Au Soudan, la plus grande crise humanitaire au monde selon l’ONU
Trois ans après le début des hostilités qui opposent l’armée soudanaise aux Forces de soutien rapide, l’Organisation des Nations unies qualifie la situation au Soudan de crise humanitaire la plus grave au monde. Certaines estimations font état d’un bilan humain extrêmement lourd, dépassant les 200 000 morts, tandis que des millions de personnes se retrouvent exposées à des conditions de vie extrêmement précaires et dangereuses.

On estime qu’environ 14 millions d’habitants ont été contraints de quitter leur lieu de résidence : plus de 11,5 millions se déplacent à l’intérieur du pays, souvent de nombreuses fois, et plus de 4,4 millions ont franchi des frontières internationales pour chercher refuge. Le Tchad figure parmi les destinations les plus sollicitées, accueillant près de 1,3 million de Soudanais. Ces chiffres traduisent une réalité humaine faite de pertes, de séparations et de traumatismes profonds.
Sur le terrain, notre correspondante a rencontré des réfugiés dans plusieurs points de passage frontaliers — notamment Adré, Abougoudam, Iriba et Tiné — où les récits collectés font état d’une violence ciblée à l’encontre des populations non-arabes. Les Masalit et les Zaghawa sont souvent cités comme visés, et de nombreux déplacés évoquent une peur de mort liée à la couleur de leur peau.
Selon le Haut Commissariat pour les réfugiés, une écrasante majorité des nouveaux arrivants au Tchad signale avoir été victime d’exactions graves : passages à tabac, agressions et violences sexuelles, mais aussi exécutions sommaires, enlèvements et détentions suivies d’exigences de rançon figurent parmi les atteintes dénoncées.
Faim, épuisement et passages périlleux
Au-delà des violences directes, l’état de santé des personnes arrivant au Tchad est alarmant : nombreux sont ceux qui débarquent amaigris, déshydratés et physiquement épuisés, privés d’accès durable à l’eau et à l’alimentation. Beaucoup racontent des trajets éreintants, effectués parfois à pied pendant plusieurs jours, ou entassés dans des camions et des charrettes jusqu’au point de réception.
Plusieurs réfugiés expliquent avoir abandonné leur domicile en pleine nuit pour échapper aux FSR, qui avaient encerclé et finalement pris El Fasher à l’automne dernier. Dans leur fuite, certains décrivent des itinéraires macabres, parmi lesquels la traversée de tranchées jonchées de corps en décomposition.
Depuis l’éclatement du conflit le 15 avril 2023, près de 920 000 Soudanais se sont réfugiés dans l’est du Tchad, où la densité des camps et sites de transit est parmi les plus élevées au monde. Dans plusieurs zones, un habitant sur trois est désormais un réfugié. Malgré la pression, l’accès à l’asile est en grande partie maintenu et aucun refoulement massif n’a été signalé par les agences onusiennes.
La solidarité internationale peine toutefois à suivre : sur le site d’Adré, par manque de financements, le HCR et le Programme alimentaire mondial ont réduit les listes de bénéficiaires et diminué les quantités distribuées — on parle d’un passage d’environ 230 000 personnes prises en charge à quelque 190 000 — et des rations conçues pour un mois doivent être étalées sur deux. La région reste aussi soumise à des risques sécuritaires : le conflit a parfois franchi la frontière, avec des frappes impliquant des drones ayant causé des pertes civiles à Tiné. La frontière entre le Tchad et le Soudan est fermée depuis la fin du mois de mars.
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