Bénin : les démissionaires du Parti Les Démocrates face au silence des nominations

Après avoir défié la ligne officielle du parti Les Démocrates pour soutenir Romuald Wadagni avant la présidentielle, plusieurs anciens cadres de l’opposition se retrouvent aujourd’hui sans place visible dans le nouveau pouvoir. Ni au gouvernement, ni parmi les ministres conseillers, ni dans les premières nominations stratégiques, ces ralliés de fin de campagne voient leur pari politique rester, pour l’heure, sans récompense institutionnelle.

Paul Arnaud DEGUENON
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Politique
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Bénin : les démissionaires du Parti Les Démocrates face au silence des nominations
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Le pari était spectaculaire. À quelques semaines de l’élection présidentielle du 12 avril 2026, plusieurs figures issues du parti Les Démocrates avaient choisi de rompre avec la position officielle de leur formation pour rallier le camp de Romuald Wadagni. Le parti d’opposition, fondé dans le sillage de l’ancien président Thomas Boni Yayi, avait été écarté de la compétition pour insuffisance de parrainages. Face à cette situation, sa direction avait opté pour la neutralité.

Mais certains cadres avaient décidé de suivre une autre voie. Éric Houndété, ancien président intérimaire et vice-président des Démocrates, avait signé le 26 mars 2026 le « Pacte républicain » en faveur du duo Wadagni-Talata. Guy Dossou Mitokpè, ancien secrétaire à la communication et porte-parole du parti, avait également rejoint cette dynamique. Chabi Yayi, fils de l’ancien chef de l’État Boni Yayi et secrétaire aux Relations extérieures des Démocrates, avait, lui, anticipé le mouvement en démissionnant du parti avant de se rapprocher du camp Wadagni.

D’autres responsables politiques, notamment Constant Nahum, Joël Godonou, Basile Ahossi ainsi que plusieurs cadres communaux et intermédiaires, avaient aussi manifesté publiquement leur soutien au candidat de la mouvance présidentielle. Ces ralliements avaient provoqué de fortes tensions au sein des Démocrates, déjà fragilisés par leur absence de la présidentielle.

Des ralliements assumés malgré les sanctions

La réaction du parti Les Démocrates n’avait pas tardé. Dès le 26 mars 2026, la formation d’opposition avait suspendu 22 de ses cadres, dont Éric Houndété, pour « violation flagrante » des orientations issues de son Conseil national du 22 mars. Ce Conseil avait acté la neutralité du parti pour la présidentielle, après l’invalidation de son candidat Renaud Agbodjo.

Cette sanction n’avait toutefois pas empêché les ralliés de poursuivre leur engagement aux côtés de Romuald Wadagni. Leur choix avait été publiquement salué par le candidat de la mouvance, notamment lors d’un meeting tenu le 10 avril 2026 au CEG Gbégamey de Cotonou, à deux jours du scrutin.

Pour ces anciens cadres des Démocrates, le soutien à Romuald Wadagni constituait un choix politique à haut risque. En rompant avec la ligne officielle de leur parti, ils s’exposaient à des critiques internes, à des accusations de trahison et à une rupture durable avec leur ancienne famille politique. Leur ralliement était aussi perçu comme une tentative de repositionnement dans un contexte où l’issue du scrutin semblait largement favorable au candidat de la mouvance.

Le 12 avril 2026, Romuald Wadagni remporte l’élection présidentielle face à Paul Hounkpè, candidat des Forces cauris pour un Bénin émergent. Le score, très largement favorable au candidat de la mouvance, est ensuite confirmé par la Cour constitutionnelle. Cette victoire ouvre une nouvelle phase politique, particulièrement attendue par ceux qui avaient choisi de rejoindre le camp victorieux avant le scrutin.

Mais les premières décisions du nouveau président ne leur ont, pour l’heure, pas été favorables.

Un gouvernement marqué par la continuité

Investi le 24 mai 2026 à Porto-Novo, Romuald Wadagni a rapidement dévoilé son premier gouvernement. La composition de cette équipe a confirmé une ligne de continuité avec le précédent pouvoir de Patrice Talon. Plusieurs ministres ayant déjà servi sous l’ancien président ont été maintenus ou reconduits dans des fonctions importantes.

Les portefeuilles stratégiques, notamment l’Économie, les Affaires étrangères, la Défense et l’Intérieur, ont été confiés à des profils technocratiques ou à des personnalités issues du noyau dur de la mouvance présidentielle. Cette orientation traduit la volonté du nouveau chef de l’État de s’appuyer d’abord sur les réseaux politiques et administratifs qui ont porté sa candidature depuis le départ.

