Affaire Martinez Zogo: de nouveaux indices mettent en cause l’ex-patron des renseignements

Au Cameroun, le procès de l’affaire Martinez Zogo, du nom de cet animateur de radio retrouvé mort en janvier 2023, a connu un nouveau développement lundi 31 août devant le tribunal militaire de Yaoundé. Le colonel Jean-Pierre Otoulou, qui a dirigé l’enquête en tant que commandant de la légion de gendarmerie de la région du Centre au moment des faits, a déclaré que plusieurs éléments laissaient penser que Léopold Maxime Eko Eko, alors patron de la Direction générale de la recherche extérieure (DGRE), savait que l’opération ayant conduit à la mort du journaliste était en cours.

Publié le à
Affaire Martinez Zogo: de nouveaux indices mettent en cause l’ex-patron des renseignements
Publicité
3 min de lecture
Google NewsCommenter

Parmi les indices cités par le colonel Otoulou figure la déclaration de Maxime Eko Eko lui-même, qui a orienté les enquêteurs vers l’homme d’affaires Jean-Pierre Amougou Belinga, l’un des principaux accusés du dossier. Le témoin a également relevé qu’entre l’enlèvement du journaliste et l’interpellation de Justin Danwe, alors directeur des opérations à la DGRE, le service de renseignement n’avait ouvert aucune enquête interne.

Le colonel a par ailleurs évoqué un rapport d’expertise selon lequel Maxime Eko Eko n’aurait remis aux enquêteurs que trois téléphones sur les dix qu’il déclarait posséder, certains ayant cessé d’émettre après l’arrestation de Justin Danwe. Pour la partie civile, ces éléments suffisent à mettre en cause la responsabilité de l’ancien patron du renseignement extérieur. « Comme le témoin l’a dit, tout ceci constitue des indices qui tendent à conclure qu’il était forcément au courant », a estimé l’avocat Calvin Job, qui représente des parties civiles dans le dossier.

La défense de Maxime Eko Eko conteste fermement cette lecture des faits et affirme qu’aucune preuve matérielle directe ne l’implique dans l’assassinat du journaliste.

La défense dénonce l’absence de preuve directe

Les avocats de Maxime Eko Eko soutiennent qu’en dehors des déclarations de Justin Danwe, chef du commando accusé d’avoir torturé et tué Martinez Zogo, aucune preuve testimoniale ou numérique n’établit que leur client ait donné l’ordre de l’opération. « Il n’a jamais, jamais été au courant », a affirmé l’avocat Hosanna Ndjana Ndjana, qui a mis en doute la fiabilité des déclarations de Justin Danwe, jugées fluctuantes d’une audition à l’autre.

L’audience du 31 août a également été marquée par le remplacement, en cours de séance, du lieutenant-colonel Cerlin Belinga, commissaire du gouvernement près le tribunal militaire, qui pilotait jusque-là l’accusation dans ce dossier.

Une affaire qui remonte à janvier 2023

Martinez Zogo — de son vrai nom Arsène Salomon Mbani Zogo —, animateur d’une émission matinale très suivie sur la radio privée Amplitude FM, avait été enlevé le 17 janvier 2023 au soir. Son corps, portant des traces de sévices, avait été retrouvé cinq jours plus tard, le 22 janvier, sur un terrain vague à une vingtaine de kilomètres de Yaoundé. Il avait 51 ans.

Au terme de l’instruction, le juge militaire en charge du dossier avait renvoyé dix-sept personnes en jugement, parmi lesquelles Maxime Eko Eko, Justin Danwe, l’homme d’affaires et patron de presse Jean-Pierre Amougou Belinga, ainsi qu’un édile de la région du Centre. Le procès pour assassinat, torture, enlèvement et séquestration s’est ouvert le 25 mars 2024 devant le tribunal militaire de Yaoundé ; les débats sur le fond n’ont véritablement démarré qu’en septembre 2025, après plusieurs mois retardés par des questions de procédure.

Articles liés

Commentaires

Les commentaires se chargent lorsque vous arrivez ici.

Merci pour votre lecture — publicité
© 2026 BENIN WEB TV