deswaef, a salué la portée de ce renvoi en procès. « C’est une première où une société, ici en l’occurrence belge, est renvoyée avec son dirigeant et des collaborateurs devant le tribunal correctionnel », a-t-il déclaré. Pour lui, l’affaire dépasse le seul cas de Semlex : « C’est vraiment un signal extrêmement fort au niveau de la lutte contre la corruption transnationale, où des entreprises occidentales commettent des faits de corruption dans des pays africains, ici en l’occurrence au Congo. »
Une enquête ouverte après la découverte de 400 000 dollars en liquide
L’enquête belge remonte à janvier 2017, après l’arrestation à l’aéroport de Zaventem, près de Bruxelles, d’un intermédiaire du contrat des passeports porteur de 400 000 dollars en liquide. C’est cette interpellation qui avait fait naître les soupçons de commissions occultes versées par Semlex à des responsables congolais haut placés. Plusieurs citoyens congolais s’étaient constitués parties civiles dans la procédure dès 2020.
Le contrat des passeports biométriques congolais, en vigueur depuis 2015, avait déjà fait l’objet de critiques récurrentes en RDC en raison de son coût, très supérieur à celui pratiqué dans la plupart des pays de la région. L’ouverture du procès devant le tribunal correctionnel de Bruxelles n’a pas encore été datée.
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