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Antoine Guédou Vissétogbé: « La mouvance a pris tout ce qui est pécuniaire. L’opposition n’a rien »

Antoine Guédou Vissétogbé, président du parti Grande Solidarité Républicaine (GSR) s’est prêté aux questions de BENIN WEB TV sur l’actualité sociopolitique. C’était au siège de son parti, dans le 9e arrondissement de Cotonou qu’il a accueilli notre équipe.

A la tête du parti GSR depuis 6 ans, Antoine Guédou Vissétogbé est reconnu pour ses critiques sévères à l’encontre du régime en place. Ce qui a d’ailleurs poussé certains observateurs de la vie politique à le classer dans la catégorie des « opposants radicaux ».

Face à nos questions, l’opposant est resté droit dans ses bottes, virulent et catégorique dans ses réponses.

BWTV : Selon le porte-parole du gouvernement, toutes les conditions sont remplies pour permettre la participation de tous les partis aux législatives, que réclamez-vous encore concrètement ?

Antoine Guédou Vissétogbé : Le porte-parole du gouvernement, moi, il m’a souvent énervé. Il m’énerve parce qu’il n’est pas élégant dans ses réponses. C’est bien de retenir les autres par le maillot et de laisser les siens avancer pour venir dire 4 ans plus tard que tout le monde est dans les mêmes conditions.

On nous a convoqués, tous les partis de l’opposition, pour dire : « venez voir comment la Liste électorale informatisée (LEI) est en train d’être confectionnée ». On ne nous a pas dit : « venez faire la LEI avec nous ». Il a suffi qu’on aille à cette invitation pour poser quelques questions pour qu’on ventile partout que « l’opposition est associée ». Nous sommes royalement absents ! Pour ce que j’ai vécu depuis le renouveau démocratique, l’opposition et la mouvance ont été toujours présents et tout le monde est d’accord avec ce qui est fait.

C’est dans cette logique que des députés de l’opposition et de la mouvance ont participé à l’actualisation de la Liste Electorale Permanente Informatisée (LEPI). Aujourd’hui, on ne nous a mis dans rien, et on va dire que tout le monde est associé ? C’est triste ! C’est de la mauvaise foi ça !

Que retenir de vos échanges avec le Médiateur de la République ?

Nous avons été reçus en vase clos par le Médiateur de la République, et il n’est pas normal qu’avant même qu’il ne fasse son compte-rendu à son supérieur hiérarchique, le sujet soit déjà sur la place publique. Si après quelques temps, nous ne voyons rien venir, nous pouvons porter à la connaissance du peuple les détails de ce dont nous avions parlé.

En gros, nous avons parlé de la paix pendant les élections. Le Médiateur l’a voulu et le GSR l’a saisi au bond. Lorsque le président de la République avait fait son discours sur l’état de la nation, nous avions relevé que le Chef de l’Etat a oublié de dire quelques mots sur la paix. Aujourd’hui, la paix préoccupe tous les Béninois et tous les partis politiques.

Lorsque vous êtes un parti politique, la loi vous autorise à vous prononcer sur tous les sujets d’intérêt national et international. Deuxièmement, notre loi mère, la Constitution, reconnaît qu’il y a des partis qui doivent être de l’opposition. C’est un complément nécessaire aux partis de la mouvance et à l’exécutif pour une gouvernance transparente du patrimoine national.

Aujourd’hui, la paix dont nous avons besoin est dans le fait que, dès que vous vous déclarez de l’opposition, vous êtes pris en sandwich, vous êtes déclaré ennemi juré et soumis aux fessées du matin au soir. Ça ne doit pas être comme ça, le président de la République en faisant ça, il viole la loi.  Il viole la loi parce que l’opposition est reconnu par la loi et est autorisée à parler eu égard à la charte des partis politiques qu’il a promulgué lui-même. C’est des questions que nous avons abordé avec le Médiateur de la République.

