Le Niger ne décolère pas sur l’injonction de l’UE dans le cas Mohamed Bazoum
La motion adoptée par le Parlement européen appelant à la remise en liberté de Mohamed Bazoum au Niger a déclenché une réaction vive à Niamey et au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES). La décision, largement soutenue à Strasbourg, heurte frontalement les autorités militaires de la région et relance la question de la capacité de l’Union européenne à peser sur cette crise.

Bruxelles avait sans doute anticipé le rejet de ce texte par les juntes : la responsabilité d’une initiative portée par Christophe Gomart, ancien militaire français, a alimenté les soupçons d’ingérence et servi de prétexte à un refus catégorique. Dans l’espace politique de l’AES, où la légitimité passe souvent par la démonstration de la force, l’absence de pouvoir coercitif de l’UE affaiblit sa portée opérationnelle.
Pour autant, le résultat du vote n’est pas anodin : 524 députés sur 555 ont approuvé la résolution, ce qui lui confère un poids symbolique important. Cette marque de solidarité européenne pourrait redonner de l’élan aux mouvements nigériens qui réclament la libération de leur président.
Et malgré les pressions exercées par les militaires, Mohamed Bazoum reste campé sur sa décision de ne pas abandonner ses fonctions. Ce refus de démissionner illustre, aux yeux de ses partisans, la persistance d’un engagement démocratique face à la contrainte militaire.
Le texte évite le terme « séquestration » pour s’appuyer sur le droit
Sur le plan tactique, l’Union européenne a volontairement choisi un registre juridique moins frontal : la résolution parle de détention arbitraire plutôt que d’employer un vocabulaire plus accusatoire. L’argument tient au fait qu’à ce stade la junte n’a pas engagé de procédure publique formelle visant Bazoum, malgré la levée de son immunité en 2024, ce qui laisse une marge d’action sur le terrain des droits de l’homme.
La résolution rappelle également que Mohamed Bazoum a été élu par le suffrage, une précision qui met implicitement en cause la légitimité du pouvoir en place et souligne le caractère problématique de sa privation de liberté. Pour ses détracteurs, cela revient à contester le maintien de la junte au pouvoir au regard de la souveraineté populaire.
Au-delà du cas individuel, le texte contribue à remettre la crise nigérienne au centre des débats internationaux. Les auteurs de la résolution pointent une dégradation persistante de la situation sécuritaire au Sahel et craignent que le dossier ne glisse vers une banalisation, à l’image d’autres foyers de tension en Afrique.
Ce qui irrite surtout les juntes, c’est que le document vient fragiliser le récit qu’elles promeuvent : celui d’un contrôle retrouvé et d’une progression sécuritaire qui justifierait leur gestion.
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