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Expérience Tèbè: « C’est le vrai martyr que les populations souffrent aujourd’hui »

Devenu président du Mouvement Populaire de Libération (MPL) après le départ de Sabi Sira Korogoné, Expérience Tèbè est passé au devant de la scène depuis plusieurs mois. Il porte et assume l’opinion de ce jeune parti, né après le séjour carcéral de son initiateur.

C’est à Mènontin, à quelques pas de l’hôpital de Zone que BENIN WEV TV (BWTV) l’a rencontré. Au premier étage de l’immeuble qui abrite le siège du MPL, Expérience Tèbè nous a accueillis dans la pièce qui lui sert de bureau. Le lieu est sobre et modeste, en parfaite harmonie avec son apparence.

Dans cet entretien exclusif qu’il a accordé à notre équipe, le président du MPL a abordé l’actualité de son parti, les législatives et le bilan de la gouvernance du président Patrice Talon.

BWTV : Comment appréhendez-vous les législatives de 2023 ?

Expérience Tèbè : Les législatives du 08 janvier 2023 constituent un challenge, non seulement pour le MPL, mais aussi pour toute l’opposition béninoise. Depuis l’exclusion de l’opposition en 2019, nous vivons une situation regrettable et inédite dans le pays. Il nous revient de mettre toutes les chances de notre côté pour que notre participation soit effective et glorieuse.

Comme les lignes directrices de notre parti l’exigent, nous voulons et nous nous battons pour un renouvèlement de la classe politique. Sans montrer un sentiment iconoclaste, nous voulons que les jeunes qui sont capables d’insuffler un nouveau dynamisme à notre démocratie puissent regagner le parlement. C’est à cela que nous nous attelons, et nous pensons que nous allons y arriver.

Pourquoi le MPL souhaite envoyer des représentants au parlement ?

Les députés qui seront élus dans nos rangs feront des propositions pour amoindrir la peine de nos populations, qui souffrent en ce moment le martyr. De façons particulière, nous avons envie que la 9ème législature qui s’annonce prenne plus de lois en faveur de la jeunesse. Ces lois doivent positivement impacter le secteur de l’éducation, de la santé et autres.

Dans le secteur de l’éducation nous souhaitons par exemple qu’une loi soit prise pour maintenir les jeunes à l’école jusqu’à l’âge de 18 ans avant un éventuel abandon. Après la déscolarisation, on doit trouver le moyen de les réorienter dans une formation professionnelle. Nous pensons que c’est le rôle régalien de l’Etat d’organiser la cité de cette façon. Il faut le transcrire par une loi et se donner les moyens de le faire. Ce qui implique la réalisation de nouvelles infrastructures, le recrutement suffisant d’enseignants pour encadrer les enfants.  

Dans le domaine de la santé, notre pays a connu plusieurs idées. On a parlé du Ramu, après c’est l’Arch. Mais jusqu’à ce jour, aucune de ces mesures n’est entrée dans sa phase active. On voit l’Arch qui démarre timidement après 6 ans de gouvernance du président Talon. 

Il faudra rendre effective l’application de ces mesures en corrigeant les tares et les repenser afin que tous les Béninois puissent avoir accès aux soins de santé primaires. Jusqu’à ce jour ce n’est pas encore le cas. Si les gens n’ont pas de travail et ne peuvent pas se soigner, quel type de société nous sommes en train de construire ? Dans les pays qui se respectent tous les citoyens sont couverts par un minimum d’assurance. On ne peut pas laisser les citoyens mourir parce qu’ils ne travaillent. Ce sont des situations auxquelles, l’Etat doit apporter une solution efficace et adéquate. On ne peut pas dire qu’on n’a pas les moyens pour le faire. C’est plutôt une question de volonté politique et d’organisation. Ce sont les lignes sur lesquelles nos prochains représentants à l’Assemblée nationale travailleront, en dehors du retour à la démocratie.

Que proposez-vous pour la correction des réformes politiques en cours ?