Quelle est votre principale préoccupation dans le cadre des préparatifs des élections ?

Les problèmes que nous avons aujourd’hui pour les élections, c’est que tous nos militants ont peur. Lorsqu’on met en prison les grands électeurs que nous leur envoyons, ils se disent : « chez nous, ça va être très facile ». Il y a un climat de peur qui est vendu dans le pays. Au regard de ça, nous avons dit au Médiateur de la République, de dire au président de la République qu’il est le Président de tous.

Nous sommes dans un système démocratique que le Bénin a librement choisi. Celui qui a été élu par la majorité est le président de tous les Béninois. La Constitution sur laquelle il a prêté serment avant de prendre ses charges l’oblige à se comporter ainsi.

Vendre la peur à certains et laisser les autres en toute quiétude, il y a une condition d’iniquité qui se crée pour la préparation des élections. Les règles qu’on a remises dans les mains du Président Talon à travers la Constitution, sont des règles que tout le monde doit respecter pour assurer la paix, la quiétude et la justice à chacun. Si lui-même, il viole ces règles, ce n’est pas bon. C’est ce qui crée les frustrations.

Les frustrations à la longue donne lieu à des violences.

Face à ce constat, nous avons demandé au Médiateur de la République de prendre note de ce qui est arrivé lors des élections antérieures. La responsabilité est partagée entre l’exécutif et les opposants, parce que l’attaque appelle la défense.

Il y a un adage qui dit : « lorsque ceux qui commandent perdent la honte, ceux qui exécutent perdent le respect ». Par application à cet adage, on a assisté à tout ce qu’on a eu. Plus aucun respect pour les autorités, plus aucune peur pour le président de la République, et finalement la peur a dû être imposée par les armes, par la prison et les exiles forcés.  

Nous souhaiterions que le président redevienne le père de tous, qu’il revienne à ses fonctions constitutionnelles. Nous ne demandons pas quelque chose d’exagérée. Nous avons souhaité que le président de la République ait plus d’équité en permettant à l’opposition de préparer les élections dans la même quiétude que ses partis à lui. 

Comment appréhendez-vous les législatives prochaines avec la longueur d’avance de la mouvance ?

Il y a deux catégories de longueur d’avance. La première c’est qu’ils ont pris tout ce qui est pécuniaire. L’opposition n’a rien. Sur le financement de 3 milliards de francs CFA qui a été accordé, ils (mouvance) ont pris 2,8 milliards de francs CFA. Mais malgré tout ça, ils ont peur. Après ça, ils ont tous les postes administratifs, tout l’appareil d’élection.

Un parti, ce n’est pas un instrument commercial. Un parti naît, se construit avec une philosophie et une méthode de travail. Ce n’est pas le fourre-tout que j’ai en face de moi.

Quand vous prenez le GSR, c’est 35% de femmes, 85% de jeunes et 15% de membres ayant plus de 50 ans. Lorsqu’on va mettre la caution à 1 500 000 francs CFA, combien de jeunes peuvent en trouver ? Malgré tout ça, on vient nous dire qu’on veut promouvoir les jeunes et les femmes. Quelle incohérence !

J’aurais aimé que le gouvernement décrète la gratuité de la caution des jeunes et des femmes.

Aujourd’hui, les élections sont devenues des choses des partis du pouvoir et des partis associés au pouvoir. Seuls les partis qui ont été au pouvoir ou qui y sont actuellement peuvent payer ces cautions. Et tout le reste ? Ils vont trouver l’argent où ? 

Vous oubliez la FCBE, qui a aussi bénéficié du financement public ?

La FCBE est un parti comme tous les autres partis de l’opposition. On l’a fait savoir au Chef de File de l’Opposition (CFO). Il n’est pas président de l’opposition, il n’est que porte-parole. Tout ce qu’il a eu comme avantage, même pour désigner le représentant de l’opposition à la CENA, il ne nous a pas concertés. Ne dites pas que l’opposition est là. Une seule personne ne peut pas se lever pour faire pour qu’on dise que c’est les autres.

