Cameroun : le pape Léon XIV à Bamenda, étape symbolique dans la crise anglophone

Après une étape à Yaoundé, le souverain pontife se rend jeudi 16 avril à Bamenda, la principale ville de la région anglophone du Nord-Ouest. Sa présence prend une forte dimension symbolique dans un territoire — avec le Sud-Ouest — plongé depuis 2017 dans ce que l’on désigne comme la « crise anglophone », un conflit opposant forces étatiques et groupes armés séparatistes dans lequel les civils paient le plus lourd tribut.

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Cameroun : le pape Léon XIV à Bamenda, étape symbolique dans la crise anglophone
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Ce passage constitue l’un des moments clés de sa visite au Cameroun. Les tentatives de sortie de crise, notamment le Grand Dialogue national lancé en 2019 par le président Paul Biya, n’ont pas réussi à enrayer l’escalade : enlèvements, augmentation de la petite délinquance urbaine, barrages routiers et journées d’arrêt quasi systématique imposées certains lundis par les séparatistes perturbent encore la vie quotidienne.

Sur place, la venue du pape suscite un mélange d’espoir et d’émotion chez les habitants. Florence, catholique pratiquante, confie à notre correspondant Alphonse Tebeck qu’elle voit dans cette visite une occasion rare de ramener la sérénité dans une ville éprouvée, et qu’elle attend de ce geste un message fort en faveur de la paix.

De nombreux autres résidents partagent ce sentiment. Leonard dit espérer que le chef de l’Église prendra la mesure de l’angoisse permanente ressentie par la population : malgré une apparence de normalité, beaucoup vivent en alerte, prêts à réagir au moindre signe de danger, et comptent sur la prière collective pour soutenir une dynamique de paix, en particulier dans les régions anglophones.

Pressions politiques, attentes de libérations et trêve exceptionnelle

Au-delà de la dimension spirituelle, certains habitants souhaitent que la visite pousse les autorités à des gestes concrets. Edwin rappelle que près d’une décennie de violences a entraîné des déplacements massifs, des pertes humaines et des destructions, et se réjouit qu’une trêve générale ait été observée par tous les acteurs du conflit pour la durée de la visite, en nourrissant l’espoir d’un apaisement durable.

D’autres voient déjà dans l’événement un facteur d’unification : Derick note que la mobilisation autour du passage du pape a rassemblé des responsables politiques et administratifs habituellement distants des doléances locales, preuve, selon lui, que l’événement permet de fédérer autour d’un objectif commun.

Parmi les personnalités locales impliquées dans la recherche de solutions, le professeur Willibroad Dze Ngwa — fondateur d’un institut universitaire consacré à la paix et lui-même originaire de la région — plaide depuis longtemps pour des mesures politiques fortes. Il a adressé plusieurs courriers au chef de l’État depuis l’annonce du déplacement papal, demandant notamment la mise en liberté de détenus politiques et de responsables emprisonnés, un geste qu’il juge nécessaire pour crédibiliser toute démarche de réconciliation. Ses propos ont été rapportés par l’envoyée spéciale Véronique Gaymard, avec Nicolas Benita.

Sur le programme officiel, le pape doit d’abord participer à une rencontre interconfessionnelle à la cathédrale Saint-Joseph de Bamenda, puis présider une messe en plein air sur le tarmac de l’aéroport, un site lourd de symboles puisqu’il a été au cœur des affrontements dans la région.

La visite se déroule sous un dispositif sécuritaire renforcé. Dans un geste inédit, les groupes séparatistes ont annoncé un cessez-le-feu de trois jours afin de permettre aux fidèles de se rendre librement aux célébrations prévues à l’aéroport de Bamenda.

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