Gabon : la « gabonisation » des directions bancaires en étude par les députés

Le 4 avril 2026, devant la Commission des Finances de l’Assemblée nationale, le ministre de l’Économie Thierry Minko a présenté un projet de loi visant à réserver la fonction de directeur général des établissements de crédit aux nationaux ou aux ressortissants de la zone CEMAC. Ce texte, porté par l’exécutif pour réorienter la gouvernance bancaire du pays, intervient alors que cinq des sept banques opérant au Gabon sont dirigées par des expatriés et qu’un calendrier d’examen accéléré laisse présager une adoption prochaine.

Ousmane Traoré SambaVoir tous ses articles
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Economie
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Gabon : la « gabonisation » des directions bancaires en étude par les députés
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La réforme suscite des réactions contrastées dans les sièges des grands groupes bancaires panafricains et internationaux présents au Gabon. Des acteurs comme UBA, Ecobank, UGB, Orabank ou Citibank voient dans cette orientation une source d’inquiétude, liée autant à la rapidité du processus qu’au risque d’ingérence politique. Le souvenir des faillites d’établissements à capitaux publics ou locaux et les réserves exprimées par le FMI en 2020 et 2022 alimentent ces appréhensions autour d’une possible érosion des standards prudentiels.

Le projet cible la gestion de près de 2 800 milliards de FCFA de dépôts et soumet les futurs dirigeants nationaux à un test de crédibilité auprès des correspondants bancaires internationaux. Au-delà d’une préférence pour la nationalité, l’enjeu consiste à garantir que les nouvelles têtes respectent les exigences internationales en matière de gouvernance, de maîtrise du coût du risque et de conformité, tout en conciliant les orientations stratégiques souhaitées par l’État.

Les défis de supervision, de gouvernance et de confiance

Pour que la mesure n’entraîne pas une dégradation de la note pays, les régulateurs régionaux et nationaux voient leur rôle mis en lumière. La Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (COBAC) et le Conseil supérieur de surveillance et d’orientation des marchés financiers (COSUMAF) sont cités comme garants potentiels d’un encadrement renforcé. Leur capacité à durcir la supervision, à imposer des règles de transparence et à sanctionner les manquements sera déterminante pour rassurer les correspondants et les investisseurs étrangers.

L’exécutif présente la loi comme un levier destiné à mieux orienter le crédit vers l’économie réelle et les petites et moyennes entreprises locales. Cependant, les observateurs financiers insistent sur la nécessité d’accompagner cette gabonisation des directions par des mécanismes institutionnels de garantie de l’indépendance opérationnelle des banques, des normes de gestion des risques claires et des contrôles réguliers et publics.

Le dossier remet sur le devant de la scène la question de la qualité des cadres locaux et de la formation professionnelle, deux éléments jugés indispensables pour assurer la transition sans rupture de confiance. Les grands groupes bancaires, les correspondants internationaux et les agences de notation scruteront les décisions des autorités de supervision et la mise en place de dispositifs de contrôle renforcés

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