Émilie Tran Nguyen : son documentaire « Je ne suis pas chinetoque » dénonce le racisme anti-asiatique
Émilie Tran Nguyen, journaliste âgée de 41 ans, s’apprête à quitter France Télévisions à la rentrée prochaine, après la suppression de son émission En société ainsi que son départ de l’émission C à vous. Ce départ marque la fin d’une période importante pour cette figure majeure du journalisme audiovisuel public en France. Au-delà de son parcours médiatique, Émilie Tran Nguyen s’est distinguée par son engagement à travers un documentaire poignant dédié à la lutte contre le racisme anti-asiatique, thématique encore peu abordée dans les médias traditionnels.

Née d’un père vietnamien et d’une mère d’origine algérienne et roumaine, la journaliste a d’abord découvert tardivement les manifestations du racisme ciblant les personnes d’origine asiatique. Ce constat l’a poussée à mener un travail approfondi sur ce phénomène via un documentaire diffusé en 2024 sur France Télévisions, intitulé Je ne suis pas chinetoque, qui croise investigations, témoignages personnels et étude historique.
Ce projet audiovisuel explore la manière dont certains stéréotypes dévalorisants ont imprégné la société française et contribuent à marginaliser les Français d’ascendance asiatique. Le documentaire s’attache aussi à partager un vécu commun à travers la parole de plusieurs membres de cette communauté, révélant une expérience partagée malgré des origines et des parcours variés.
« Je ne suis pas chinetoque », un documentaire né d’un déclic
Coécrit par Émilie Tran Nguyen et réalisé avec Jessica Bagic, Je ne suis pas chinetoque aborde un racisme anti-asiatique longtemps « invisible » ou minimisé dans le débat public. La journaliste raconte que ce sont les échanges avec d’autres Français d’origine asiatique qui lui ont permis de mettre en lumière la récurrence des insultes et clichés subis depuis l’enfance. Elle souligne l’universalité de ce vécu au sein de cette diversité, affirmant : « On vient ni du même pays, ni du même âge, ni des mêmes régions, mais on a tous entendu les mêmes choses ».
Le documentaire explique aussi comment ces us et coutumes racistes prennent racine dans l’imaginaire collectif français, alimentés par la culture populaire, les médias, ainsi que le monde professionnel. L’inscription de ces stéréotypes dans diverses sphères sociales produit un effet d’enfermement et de marginalisation. Par ailleurs, Émilie Tran Nguyen pointe un phénomène largement ignoré : la tolérance implicite dont bénéficie ce racisme, notamment dans le milieu professionnel où les blagues discriminatoires sont parfois banalisées comme « habituelles » ou « légères ».
Le titre même du documentaire reprend l’une des insultes les plus couramment proférées envers les personnes d’origine asiatique en France, soulignant par là l’omniprésence et la banalisation des propos discriminatoires. Émilie Tran Nguyen évoque son enfance avec des moqueries aussi blessantes que fréquentes, allant de surnoms dégradants tels que « Mulan » ou « Po » à des accusations infondées et racistes liées à ses origines. Cette répétition quotidienne a contribué à forger une prise de conscience urgente.
Au-delà des insultes scolaires, le documentaire examine l’impact des stéréotypes sur la vie professionnelle. Les personnes d’ascendance asiatique sont souvent perçues comme discrètes, travailleuses ou soumises, des caractéristiques qui, bien qu’apparemment valorisantes, peuvent être un frein à leur évolution de carrière. Émilie Tran Nguyen s’appuie sur des études et témoignages pour démontrer que ces clichés freinent l’accès aux postes à responsabilités, mettant en lumière une forme moins visible mais tout aussi puissante de discrimination.
Libérer la parole pour faire évoluer les mentalités
Pour démontrer que ce racisme ne se limite pas à quelques cas isolés, le documentaire donne la parole à des Français d’origine asiatique issus de milieux variés, parmi lesquels enseignants, acteurs, journalistes, chefs d’entreprise et professionnels de santé. Tous racontent avoir été confrontés à des remarques récurrentes tout au long de leur vie, preuve d’une discrimination ancrée dans les comportements sociaux et culturels.
Les auteurs soulignent l’importance d’inscrire ces expériences dans une perspective historique, faisant le lien avec des décennies de clichés diffusés par la culture populaire. Le documentaire aborde également la hausse des actes racistes anti-asiatiques observée à la suite de la pandémie de Covid-19, événement qui a ravivé certains préjugés stéréotypés.
Émilie Tran Nguyen défend la nécessité absolue de libérer la parole des personnes concernées afin de faire bouger les représentations sociales. Elle dénonce notamment le cloisonnement de certaines professions ou rôles dans les médias qui contribuent à restreindre la visibilité réelle de cette diversité. À titre d’exemple, elle s’oppose à la réduction des acteurs d’ascendance asiatique à des rôles types tels que « livreurs de sushi » et plaide pour qu’ils puissent incarner tous les types de personnages.
Je ne suis pas chinetoque constitue ainsi un travail à la fois personnel et politique qui retrace l’histoire et les mécanismes du racisme anti-asiatique en France, invitant à revisiter des représentations sociales profondément ancrées.
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