Etes-vous d’accord avec ceux qui suscitent le boycott des législatives du 08 janvier 2023 ?

Le parti GSR ne boycottera pas les élections. Il ne conseillera à personne de boycotter les élections. C’est un devoir citoyen.

Par ailleurs, nous avons des problèmes dans notre volonté d’aller aux élections. Est-ce qu’il faut aller aux élections avec des « mercenaires » ou avec nos jeunes militants qui n’ont pas la possibilité de payer la caution ? Nous y réfléchissons. Mais moi je ne suis pas capable de vous dire exactement ce qui sera fait. C’est le congrès ou à défaut le Conseil national qui dira si nous irons ou pas aux élections.

Dans tous les cas, nous ne boycotterons pas les élections. Même si nous n’allons pas, en vertu de la charte des partis politiques nous nous réservons le droit de donner une consigne de vote.

Selon vous, les autres partis de l’opposition pourront-ils relever le défi des législatives ?

Chaque parti politique décide en fonction des leviers de pilotage qu’il a en main. Je vous ai dit ce qui concerne le GSR. Il y a certainement eu des discussions informelles. Mais je ne suis pas leur porte-parole. On verra ce qu’ils feront. Je vous ai dit tantôt que je ne conseille à personne de boycotter les élections, dès lors qu’ils ont les moyens d’y aller.

Quels sont vos rapports avec le parti « Les Démocrates » ? On vous taxe d’ « opposants radicaux »

Nous sommes très proches des Démocrates ; la preuve c’est que nous sommes ensemble au Front pour la restauration de la démocratie. Si je suis là, c’est qu’il y a une convergence de philosophie.

Contrairement à ce qui se dit, nous sommes de l’opposition objective. Arrêtez de parler de « radicaux ». Il y a des actions que l’exécutif fait et que si vous avez un peu de conscience par rapport à ce que vous défendez aux côtés du peuple, vous ne pouvez jamais les accepter.

Je vous donne deux exemples. Le premier concerne la suppression à priori des contrôles pour les prêts engagés par l’executif. De mémoire de financier, je n’ai jamais vu ça. Le deuxième exemple, ce sont les évènements de Tchaourou, Bantè, Savè et autres. Notre armée a plusieurs compartiments. Il y a la police républicaine qui est spécialisée dans le maintien d’ordre, ils ont tout ce qu’il faut pour cette mission. Qu’est-ce que l’armée est alors allée chercher à Tchaourou et à Bantè ? Ce n’est pas normal ces choses-là. Pendant que certains dénoncent et condamnent, d’autres préfèrent les accepter. C’est en cela que l’objectivité vient faire la part des positions.

Tout le monde doit dénoncer et condamner ces agissements. Nous, nous ne sommes pas des radicaux. Si vous nous appeler « radicaux », les PCB, vous allez les appeler comment ? Le GSR a appelé les gens à s’inscrire sur la LEI, ce n’est pas du radicalisme ça.  

Comment appréciez-vous les mesures prises par le gouvernement face à la cherté de la vie ?

Si les mesures étaient efficaces, on n’en serait pas là. Simplement parce qu’on ne veut pas travailler pour l’intérêt général. Si vous prenez des mesures qui ne touchent qu’un groupe, vous n’irez nulle part. Le président doit se résoudre à réduire les salaires politiques.

Pour justifier la crise économique, le gouvernement évoque comme argument la guerre en Ukraine. Qu’en pensez-vous ?

Qu’est-ce que nous avons à avoir avec la guerre en Ukraine ? C’est en Ukraine qu’on cultive notre maïs ? Sous le président Soglo par exemple, il y avait le fonds de stabilisation des prix des produits pétroliers, qui permettaient de ramener à chaque fois, les prix à certaines proportions. Il y avait L’Office national d’appui à la sécurité alimentaire (Onasa) pour la stabilisation des produits agricoles. Nous pouvons vivre sans être écorché par cette crise.  

