Kenya : le record historique de Sawe au marathon de Londres ébranle la planète athlétisme
Dimanche 26 avril, le Kényan Sébastian Sawe a bouclé la distance en 1 h 59 min 30 s lors du marathon , devenant ainsi le premier homme à descendre sous la barre symbolique des deux heures. Lors de cette édition, trois coureurs ont en outre amélioré l’ancien record mondial.

Jean‑Claude Vollmer, ancien entraîneur national des spécialistes du marathon en France, confie avoir été frappé par l’événement. Il rappelle que la première tentative médiatisée de franchir les deux heures par Eliud Kipchoge s’était déroulée dans un format non homologué, et souligne que les progrès technologiques — notamment les plaques et mousses des dernières chaussures — ont profondément modifié le terrain de comparaison avec les performances d’autrefois.
La performance de Sawe, supérieure d’une minute au précédent record détenu par Kelvin Kiptum, surprend par l’écart car à ce niveau, gagner soixante secondes représente une progression considérable. Vollmer insiste sur le fait que Sawe est un coureur éprouvé, entouré d’adversaires de très haut niveau comme Yomif Kejelcha ou Jacob Kiplimo, et s’interroge sur la valeur relative de ces nouveaux chronos alors que les enjeux financiers poussent certains athlètes à privilégier des rendez‑vous rentables plutôt que les championnats internationaux.
Au‑delà des seules innovations matérielles, Vollmer évoque aussi un lâcher‑prise mental rendu possible par les exploits précédents, la professionnalisation accrue de la discipline, une meilleure maîtrise de l’alimentation pendant la course et des méthodes d’entraînement affinées. Tous ces facteurs, combinés, expliqueraient la densité de performances observée, même si l’ancien coach reste dubitatif quant à la pérennité de ces sauts chronométriques.
Itinéraires, conditions et interrogations
Sawe arrive sur la distance avec un solide palmarès : plusieurs victoires sur des marathons majeurs et des références sur 10 km et semi‑marathon qui attestent d’une vitesse de base notable. Contrairement à certains coureurs issus de la piste, il a construit sa carrière en se focalisant sur les routes et les semi‑marathons, choix qui s’explique aussi par l’attrait économique du circuit marathon.
Sur la question de l’avenir des records, Vollmer rappelle que des éléments extérieurs — météo, hygrométrie, température, concurrence et pacemaking — jouent un rôle déterminant. Toutes ces conditions se sont conjuguées à Londres, ce qui peut expliquer un bond inédit. Reste la question : jusqu’où pourra‑t‑on descendre ? Pour lui, il est difficile d’en prédire la limite, mais l’idée d’un chrono encore inférieur n’est plus aussi inconcevable qu’il y a vingt ans.
Enfin, l’émergence de chronos exceptionnellement bas ravive les interrogations autour du contrôle antidopage. Vollmer note que le Kenya a connu de nombreux cas positifs et rappelle que Sawe fait l’objet de contrôles réguliers intégrés aux dispositifs d’intégrité. Sans remettre en cause la performance individuelle, il admet que ces résultats hors normes poussent à s’interroger sur leurs origines — qu’elles relèvent du progrès, de la circonstance ou d’autre chose.
Pour l’heure, la hiérarchie historique de la discipline pourrait être bouleversée : Eliud Kipchoge, longtemps considéré comme l’incontestable référence, voit son statut remis en question. Mais, souligne Vollmer, la vraie confirmation viendra si ces chronos se retrouvent aussi dans les grands championnats internationaux, lorsque la compétition se jouera sans les formats et conditions particuliers qui favorisent parfois des records spectaculaires.
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