Angola : l’Union africaine refuse d’avaliser le « blanchiment des putschs militaires »

Le samedi 14 février, à Addis-Abeba, les entrées de l’arène continentale ont tourné au moment embarrassant pour les nouveaux venus. Guinée et Gabon — incarnés par Doumbouya et Oligui —, qui se présentaient au sommet après des scrutins marqués par leur récente accession au pouvoir, n’ont pas reçu l’accueil feutré auquel ils s’attendaient : la cérémonie s’est transformée en un réquisitoire public.

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Angola : l’Union africaine refuse d’avaliser le « blanchiment des putschs militaires »
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Le samedi 14 février, à Addis-Abeba, les entrées de l’arène continentale ont tourné au moment embarrassant pour les nouveaux venus. Guinée et Gabon — incarnés par Doumbouya et Oligui —, qui se présentaient au sommet après des scrutins marqués par leur récente accession au pouvoir, n’ont pas reçu l’accueil feutré auquel ils s’attendaient : la cérémonie s’est transformée en un réquisitoire public.

À la tribune, João Lourenço, qui termine son mandat à la tête de l’Union africaine, n’a pas ménagé ses mots. Ancien officier passé par une trajectoire électorale, il s’est placé en donneur de leçon vis-à-vis de ces gouvernants nouvellement installés, invoquant les principes de la communauté politique qu’ils rejoignent.

Mais le ton sévère semblait aussi viser au-delà des personnes présentes : un message adressé à tous ceux qui pourraient être tentés, après des mises en scène électorales, d’officialiser par les urnes des prises de pouvoir anticonstitutionnelles. L’idée sous-jacente était claire : empêcher que l’exemple ne fasse école.

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Le paradoxe est que, dans plusieurs de ces pays, les missions d’observation onusiennes ou continentales ont produit des rapports plutôt indulgents. Malgré des constats de manquements aux droits politiques et civils, certains scrutins ont été validés, conférant aux nouveaux titulaires une reconnaissance formelle par des instances pourtant censées garantir la régularité des processus démocratiques.

Des avertissements solennels, mais peu de mesures concrètes

Sur le plan diplomatique, il est aisé de brandir des principes ; les traduire en action s’avère autrement complexe. À Addis-Abeba, la rhétorique de la fermeté a côtoyé l’impuissance opérationnelle : la formulation de condamnations sans instruments robustes derrière elles.

Les chefs d’État et les responsables de la Commission ont rappelé les textes, en insistant sur le rôle du Conseil de paix et de sécurité censé empêcher tout passage en force anticonstitutionnel. Mais le message de principe n’a pas été accompagné d’un dispositif effectif susceptible de dissuader de nouvelles tentatives.

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Lors de ce 39e sommet, aucune résolution décisive n’a emporté l’adhésion nécessaire pour sanctionner ce qu’on pourrait appeler la « normalisation » des coups d’État par des scrutins ultérieurs. Le Conseil, qui évoquait une force prépositionnée, n’a pas démontré qu’il disposait des moyens pour la mettre en œuvre. Ces hésitations, ajoutées à des choix politiques antérieurs — notamment un soutien limité aux initiatives régionales les plus résolues — ont affaibli la capacité de riposte collective.

La conséquence est évidente : la parole seule ne suffit pas quand des groupes organisés cherchent à pérenniser leurs acquis et à tisser des alliances. Des enquêtes pointent le rôle d’acteurs extérieurs qui reconstruisent des réseaux d’influence en Afrique et soutiennent, de différentes manières, des juntes soucieuses d’imposer un autre modèle politique. Ce basculement structurel pose une menace durable pour les mécanismes de gouvernance régionale et invite à repenser à la fois les outils et la volonté politique nécessaires pour y faire face.

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