Ghana : John Mahama critiqué pour sa position sur la loi anti-LGBTQ+
Au Ghana, le projet de loi très controversé visant à restreindre les droits des personnes LGBTQ+ a repris une place centrale dans le débat public après les déclarations du président John Mahama qui a estimé que ce texte ne devait pas être considéré comme prioritaire. Sa position a provoqué une vive réaction de la part de responsables religieux et de certains acteurs de la société civile, tandis que d’autres voix mettent en avant des urgences sociales et économiques plus pressantes.

Des critiques reprochent au chef de l’État une incohérence entre ses prises de position en campagne et sa posture actuelle. Selon Raphaël Ahenu Junior, dirigeant de la Global Media Foundation, le futur président aurait instrumentalisé ce dossier pendant la période électorale et changerait maintenant de cap, ce qui alimente un sentiment de tromperie auprès d’une partie de l’opinion.
Fin mars, John Mahama a expliqué que le pays devait concentrer ses efforts sur des secteurs essentiels comme l’éducation, la santé et la création d’emplois plutôt que sur l’examen immédiat de ce texte législatif, relançant ainsi un débat national déjà fortement polarisé.
Le texte en question, réputé pour sa sévérité au regard des standards africains, cherche à pénaliser les relations entre personnes de même sexe et à réprimer le soutien ou la promotion de ces communautés. Les organisations religieuses se sont rapidement positionnées pour défendre ce qu’elles considèrent comme des valeurs morales et familiales menacées.
Arguments croisés et implications politiques
Pour une partie de l’opinion, la question dépasse la sphère strictement politique et touche à l’identité culturelle. Des responsables affirment que certaines pratiques défendues au nom des droits individuels ne correspondent pas aux repères sociaux ghanéens et qu’il convient de préserver des normes traditionnelles.
La Conférence des évêques catholiques du Ghana a notamment publié un communiqué début avril où elle exprime son inquiétude, insistant sur le rôle fondamental de la famille stable comme socle d’une société prospère et sur la nécessité de ne pas sacrifier les valeurs sociales aux besoins économiques.
À l’opposé, des organisations de défense des droits et des mouvements civiques saluent la décision présidentielle de remettre la priorité sur d’autres urgences. Ebenezer Piga, directeur exécutif de Rightify Ghana, souligne que la criminalisation des personnes LGBTQ ne résout pas les difficultés concrètes auxquelles fait face la population — exploitation minière illégale, dégradation des ressources naturelles, état des infrastructures routières ou manque de lits dans les hôpitaux.
Des analystes politiques mettent en garde contre le risque de retour de bâton électoral : Mahama avait laissé entendre qu’il signerait le texte s’il était adopté par le Parlement, et son recul expose le président aux accusations de revirement. Cette équation politique est d’autant plus délicate qu’un sommet panafricain consacré aux « valeurs de la famille », prévu à Accra le mois prochain, pourrait raviver et internationaliser le débat.
Sur le plan procédural, la trajectoire du projet de loi demeure floue. Bien qu’il ait été voté par l’ancienne législature, il n’a jamais été promulgué sous la présidence précédente. Avec un nouveau Parlement, toute initiative devra être réintroduite, examinée et approuvée à nouveau avant toute signature éventuelle.
Enfin, certains observateurs estiment que les considérations géopolitiques et économiques peuvent peser lourd dans la balance : stabiliser les exportations de pétrole et protéger l’économie des chocs extérieurs figurent parmi les dossiers immédiatement prioritaires pour le Parlement, ce qui pourrait ralentir, voire reléguer au second plan, l’examen du texte anti-LGBT.



