Législatives 2026 au Bénin: chez les Issa, une fine transition familiale
Dans la première circonscription électorale du Nord-Est béninois, couvrant Kandi, Malanville et Karimama, les législatives de janvier 2026 ont consacré une transition politique singulière. Le député sortant Issa Salifou, figure influente de la région et plusieurs fois élu à l’Assemblée nationale, n’a pas sollicité de nouveau mandat. À sa place, son fils aîné, Youssouf Issa, 31 ans, a été investi sur la liste de l’Union progressiste – Le Renouveau (UP-R) et a remporté le siège. Cette passation de témoin, opérée sans rupture apparente, fait de Youssouf Issa le plus jeune député de la 10ᵉ législature.

Dans la première circonscription électorale du Nord-Est béninois, couvrant Kandi, Malanville et Karimama, les législatives de janvier 2026 ont consacré une transition politique singulière. Le député sortant Issa Salifou, figure influente de la région et plusieurs fois élu à l’Assemblée nationale, n’a pas sollicité de nouveau mandat. À sa place, son fils aîné, Youssouf Issa, 31 ans, a été investi sur la liste de l’Union progressiste – Le Renouveau (UP-R) et a remporté le siège. Cette passation de témoin, opérée sans rupture apparente, fait de Youssouf Issa le plus jeune député de la 10ᵉ législature.
En cédant son siège à son fils, Issa Salifou assure la préservation de son influence dans un bastion électoral stratégique. Homme d’affaires reconnu et acteur politique central dans le Nord-Est, il a su construire au fil des années un réseau solide. L’investiture de Youssouf Issa sur la liste de l’UP-R apparaît comme une opération de continuité car le capital politique reste dans le même périmètre d’influence, tout en affichant un renouvellement générationnel.
Sur le plan partisan, l’opération est rationnelle. L’UP-R, alliée au Bloc républicain, a remporté 60 des 109 sièges du Parlement lors du scrutin de 2026. Dans un tel contexte de domination, sécuriser un siège stratégique en évitant les luttes internes ou l’émergence d’un candidat dissident constitue un choix pragmatique. La désignation d’un héritier formé, politiquement encadré et adoubé par une figure locale respectée réduit les risques d’instabilité.
Cette logique de transmission politique contribue ainsi à la consolidation de la majorité présidentielle et à la stabilité de la représentation locale. Mais elle n’est pas exempte de controverses.
Népotisme ou renouvellement maîtrisé ?
La succession familiale interroge inévitablement le rapport entre méritocratie et héritage en politique. Si la transition a été juridiquement régulière et validée par les urnes, certains observateurs y voient une illustration de pratiques dynastiques persistantes dans les systèmes politiques africains.
Le fait que Youssouf Issa ait bénéficié du soutien logistique et stratégique de son père pendant la campagne nourrit les critiques. Pour certains citoyens et commentateurs, cette transmission évoque une « politique de papa », où le capital électoral se transmet comme un patrimoine. Dans un contexte où la compétition électorale reste structurée autour de grands partis dominants, la capacité d’un acteur à émerger sans réseau familial puissant demeure limitée.
Toutefois, réduire cette élection à un simple mécanisme de favoritisme serait incomplet. La candidature de Youssouf Issa s’inscrit également dans une dynamique plus large de rajeunissement des élites politiques béninoises. L’arrivée de députés âgés de 30 à 35 ans à l’Assemblée nationale marque une inflexion notable dans la sociologie du pouvoir législatif. Dans un pays où la pyramide des âges est largement dominée par les moins de 35 ans, la pression démographique impose progressivement une adaptation des partis politiques.
Youssouf Issa incarne ce renouvellement. Diplômé d’universités américaines — licence en finances à Suffolk University et MBA en Business Analytics à Bentley University — il présente un profil technocratique assumé. Son passage par l’ambassade du Bénin à Abuja, puis par le ministère de l’Économie et des Finances, lui confère une expérience administrative et diplomatique qui dépasse le simple héritage familial.
Son engagement public lors des mobilisations en faveur de l’ordre constitutionnel en 2025 a également contribué à façonner son image de jeune cadre engagé. Cette posture renforce la narration d’un élu qui ne serait pas uniquement le produit d’une filiation politique, mais aussi le représentant d’une jeunesse instruite et connectée aux enjeux contemporains.
L’avenir politique de Youssouf Issa dépendra donc en grande partie de sa capacité à s’émanciper symboliquement de l’ombre paternelle. S’il se distingue par des initiatives législatives pertinentes, une présence active dans les commissions parlementaires ou une communication transparente avec ses électeurs, il pourra progressivement transformer un héritage familial en capital politique personnel.
À l’inverse, une posture strictement alignée sur les positions partisanes sans expression propre risquerait d’alimenter la perception d’un mandat sous tutelle.
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