De façon globale, les réformes qui touchent la vie politique du pays sont la charte des partis politiques et le code électoral. Du moment où, ces choses ont été pensées et mises en œuvre par un même groupe, ça ne peut jamais recevoir l’assentiment de la classe politique. Aujourd’hui le MPL a sa vision de la chose, mais nous pensons qu’il faut réunir la classe politique pour corriger les disfonctionnements relevés dans l’application des différentes réformes. Il va falloir se rasseoir et s’entendre sur les détails de ces mécanismes pour l’atteinte des objectifs que nous souhaitons tous.

Un acteur politique de l’opposition propose une nouvelle révision constitutionnelle, qu’en pensez-vous ?

Il va trop vite en besogne. Je trouve qu’il va déjà trop vite en besogne en parlant de révision de la Constitution. C’est à croire qu’il sait déjà ce qu’il faut changer et comment y parvenir. C’est exactement ce que nous refusons à ceux qui sont là actuellement. Il faut s’asseoir et s’entendre sur ce qu’il faut modifier et comment il faut le faire. Il ne nous revient pas de commencer à prédire quand est-ce qu’il y aura révision constitutionnelle ou pas. Cela pourrait ouvrir la boite de pandore.     

Nous sommes à une quinzaine de partis politiques légalement constitués, pensez-vous que l’obtention du récépissé d’enregistrement est devenue facile ?

Non ! Pas vraiment. Moi je pense que la multiplicité des partis ne pose pas en réalité de problème. La charte a des dispositions qui vont éteindre les récépissés des partis politiques s’ils n’arrivent pas à participer à certaines élections.

C’est normal que d’autres courants naissent. C’est regrettable, mais c’est la démocratie. Mais moi je pense que s’il n’y a pas de distanciation notable dans les idiologies, dans ce que nous souhaitons pour notre peuple, on peut se mettre ensemble. Tant qu’on ne se met pas ensemble pour défendre les mêmes choses, poursuivre les mêmes objectifs, il sera difficile de les atteindre.

Quelles sont les chances de l’opposition pour les législatives de 2023 ?

Je ne peux pas dire que l’opposition n’a pas des chances de rétablir l’ordre souhaité au parlement. Il nous revient simplement de continuer par travailler comme nous le faisons en ce moment. Actuellement, Nous interagissons entre partis de l’opposition pour réfléchir à comment aborder ces échéances. D’aucuns pensent que nous sommes très en retard, si jusque-là il n’y a encore aucune annonce. Je pense que la crainte des populations est légitime. Je voudrais rassurer tout le peuple béninois que les principaux acteurs de l’opposition feront tout ce qui est en leur pouvoir pour que l’opposition soit dignement représentée à cette Assemblée nationale. Nous demanderons le moment venu au peuple de jouer sa partition, à commencer déjà par l’inscription sur la liste électorale informatisée (LEI).

Quid de la synergie d’action entre partis de l’opposition ?

Que ce soit en France ou aux Etats-Unis, on note des centaines de partis existants. Mais à la fin, ce sont les grands ensembles qui participent aux élections. Aujourd’hui, il y a une flopée de partis se réclamant de l’opposition. Nous allons nous organiser de sorte que tous ces partis jouent une partition importante pour les élections même sans y être.

Je voudrais que le peuple soit rassuré de ce que la multiplicité des partis ne sera pas un frein à l’organisation de l’opposition en prélude aux prochaines législatives.   

En dépit de toutes les suspicions et des craintes raisonnables que les citoyens manifestent en face de la chose électorale ; je voudrais que tout le monde puisse jouer sa partition en allant s’assurer de leur présence sur la liste en cours d’établissement. 

Quant aux stratégies, l’organisation pratique que l’opposition entend mettre en œuvre pour affronter les élections, nous viendrons en temps opportun informer le public de ce que nous avons retenu

La composition des structures en charge de l’organisation des élections ne vous effraie pas ?

