Diplomatie : après Abuja, Romuald Wadagni attendu à Niamey et Ouagadougou ce mardi
Romuald Wadagni poursuit sa diplomatie de voisinage avec une tournée à Ouagadougou et Niamey, au lendemain de sa visite à Abuja. Moins de deux semaines après son investiture, le président béninois tente de rouvrir le dialogue avec les pays de l’AES, sur fond de coopération sécuritaire, de frontière nigérienne fermée et de relance attendue du pipeline Niger–Bénin.

Le président béninois Romuald Wadagni effectue mardi 2 juin des visites de travail successives à Niamey et Ouagadougou, selon des informations de Benin Web TV et plusieurs sources régionales, au lendemain d’une visite d’amitié et de travail à Abuja chez le président nigérian Bola Ahmed Tinubu. Cette tournée en trois capitales en deux jours – Abuja le 1er juin, Niamey et Ouagadougou le 2 juin – constitue la séquence diplomatique inaugurale du nouveau chef de l’État béninois, investi le 24 mai.
Les deux visites sahéliennes du 2 juin revêtent une portée particulière. Ni le Burkina Faso ni le Niger n’avaient envoyé leurs chefs d’État à Cotonou pour l’investiture du 24 mai – le Burkina Faso était représenté par son ministre des Affaires étrangères Karamoko Jean-Marie Traoré, le Niger par son Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine. Le fait que Wadagni se déplace lui-même dans les deux capitales sahéliennes moins de deux semaines après son investiture signale une priorité assumée de rétablissement du dialogue, que les pays de l’AES avaient encore décliné d’honorer lors des célébrations du 65e anniversaire de l’indépendance béninoise, en juillet 2025.
À Ouagadougou, Wadagni rencontrera le capitaine Ibrahim Traoré, au pouvoir depuis septembre 2022. Les relations entre le Bénin et le Burkina Faso ont été affectées par les accusations répétées de Ouagadougou selon lesquelles le territoire béninois servirait de base d’infiltration de groupes armés dans le nord du Burkina. La coopération sécuritaire transfrontalière dans la région de l’Atakora et de l’Alibori – zones de pénétration des groupes jihadistes depuis le Burkina – constitue le premier enjeu opérationnel attendu dans les échanges.
La relation avec Niamey, la plus chargée
À Niamey, Wadagni rencontrera le général Abdourahamane Tiani, chef du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), au pouvoir depuis le coup d’État du 26 juillet 2023. Le dossier bilatéral est le plus chargé de tous ceux que Wadagni hérite de son prédécesseur Patrice Talon.
La frontière nigérienne avec le Bénin est fermée depuis août 2023. Le différend s’est aggravé en juin 2024 avec l’arrestation de cinq ressortissants nigériens sur la plateforme du pipeline Niger-Bénin à Sèmè-Kpodji, dont trois ont été condamnés par la CRIET. Niamey a déclaré persona non grata le premier conseiller de l’ambassade béninoise en janvier 2026. Le général Tiani avait accusé l’ex-président Talon, Emmanuel Macron et Alassane Ouattara d’avoir soutenu l’attaque jihadiste de l’État islamique contre l’aéroport de Niamey en mars 2026 – accusations démenties par les autorités béninoises. La France a reconnu la présence de forces spéciales au Bénin dans un cadre antiterroriste, ce que Niamey présente comme une menace directe.
Malgré ce contexte, trois facteurs créent une fenêtre de dialogue. Le changement de leadership à Cotonou – Wadagni n’étant pas associé aux phases les plus contentieuses de la crise avec l’AES – donne aux deux parties une occasion de repartir sans l’arrière-goût des griefs personnalisés accumulés sous Talon. L’accord signé le 18 mai entre Niamey et la CNPC pour la reprise des exportations pétrolières via le pipeline – dont Cotonou est l’unique débouché atlantique à court terme – crée un intérêt économique convergent. Wadagni avait lui-même déclaré pendant sa campagne : « Nous allons saisir l’occasion du renouvellement à la tête de l’État pour repartir encore vers nos voisins. »
Un agenda qui dépasse la symbolique
La journée du 2 juin est suivie le 3 juin d’une visite prévue dans d’autres pays voisins, selon des sources béninoises, ce qui ferait de cette tournée un parcours de plusieurs capitales en trois jours. Pour chacune d’entre elles, le format retenu est celui de la visite de travail – sans communiqué conjoint annoncé à l’avance – ce qui laisse entier le doute sur le niveau des engagements concrets qui pourront en résulter.
Le résultat le plus attendu par les opérateurs économiques béninois et nigériens est la réouverture de la frontière terrestre. Sa fermeture prive le Bénin d’un débouché majeur pour son port de Cotonou et prive le Niger d’un corridor essentiel pour ses importations. La décision de réouvrir ou non ne peut venir que de Niamey – et elle sera conditionnée, selon les analyses de l’Institut d’études de sécurité, à des engagements béninois sur la question des forces françaises stationnées au Bénin et sur le traitement des contentieux judiciaires en instance.




Commentaires
Les commentaires se chargent lorsque vous arrivez ici.