« C’était ça ou mourir » : ce que l’on sait des accusations d’usage de l’IA visant Thélyson Orélien

Thélyson Orélien, écrivain québécois d’origine haïtienne, est au cœur d’une polémique qui dépasse désormais les réseaux sociaux. Son premier roman, C’était ça ou mourir, succès de la rentrée littéraire française, est accusé par un compte anonyme sur X d’avoir été rédigé presque entièrement avec une intelligence artificielle. L’auteur dément catégoriquement et ses éditeurs lui apportent leur soutien.

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L’affaire a éclaté le 21 septembre, quelques heures après l’attribution à Orélien du prix du Roman Fnac. Le compte « Balance ton Claude », alors encore très peu suivi, a affirmé avoir analysé des passages du livre avec Pangram, un détecteur de textes générés par IA. Selon ce compte, le résultat indiquerait une rédaction « presque intégralement » artificielle. La publication est rapidement devenue virale et a déclenché une série de vérifications, de commentaires et de prises de position.

Le Monde a ensuite soumis plus de la moitié du roman à Pangram. Le détecteur a classé plus de 95 % du texte testé comme probablement généré par une IA, avec un niveau de confiance élevé. Le quotidien a également testé les premières pages d’une quinzaine d’autres romans de la rentrée, que l’outil a présentées comme humaines. Ces résultats renforcent l’interrogation, mais ils ne constituent pas à eux seuls une preuve matérielle de la manière dont le manuscrit a été produit.

C’est précisément le point de prudence central. Pangram fait partie des détecteurs les mieux évalués dans plusieurs travaux universitaires récents. Une étude de chercheurs de l’Université de Chicago l’a crédité de taux d’erreur très faibles sur un corpus mêlant textes humains et textes générés par plusieurs grands modèles. Mais l’Université de Chicago elle-même rappelle qu’aucun détecteur n’est infaillible et recommande de ne jamais utiliser ce type d’outil comme unique fondement d’une accusation.

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Orélien nie toute rédaction par intelligence artificielle

Thélyson Orélien a rejeté sans ambiguïté les accusations. Dans un entretien accordé à la presse québécoise, il affirme n’avoir « jamais utilisé l’intelligence artificielle pour produire des textes ». Il explique aussi que la genèse du livre remonte à 2017 et qu’une première version du manuscrit existait en 2019, plusieurs années avant la diffusion massive des outils d’IA générative auprès du grand public.

Cette chronologie constitue un élément important de sa défense. Elle ne permet toutefois pas, à elle seule, d’établir ce qui a pu ou non être utilisé lors des phases ultérieures de réécriture, d’édition ou de correction. L’auteur dit de son côté être en train de constituer, avec ses éditeurs en France et au Québec, un dossier destiné à documenter son processus d’écriture.

Grasset, qui publie le roman en France depuis le 19 août, a rejeté les accusations et dénoncé des propos malveillants. Boréal, qui avait publié le livre au Canada en mars, a indiqué avoir pris connaissance des allégations tout en maintenant sa confiance dans le travail de l’écrivain. À ce stade, aucun des deux éditeurs n’a annoncé de retrait, de suspension commerciale ou de remise en cause officielle de la paternité du texte.

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Pourquoi l’affaire prend une telle ampleur

La controverse survient au moment où C’était ça ou mourir connaît une forte exposition. Le roman s’est vendu à environ 35 000 exemplaires en cinq semaines en France et figure dans les sélections de plusieurs grands prix littéraires, dont le Goncourt, le Renaudot et le Femina. Son prix Fnac, obtenu quelques heures avant le début de la polémique, a encore renforcé l’attention portée au livre et à son auteur.

Le roman suit Jonas, un migrant, et s’inscrit dans un récit de déplacement, de survie et d’exil. Orélien, 38 ans, a lui-même quitté Haïti pour le Canada en 2010. Le succès critique du livre repose notamment sur son travail de rythme, de répétition et de voix, des caractéristiques que l’auteur invoque aussi pour expliquer pourquoi un détecteur statistique pourrait interpréter son écriture comme artificielle.

L’identité du compte à l’origine de l’accusation reste inconnue. « Balance ton Claude » affirme être animé par plusieurs personnes et explique vouloir alerter contre l’usage croissant de l’IA dans les productions écrites. Le compte n’a pas publié de document établissant directement le processus de rédaction du roman, comme des historiques de fichiers, des versions successives du manuscrit ou des traces d’utilisation d’un modèle génératif. Son argument repose principalement sur les résultats du détecteur Pangram.

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La question dépasse donc le seul cas Orélien. L’affaire pose un problème nouveau pour l’édition littéraire : comment établir de manière fiable l’usage ou non d’une IA lorsque les seuls indices disponibles sont des analyses probabilistes de style ? Des chercheurs et spécialistes de l’intégrité académique recommandent déjà de combiner ces outils avec d’autres éléments, comme l’historique des versions, les brouillons, les métadonnées et le processus de création documenté.

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