Ouganda : envoyer de l’argent à sa famille depuis l’étranger bientôt passible de prison
En Ouganda, un projet de loi examiné au Parlement depuis le 16 avril 2026 suscite de vives inquiétudes, tant au sein de la diaspora que parmi les organisations de la société civile. Baptisé « protection de la souveraineté », ce texte prévoit un encadrement strict des flux financiers en provenance de l’étranger, au point de pouvoir pénaliser des transferts destinés à des proches.

Selon les dispositions envisagées, toute personne recevant de l’argent depuis l’étranger pourrait être assimilée à un « agent de l’étranger ». Cette qualification impliquerait l’obligation d’obtenir une autorisation préalable du ministère de l’Intérieur avant de percevoir des fonds.
Le texte introduit également un plafond annuel pour ces transferts, fixé autour de 400 millions de shillings ougandais (un peu plus de 100 000 dollars américains). Au-delà de ce seuil, une autorisation spécifique serait requise, renforçant le contrôle de l’État sur les flux financiers extérieurs.
Le projet de loi prévoit des sanctions particulièrement sévères en cas de non-respect des nouvelles règles. Les transferts non déclarés ou effectués sans autorisation pourraient entraîner jusqu’à dix ans d’emprisonnement.
Dans les cas jugés plus graves, notamment lorsqu’un transfert est interprété comme relevant d’un « sabotage économique », les peines pourraient être portées à vingt ans de prison. Des amendes et restrictions supplémentaires pourraient également s’appliquer aux personnes ou organisations concernées.
Les autorités ougandaises défendent ce projet comme un instrument de protection contre les ingérences étrangères. En contrôlant les financements extérieurs, le gouvernement affirme vouloir préserver l’indépendance politique et économique du pays.
Cette approche s’inscrit dans une logique de sécurité nationale, où les flux financiers internationaux sont perçus comme susceptibles d’influencer les décisions internes ou de soutenir des acteurs jugés hostiles à l’État.
Un texte aux implications économiques et politiques
Les critiques sont toutefois nombreuses. Des juristes et organisations de défense des droits estiment que le texte risque de pénaliser des pratiques courantes, notamment les envois d’argent destinés à soutenir des familles restées au pays.
Du côté de la diaspora ougandaise, l’inquiétude est particulièrement forte. Beaucoup dénoncent une stigmatisation et redoutent un effet dissuasif, susceptible de réduire significativement les transferts financiers qui constituent une source essentielle de revenus pour de nombreux ménages.
Au-delà de l’aspect juridique, ce projet de loi pourrait également avoir des conséquences majeures sur l’économie nationale. Les transferts de la diaspora représentent une part importante des ressources financières du pays, et leur éventuelle diminution pourrait fragiliser des millions de foyers.
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