Cacao en Côte d’Ivoire : une crise aux enjeux politiques

La Côte d’Ivoire assure plus de 40 % de la production mondiale de cacao. Depuis la fin 2024 et tout au long de 2025, la filière ivoirienne a connu des perturbations importantes : les cultivateurs sont touchés, des acheteurs font défaut et l’État a engagé des mesures pour contenir la crise.

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Cacao en Côte d’Ivoire : une crise aux enjeux politiques
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La Côte d’Ivoire assure plus de 40 % de la production mondiale de cacao. Depuis la fin 2024 et tout au long de 2025, la filière ivoirienne a connu des perturbations importantes : les cultivateurs sont touchés, des acheteurs font défaut et l’État a engagé des mesures pour contenir la crise.

En 2024, les cours du cacao ont atteint des niveaux records, culminant jusqu’à 10 000 dollars la tonne sur les places de New York et de Londres, une situation liée notamment aux effets d’El Niño et à la pourriture brune qui ont réduit les récoltes en Afrique de l’Ouest.

La campagne 2025-2026 a présenté de meilleurs rendements, entraînant un recul des prix : début 2026, le cours se situait autour de 6 000 à 7 000 dollars la tonne, soit une baisse de plus de 30 % par rapport aux sommets de 2024. Les producteurs liés à des contrats signés aux anciens niveaux se retrouvent particulièrement affectés.

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Pressions sur le marché et conséquences pour la filière

En 2025-2026, des acheteurs internationaux — transformateurs et négociants — qui avaient signé des contrats à terme à des prix élevés cherchent à renégocier ou à se dégager de leurs engagements, arguant de la difficulté de payer 8 000 à 9 000 dollars la tonne quand le marché cote autour de 6 000.

Cela a entraîné l’immobilisation de cargaisons de cacao dans les ports d’Abidjan et de San Pedro, en attente d’acheteurs. Les exportateurs locaux voient leurs stocks s’accumuler et peinent à écouler la marchandise, tandis que les producteurs ne reçoivent pas systématiquement les paiements prévus.

Le maillon des planteurs est le plus vulnérable : un exploitant ivoirien exploite en moyenne 3 à 5 hectares et dépend quasiment uniquement du volume récolté et du prix à la livraison. Les défauts ou retards de paiement pèsent sur le remboursement des microcrédits, les frais de scolarité et l’achat d’intrants pour la saison suivante.

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Le Conseil du Café-Cacao (CCC) a fixé le prix bord-champ à 1 000 FCFA le kilogramme pour la campagne en cours, avec une prime éventuelle. Dans certaines zones de production, les sommes réellement versées aux producteurs sont parfois inférieures, les intermédiaires locaux — pisteurs et traitants — répercutant les difficultés du marché.

Le gouvernement d’Alassane Ouattara a activé plusieurs dispositifs de soutien. Le Fonds de Défense du Cacao a été mobilisé pour épauler des exportateurs en difficulté et des négociations sont en cours avec des acheteurs internationaux pour tenter d’identifier des sorties de crise acceptables.

L’État a aussi ajusté le calendrier de commercialisation afin d’éviter une accumulation excessive de stocks invendus susceptible d’exercer une pression supplémentaire sur les prix.

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Depuis 2019, la Côte d’Ivoire et le Ghana coopèrent dans le cadre du « Partenariat de durabilité du cacao et du chocolat » pour chercher à imposer un prix minimum aux acheteurs internationaux, mais le rapport de force reste difficile face aux multinationales du chocolat.

Moins de 40 % du cacao ivoirien est transformé localement, alors que la transformation sur place multiplie la valeur ajoutée par cinq à dix. Des entreprises comme CEMOI et Barry Callebaut disposent d’usines en Côte d’Ivoire, et l’État encourage depuis des années le développement de la transformation locale, mais les progrès restent lents.

La crise met en évidence la fragilité d’une économie fortement dépendante d’un seul produit et des décisions prises sur les places de Londres et New York. Environ 800 000 ménages de planteurs ivoiriens tirent leur revenu du cacao. Une solution structurelle demandera davantage de temps.

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