Pas tant que ça. Quand nous jetons un regard rétrospectif dans la politique de notre pays, l’équipe au pouvoir n’était pas représentée dans les structures d’organisation des élections. Pourtant, ils ont pu arracher le pouvoir à celui qui était là. A chaque situation, correspond une thérapie qu’il faut appliquer. C’est vrai que toutes les structures qui sont là actuellement appartiennent tous à un même cran, mais ce n’est pas pour autant qu’il faut s’avouer vaincu et ne pas trouver les voies et moyens pour parvenir à nos fins.

Nous n’avons pas de crainte.

Il faut que tout le monde sache que c’est le peuple qui le seul arbitre du jeu. Nous avons vu partout, dans tous les pays, que lors que le peuple décide de faire quelque chose, rien ne l’empêche. Nous n’avons pas de crainte.

6 ans déjà que Patrice Talon est au pouvoir, quel bilan faites-vous de sa gouvernance ?

Il faut que nous puissions faire la part des choses entre la face brillante qu’on montre aux populations et la réalité des choses. Au-delà des quelques kilomètres d’asphaltage que nous voyons à Cotonou et dans certaines villes, il y a bien d’autres rues qui ne sont pas aménagées, des populations qui sont encore dans l’eau à Cotonou et ailleurs. Il y a encore des routes à l’intérieur du pays qui ne sont pas encore aménagées et qui empêchent nos populations en milieu rural de convoyer les récoltes dans les grandes villes.

Il faut que nous puissions regarder de près les vrais problèmes. Les marchés qui sont en train d’être construits ne suffiront pas pour insuffler une nouvelle dynamique dans la vie de nos mamans, qui les animent. Le véritable problème c’est le pouvoir d’achat ; la capacité de nos concitoyens à faire face aux effets de la conjoncture internationale. 

En terme de bilan, même s’il y a des choses qu’on peut miroiter, je pense qu’il y a encore beaucoup de choses que nous montrerons à ce peuple au temps opportun. Le peuple a eu le temps de constater ce qu’est devenu le hautement social. C’est le vrai martyr que les populations souffrent aujourd’hui. Ils (les gouvernants) savent que le hautement social n’est pas encore arrivé au niveau des populations.

Comment appréciez-vous les mesures prises par le gouvernement contre la cherté de la vie ?

Ils ont essayé d’aborder certains points que nous avons préconisez. Malheureusement, quelques semaines après, nous observons que dans la réalité ces mesures ne sont pas rigoureusement appliquées. Il va falloir que le gouvernement s’arme de stratégies et de rigueur pour que les mesures soient effectives. Il faut des mesures plus courageuses.

Que retenir de votre bilan à mi-parcours à la tête du MPL ?

Parmi les objectifs assignés à l’équipe qui a pris le relais depuis le 3 juillet 2021, c’est la préparation de la troupe pour affronter les législatives qui pointent à l’horizon actuellement. Cela passait par la redynamisation de nos structures et l’ouverture aux forces vives, notamment aux jeunes pour affronter en synergie les plus grands défis de notre temps. Ces défis sont entre autres : le retour à la démocratie, la lutte contre le chômage et la cherté de la vie, le renouvellement de la classe politique, la promotion de bonnes valeurs indispensables à la construction d’un Bénin Uni etc… Par rapport à ça, nous nous sommes mis à l’œuvre et nous pensons que nous sommes en train d’avancer vers les objectifs fixés.

Malgré les difficultés que nous connaissons, le parti essaie de se réorganiser, de se rapprocher davantage des militants à la base, d’échanger, d’affûter ses armes afin de faire face aux difficultés du temps. Nous sommes à l’œuvre et nous serons évalués après les prochaines élections législatives. Le bilan sera le plus à même d’être évalué après ces échéances-là. 

Un message à l’endroit de vos militants ?

C’est un message d’espoir et de courage que j’envoie à tout le peuple. Ils doivent également jouer leur partition et ne pas se fondre dans un découragement pour oublier ce qu’ils doivent faire pour nous accompagner. Les acteurs politiques de l’opposition sont conscients du rôle qu’ils ont à jouer pour un avenir plus reluisant.

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