Le SMIG passe à 52 000 francs CFA, bonne nouvelle pour les travailleurs ?

Le franc d’aujourd’hui est supérieur au franc de demain. Ce que les gens vont prendre aujourd’hui en augmentation, c’est de loin supérieur à ce qu’ils vont prendre dans 10 mois. Je ne sais pas pourquoi le président joue au cache-cache, qu’il m’excuse si je le choque.

Que chacun joue sa partition. S’il me dit qu’il n’y a pas de recettes et qu’on est obligé de repousser, je comprendrai. Mais qu’on donne un franc aux gens et que la crise influence, moi je ne comprends pas. Ce que le gouvernement aurait dû faire, c’est des actions concrètes.

Dans une récente sortie médiatique, J’avais demandé aux syndicalistes d’être fermes. Ils n’ont qu’à prendre leur destin en main.    

Comment se porte le GSR ?

Le GSR se porte très bien. Je vais vous donner quelques dates pour vous en convaincre. Le 15 décembre 2021, les 08 et 15 janvier 2022 nous étions à Natitingou, à Porto-Novo et à Bohicon pour inculquer à nos militants les notions du respect des textes de notre parti et par ricochet les lois de la République.  Récemment, nous avons formé spécialement les réseaux des points focaux des jeunes et les points focaux des femmes du parti.

Le vent des démissions frappe-t-il aussi le GSR ?

Depuis 6 ans environ que moi je suis à la tête du parti, il y a eu une seule démission. C’était le premier Secrétaire national du parti. Pour des ambitions, on ne s’était pas entendu.   

Il peut arriver qu’on ne s’entende pas et que des gens décident de se mettre en marge. Mais je n’ai pas reçu de lettre de démission. Il faut dire que compte tenu de ce qu’on a toujours vécu dans les partis, nous avons prévu un mécanisme de règlement des conflits en mettant en place une commission dont le verdict s’impose à tous.

Quels sont vos rapports actuels avec Joël Aïvo ?

J’au régulièrement des nouvelles de Joël Aïvo. Je n’hésite même pas à me déplacer moi-même pour aller le saluer. Joël Aïvo est militant du Front pour la restauration de la démocratie et le GSR est membre du Front. C’est d’ailleurs le GSR qui avait été mandaté pour négocier les parrainages de Joël Aïvo. Nous restons solidaires avec lui jusqu’au bout.

Vous pensez qu’il aurait pu interjeter appel ou introduire une demande de grâce présidentielle ?

Ça ne sert à rien, parce que ceux que nous avons en face sont prêts à vous ridiculiser. Le monsieur a sorti 50 millions FCFA pour payer sa caution et on dit « où est-ce qu’il a trouvé ? C’est blanchiment d’argent ». Pour son niveau de vie, pour les véhicules qu’il utilise, pour la maison qu’il habite, pour les responsabilités qu’il occupe au plan national et régional ; on demande où est-ce qu’il a trouvé 50 millions ?

Mais où est-ce le duo Kohoué-Agossa a trouvé 50 millions ? On ne leur a jamais demandé. Avec tout ça, vous voulez qu’on fasse appel ? L’appel ne vaut d’ailleurs pas la peine. Quoique, la Cour au regard de faits nouveaux, peut revenir sur sa décision. Mais, même s’il y a de faits nouveaux, ils feront ce qui leur passera par la tête. C’est en cela que c’est complètement inutile de perdre son temps.

Qu’avez-vous à dire pour finir cet entretien ?

Je réitère mon appel au président de la République, de le voir redevenir le président de tous les Béninois, assumer l’équité à tous dans le cadre de ces élections et de penser à l’équilibre du pouvoir d’achat des Béninois.

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