Affaire Dangnivo: l’ombre d’un complot d’État plane toujours, l’audience renvoyée
Le dossier de l’ancien cadre du ministère des finances, Urbain Dangnivo a repris ce vendredi 26 juin 2026 avant de connaître un renvoi. .

la Cour a prononcé, ce vendredi 26 juin 2026 à 13 heures 36 minutes, le renvoi du procès sur la disparition de Pierre Urbain Dangnivo au vendredi 3 juillet 2026.
Ce report intervient après des dépositions retentissante de Grégoire Dangnivo, le frère de la victime. Ce dernier a formellement déchargé les deux principaux accusés, Codjo Alofa et Donatien Amoussou, de toute responsabilité directe dans le crime, tout en exigeant qu’ils révèlent les coulisses du « montage » de l’enquête initiale.
Ce délai d’une semaine devrait permettre au tribunal d’analyser la demande formulée par la défense, qui réclame la comparution de l’ancien Directeur général de la Police nationale, le général Louis Philippe Houndégnon. Le rendez-vous du 3 juillet s’annonce d’ores et déjà décisif pour la suite de ce dossier politico-judiciaire majeur.
Retour sur l’affaire
L’affaire Dangnivo est l’un des dossiers politico-judiciaires les plus retentissants, les plus longs et les plus sensibles de l’histoire moderne du Bénin. Commencée sous le régime du président Boni Yayi, elle continue, seize ans plus tard, de susciter passions et interrogations au Tribunal de Cotonou.
Voici le rappel des faits clés pour comprendre les vagues qui secouent à nouveau l’audience aujourd’hui.
La disparition mystérieuse (Août 2010)
Le 17 août 2010, Pierre-Urbain Dangnivo, cadre émérite du ministère de l’Économie et des Finances et syndicaliste très actif, disparaît brusquement à Cotonou après son travail. Membre de la FESYNTRA-Finances, il était connu pour ses positions fermes et son accès à des dossiers financiers sensibles de l’État. Sa disparition déclenche immédiatement une vague d’indignation syndicale et des marches de protestation massives à travers le pays. L’opposition et la société civile soupçonnent très vite un enlèvement politique.
L’exhumation controversée de Womey (Septembre 2010)
Face à la pression de la rue, le gouvernement accélère les recherches. Le 27 septembre 2010, un corps est exhumé dans une maison en construction à Womey (commune d’Abomey-Calavi). Les autorités judiciaires et policières affirment qu’il s’agit du corps de Pierre-Urbain Dangnivo.
C’est le début d’un immense doute national :
- Refus de la famille : La famille Dangnivo et les syndicats rejettent catégoriquement ces conclusions, pointant du doigt des anomalies morphologiques évidents.
- La bataille des tests ADN : Des analyses de laboratoires internationaux (notamment en France) se succèdent. Les résultats se contredisent ou restent flous, alimentant la thèse d’une mise en scène officielle ou d’un « corps de substitution » destiné à clore l’affaire.
Les suspects officiels : Alofa et Amoussou
Pour porter la culpabilité de ce meurtre, la justice s’appuie sur deux hommes : Codjo Cossi Alofa (présenté comme un repris de justice, charlatan ou criminel à gages) et Donatien Amoussou. Selon la thèse initiale du parquet, Alofa aurait avoué avoir assassiné Dangnivo dans le cadre d’un crime crapuleux ou d’un rituel.
Cependant, le parcours de l’accusé principal va fragiliser l’instruction :
- Rétractations en boucle : Devant les juges, Alofa se rétracte à plusieurs reprises, affirmant avoir agi sous la torture et avoir reçu des promesses de forte somme d’argent et d’expatriation s’il endossait le rôle du tueur.
- Une évasion spectaculaire (2015) : En février 2015, Alofa s’évade de la prison civile de Akpro-Missérété dans des circonstances rocambolesques, avant d’être rattrapé quelques mois plus tard au Togo. Cette évasion nourrit les soupçons de complicités au plus haut niveau de l’appareil sécuritaire de l’époque pour le faire taire.
Un procès sans fin et des fantômes qui refont surface
Après un premier procès avorté en 2015 en raison des incohérences du dossier, l’affaire est restée en suspens pendant des années, laissant les accusés en détention préventive prolongée.
Le retour du dossier à la barre en juin 2026 ravive les plaies et confirme que la vérité officielle n’a jamais convaincu les proches de la victime. La déclaration du frère de la victime, Grégoire Dangnivo affirmant haut et fort que les accusés actuels n’ont rien à voir avec le meurtre mais doivent révéler les coulisses du « montage » , ainsi que la demande de comparution de l’ancien Directeur général de la Police nationale (DGPN), Louis Philippe Houndégnon, démontrent que seize ans après, l’ombre d’un complot d’État plane toujours sur ce dossier.
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