Éthiopie : Israël avance ses intérêts dans la corne de l’Afrique

Le président israélien Isaac Herzog s’est rendu à Addis-Abeba le mercredi 25 février 2026 pour une visite officielle. Sur place, il a échangé avec le chef de l’État éthiopien et a rencontré le Premier ministre Abiy Ahmed, soulignant l’importance du lien entre Israël et l’Éthiopie au cœur de la Corne de l’Afrique.

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Éthiopie : Israël avance ses intérêts dans la corne de l’Afrique
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Le président israélien Isaac Herzog s’est rendu à Addis-Abeba le mercredi 25 février 2026 pour une visite officielle. Sur place, il a échangé avec le chef de l’État éthiopien et a rencontré le Premier ministre Abiy Ahmed, soulignant l’importance du lien entre Israël et l’Éthiopie au cœur de la Corne de l’Afrique.

Les deux pays entretiennent un partenariat ancien, nourri par des liens humains et historiques. L’Éthiopie abrite une communauté juive nombreuse — plusieurs dizaines de milliers de personnes — dont une partie a été rapatriée vers Israël lors d’opérations aériennes spectaculaires au fil des décennies.

Au-delà des affinités démographiques, la coopération bilatérale couvre des domaines économiques et de développement. Israël fournit également des solutions technologiques dans les domaines de la surveillance et de la défense, ce qui renforce ses capacités d’influence dans la région.

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La visite intervient dans un contexte régional fragile : la région du Tigré a été le théâtre d’un conflit meurtrier entre 2020 et 2022, avec des estimations très lourdes de victimes (environ 600 000 morts) et des tensions qui semblent remonter ces dernières semaines à la frontière avec l’Érythrée.

Un carrefour géostratégique convoité

La présence d’Israël dans la Corne de l’Afrique répond à des enjeux stratégiques évidents. En décembre dernier, l’État hébreu a reconnu le Somaliland, une entité auto-administrée mais contestée par Mogadiscio, ce qui a provoqué des réactions diplomatiques. Le Somaliland donne accès au littoral face au détroit de Bab el-Mandeb, point d’entrée de la mer Rouge et voie maritime cruciale.

Cette proximité avec la mer Rouge et la façade yéménite intéresse particulièrement Israël : les milices houthies, opérant depuis le Yémen, ont multiplié les attaques et tirs de missiles vers la région, et leurs liens avec des groupes somaliens comme les Shebabs complexifient davantage la situation. Pour Israël, un appui éthiopien à la reconnaissance du Somaliland ouvrirait une porte vers la mer pour un pays largement enclavé dans la région.

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Mais la concurrence pour ces positions est vive. Les Émirats arabes unis gèrent le port de Berbera au Somaliland et ont développé des relations étroites avec Israël après les accords d’Abraham. À l’inverse, l’Arabie saoudite défie l’influence émiratie dans la zone — rivalité qui se joue au Yémen, dans la Corne de l’Afrique et au Soudan, où des acteurs extérieurs alimentent et exploitent les fractures locales.

Parmi les autres puissances impliquées, la Turquie tente également de peser : le président Recep Tayyip Erdogan s’est rendu récemment à Addis-Abeba pour proposer coopération et aide, tout en appelant à maintenir le statu quo et en déconseillant la reconnaissance du Somaliland par l’Éthiopie. Le gouvernement éthiopien se retrouve ainsi tiraillé entre partenaires aux intérêts parfois contradictoires.

Sur le plan diplomatique continental, Israël fait face à une forte hostilité depuis le déclenchement de la guerre à Gaza. Plusieurs États africains ont condamné les opérations israéliennes, et le pays a vu son statut d’observateur au sein de l’Union africaine remis en cause. Par ailleurs, la plainte déposée par l’Afrique du Sud auprès de la Cour internationale de Justice et la décision du 26 janvier 2024 évoquant la plausibilité d’un risque de génocide à Gaza ont accentué l’isolement diplomatique d’Israël sur le continent.

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Lors du dernier sommet de l’Union africaine, le président de la Commission, Mahamoud Ali Youssouf, a lancé un appel vibrant pour mettre fin à ce qu’il a qualifié d’« extermination » du peuple palestinien, formulation qui illustre l’ampleur des divisions et la sensibilité du sujet au sein des capitales africaines.

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