Le fait le plus commenté reste l’absence totale des anciens cadres des Démocrates ayant soutenu Romuald Wadagni pendant la campagne. Ni Éric Houndété, ni Guy Dossou Mitokpè, ni Chabi Yayi, ni les autres figures issues de cette vague de ralliement ne figurent dans l’équipe gouvernementale.

Cette absence a été perçue comme un signal politique clair. Le nouveau pouvoir ne semble pas avoir voulu transformer immédiatement les ralliements électoraux en portefeuilles ministériels. À ce stade, Romuald Wadagni a privilégié la stabilité de son camp d’origine, composé principalement de l’Union Progressiste Le Renouveau et du Bloc Républicain, les deux grandes formations de la mouvance présidentielle.

Les nominations suivantes n’ont pas changé la donne

Après la formation du gouvernement, plusieurs autres nominations ont été prononcées à la Présidence de la République et dans l’administration. Le 26 mai, des personnalités ont été désignées à des fonctions clés autour du chef de l’État. Le 5 juin, douze ministres conseillers à la Présidence ont été nommés par décret.

Là encore, les anciens cadres des Démocrates ralliés à Romuald Wadagni n’ont pas été intégrés dans le premier cercle du pouvoir. La nomination de Rachidi Gbadamassi comme ministre conseiller à la Défense et à la Sécurité a davantage illustré une logique d’équilibre territorial et de consolidation des réseaux déjà existants au sein de la majorité présidentielle.

Le Conseil des ministres du 3 juin 2026 a également procédé à plusieurs nominations dans les régies financières et au niveau territorial. Des responsables ont été désignés à la tête des Douanes, des Impôts, du Budget, ainsi que dans certaines préfectures. Mais aucune figure marquante issue des ralliements venus des Démocrates n’a émergé dans cette série de décisions.

Cette situation place les concernés dans une position délicate. Ils ont quitté ou défié leur ancienne formation politique sans obtenir, dans l’immédiat, une responsabilité visible dans le nouvel appareil du pouvoir. Leur pari politique n’a donc pas encore produit les effets attendus.

Un calcul politique encore incertain

Plusieurs raisons peuvent expliquer cette mise à distance. La première tient au choix de Romuald Wadagni de consolider d’abord le noyau historique de la majorité présidentielle. L’Union Progressiste Le Renouveau et le Bloc Républicain avaient porté sa candidature avant même la campagne officielle. Dans cette logique, les fidélités anciennes ont pesé davantage que les ralliements intervenus à quelques semaines du scrutin.

La deuxième raison tient au profil du nouveau président. Romuald Wadagni s’est construit une image de technocrate, ancien ministre d’État chargé de l’Économie et des Finances, avec une forte culture de gestion publique et de continuité administrative. Son premier gouvernement reflète cette orientation, avec plusieurs profils techniques à des postes sensibles. Les anciens cadres des Démocrates, davantage identifiés comme des figures politiques ou militantes, n’entraient pas nécessairement dans cette architecture immédiate.

Enfin, les ralliements de fin de campagne ne garantissent pas toujours une contrepartie institutionnelle rapide. En politique, le soutien apporté à un camp victorieux peut être considéré comme un investissement à long terme, mais il ne donne pas automatiquement droit à une nomination ministérielle ou administrative. Dans le cas des anciens cadres des Démocrates, leur poids réel dans la victoire de Romuald Wadagni reste difficile à mesurer, d’autant que le scrutin était déjà largement favorable à la mouvance présidentielle.

Une position inconfortable pour les anciens ralliés

Les anciens cadres des Démocrates se retrouvent aujourd’hui dans une zone politique incertaine. D’un côté, ils se sont éloignés de leur parti d’origine, qui les a sanctionnés pour non-respect de sa ligne officielle. De l’autre, ils n’ont pas encore été pleinement intégrés dans l’architecture du nouveau pouvoir.

Cette situation peut fragiliser leur avenir politique. Dans leur ancienne famille politique, leur retour paraît difficile après les critiques et les suspensions. Dans le camp présidentiel, leur place reste encore à construire. Ils doivent désormais démontrer leur utilité politique dans la durée, au-delà du soutien affiché pendant la campagne.

Toutefois, leur absence du premier gouvernement ne signifie pas nécessairement leur exclusion définitive. De nouvelles opportunités pourraient apparaître lors de futures nominations, dans les structures décentralisées, les institutions consultatives ou à l’occasion d’éventuels ajustements gouvernementaux. Les prochaines échéances politiques, notamment les élections locales et législatives à venir, pourraient aussi leur offrir un espace de repositionnement.

Leur situation dépendra surtout de leur capacité à s’inscrire durablement dans la nouvelle majorité et à peser politiquement sur le terrain. Le soutien à Romuald Wadagni avant le scrutin leur a permis de prendre date. Mais il ne leur a pas encore ouvert les portes du pouvoir.

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