Fer : après la Guinée, comment la Chine avance ses pions au Nigeria

Le groupe minier RSIN Nigeria Limited, adossé à des intérêts chinois, a signé le 17 août 2026 un protocole d’accord non contraignant pour racheter la totalité de KCM Mining Limited, propriétaire du projet de fer d’Agbaja, dans l’État nigérian de Kogi. Le vendeur, l’australien Macro Metals, coté à la Bourse de Sydney, cède cet actif pour 5,67 millions de dollars, dans une transaction encore soumise à plusieurs conditions suspensives.

Ousmane Traoré Samba
Ousmane Traoré Samba
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Economie
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Fer : après la Guinée, comment la Chine avance ses pions au Nigeria
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L’opération s’inscrit dans une poussée plus large des acteurs chinois sur le minerai de fer ouest-africain, quelques mois après l’entrée en production du gisement guinéen de Simandou, dont l’exploitation est menée par un consortium associant des groupes chinois. Pour le Nigeria, dont les réserves de fer sont estimées à plus de 3 milliards de tonnes, notamment autour du gisement d’Itakpe dans l’État de Kogi, mais qui restent largement sous-exploitées, cette transaction pourrait relancer l’intérêt pour un secteur minier qui pèse encore peu dans une économie dominée par les hydrocarbures.

Selon les termes du protocole, RSIN Nigeria versera un acompte de 700 000 dollars sous séquestre, complété par une retenue de garantie de 350 000 dollars sur douze mois. Macro Metals table sur un produit net d’environ 5,1 millions de dollars australiens après frais de transaction, qu’il compte réinvestir dans ses projets miniers d’Australie-Occidentale, sans recourir à une levée de fonds.

À ce stade, l’accord reste un simple protocole d’intention : les deux parties disposent de vingt jours ouvrés pour signer un contrat de cession définitif. La finalisation de la vente est en outre conditionnée à un audit du repreneur, à la confirmation des droits de propriété intellectuelle métallurgique détenus par KCM Mining, à l’obtention des autorisations réglementaires au Nigeria et en Chine, ainsi qu’à la prolongation jusqu’en décembre 2031 de l’accord de développement communautaire lié au site.

Un gisement à l’arrêt depuis près d’une décennie

Situé sur le plateau d’Agbaja, à environ 200 kilomètres au sud-ouest d’Abuja, le projet dispose de réserves probables évaluées à 205 millions de tonnes de minerai titrant 45,7 % de fer, pour des ressources totales de 586 millions de tonnes à 41,3 %. Macro Metals y avait mené des travaux d’exploration, de forage et des études de faisabilité, ainsi que développé une technologie propriétaire de réduction du phosphore destinée à la production d’acier, sans parvenir à faire aboutir le projet industriel intégré envisagé depuis 2016, qui prévoyait une mine à ciel ouvert et une aciérie sur site.

Le site bénéficie d’infrastructures routières, fluviales et électriques déjà existantes mais sous-utilisées, un atout que plusieurs analystes du secteur jugent déterminant pour la relance d’une exploitation industrielle à grande échelle.

La Chine renforce son emprise sur le fer ouest-africain

RSIN Nigeria Limited, déjà présent depuis plusieurs années dans l’exploitation et la transformation de minerais au Nigeria, notamment dans le lithium à Nasarawa, élargit avec cette opération son empreinte au minerai de fer. Son entrée sur ce segment intervient alors que des groupes chinois ont pris une place centrale dans le développement du gisement guinéen de Simandou, l’un des plus importants gisements de fer inexploités au monde, dont les premières cargaisons sont arrivées en Chine en mars 2026.

Si l’accord de cession de l’Agbaja aboutit, il marquera l’arrivée d’un acteur lié à la Chine sur un deuxième grand gisement de fer ouest-africain en moins d’un an, à un moment où Pékin cherche à sécuriser ses approvisionnements en minerais stratégiques pour son industrie sidérurgique.

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