Guerre en Iran : pour la première fois, l’essence dépasse 2 euros en France
Les prix des carburants atteignent de nouveaux sommets en France, avec le litre de SP95-E10 au-dessus de 2 euros et un gazole encore très élevé depuis le début de la guerre au Moyen-Orient. Face à la flambée provoquée par la fermeture quasi totale du détroit d’Ormuz, le gouvernement Lecornu étend ses aides aux grands rouleurs, aux pêcheurs, aux agriculteurs et aux petites entreprises du BTP.

Le litre de SP95-E10, l’essence la plus consommée en France, s’affichait vendredi 15 mai en moyenne nationale à 2,038 euros, son niveau le plus élevé depuis le déclenchement de la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran le 28 février, selon les données collectées par la plateforme gouvernementale Prix-carburants.gouv.fr. Le gazole, carburant le plus utilisé dans l’Hexagone, cotait pour sa part à 2,152 euros le litre, en léger recul après avoir dépassé 2,30 euros à la mi-avril.
Depuis le 27 février, veille des premières frappes israélo-américaines, le litre de SP95-E10 a progressé de 32 centimes, soit une hausse de 18,5 %, selon un calcul de l’AFP établi sur quelque 7 299 stations. Le gazole a, lui, augmenté de 50 centimes (+29,5 %) sur la même période, selon la même source. En tendances comparées à l’Allemagne et au Royaume-Uni, la France accuse une progression similaire — environ 21 % sur l’essence et 31 % sur le gazole entre fin février et début mai, selon des données publiées par CNews — en raison d’une diversification de ses approvisionnements qui a amorti le choc dans un premier temps.
Le blocage quasi total du détroit d’Ormuz par les Gardiens de la révolution islamique d’Iran, depuis fin février, est à l’origine de la flambée mondiale. Selon l’Agence internationale de l’énergie (AIE), environ 20 % du pétrole et du gaz naturel liquéfié (GNL) mondial transitaient par ce passage de 34 kilomètres de large dans sa partie la plus étroite. Le trafic de pétroliers y a d’abord chuté d’environ 70 %, avant de tomber presque à zéro, selon la plateforme de données maritimes Lloyd’s List. Quatre grands pays producteurs — l’Arabie saoudite, les Émirats arabes unis, l’Irak et le Koweït — ont réduit ou suspendu leur production exportée par cette voie. Des pipelines alternatifs existent (Yanbu pour l’Arabie saoudite, Fujaïrah pour les Émirats), mais leur capacité combinée ne compense pas les volumes habituels, avec un déficit estimé à 12 millions de barils par jour. Le directeur exécutif de l’AIE a qualifié le 21 mars la fermeture prolongée du détroit de « plus grande menace pour la sécurité énergétique mondiale de toute l’histoire ».
Le cours du Brent, qui cotait autour de 72 dollars le baril fin février, a frôlé les 126 dollars au plus fort de la crise et se maintient depuis plusieurs semaines autour de 100 dollars, selon le Grand Continent. Vendredi 16 mai, la télévision d’État iranienne a indiqué que les Gardiens de la révolution permettent désormais à davantage de navires de franchir le détroit, sans préciser les conditions de ce desserrement. Les exportations de pétrole irakiennes via Ormuz ont été divisées par dix en avril, selon une dépêche AFP du 16 mai.
Les mesures du gouvernement Lecornu
Face à la flambée, le Premier ministre Sébastien Lecornu a annoncé le 21 avril un dispositif d’aides par secteur, complété depuis. Environ 2,9 millions de travailleurs aux revenus modestes, qualifiés de « grands rouleurs », pourront réclamer une aide forfaitaire de 50 euros, équivalant à environ 20 centimes par litre de carburant sur trois mois. Ce montant couvre rétroactivement les mois d’avril, mai et juin 2026. La demande sera possible à partir du 27 mai sur la plateforme impots.gouv.fr. La porte-parole du gouvernement et ministre déléguée chargée de l’Énergie Maud Bregeon a précisé sur Europe 1 le 22 avril que le dispositif cible les travailleurs « sous conditions de revenus et de détention d’un véhicule personnel utilisé à des fins professionnelles ».
Les secteurs professionnels bénéficient de soutiens élargis à partir de mai : l’aide aux pêcheurs passe de 20 à 30-35 centimes par litre, sous réserve de validation par la Commission européenne ; l’aide sur le gazole non routier agricole est portée à 15 centimes par litre, contre 4 centimes en avril. Le bâtiment et travaux publics (BTP) intègre pour la première fois un dispositif d’aide, à hauteur d’environ 20 centimes par litre pour les entreprises de moins de 20 salariés. Le gouvernement a par ailleurs autorisé samedi 16 mai par arrêté publié au Journal officiel la circulation des camions-citernes tout le weekend, pour « sécuriser la continuité des approvisionnements en carburant ». Lecornu a écarté toute baisse générale de fiscalité, invoquant l’impact sur les finances publiques, et rappelant que l’État avait engrangé en mars 270 millions d’euros de recettes fiscales supplémentaires liées à la hausse des prix.
Impact sectoriel et comparaison européenne
Les secteurs de la pêche, du transport routier et de l’agriculture sont les premiers affectés par la flambée, selon le gouvernement. Le 31 mars, le prix moyen hebdomadaire du gazole avait atteint 2,188 euros, un record absolu depuis 1985, date à laquelle le ministère de l’Économie a commencé à compiler ces statistiques. Dans 70 % des stations-service françaises, un plein de 40 litres de gazole coûtait au 1er avril plus de 20 euros plus cher qu’avant la guerre, d’après un relevé de franceinfo basé sur les données du ministère de l’Économie. La France a diversifié ses importations de pétrole brut depuis 2024, avec l’Amérique du Nord (23 %) et l’Afrique subsaharienne (21 %) comme premiers fournisseurs, selon les statistiques publiques de l’énergie (SDEDS), ce qui explique que l’Hexagone ne figure pas parmi les treize pays les plus touchés en proportion. L’Espagne, l’Italie et le Luxembourg affichaient des prix à la pompe inférieurs à la France au 30 mars, selon le site Vie-publique.
Le gouvernement a annoncé des discussions en cours avec des compagnies pétrolières sur la transparence de leurs marges. Une réunion internationale conduite par la France et le Royaume-Uni en vue d’une mission multinationale de protection de la navigation dans le détroit d’Ormuz s’est tenue le 17 avril. L’ouverture du guichet de demande d’aide pour les « grands rouleurs » est prévue pour le 27 mai 2026.
Articles liés
Lomé : 13 détenus entament une grève de la faim contre leur maintien en prison
Bénin : 25 personnes interpellées et 769 téléphones saisies dans une vaste opération policière à Porto Novo
Bénin : ligoté puis tué dans sa chambre, un jeune retrouvé en état de putréfaction à Abomey Calavi
Bénin : 13 officiers supérieurs de la Police républicaine élevés à de nouveaux grades