Soudan – Normalisation avec Israël: des discussions derrière le rideau entre les deux Etats

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Durant le mandat de Donald Trump, l’administration américaine s’est employée à mettre la pression sur certains Etats, dont le Soudan, en vue de la normalisation des relations diplomatiques avec Israël. Même si le sujet divise la classe politique soudanaise, il n’en demeure pas moins que des rencontres de haut niveau ont eu lieu entre les responsables soudanais et israéliens.

Alors que certains Soudanais militent pour la normalisation des relations avec l’Etat hébreux, d’autres citoyens de ce petit pays pauvre d’Afrique orientale, non des moindres, soutiennent que rien n’est encore en ce sens. « Il n’y a aucun signe de normalisation avec Israël, et il n’y a pas de pourparlers, à aucun niveau officiel. », telle est la cinglante réaction de la ministre soudanaise des Affaires étrangères, Mariam al-Sadiq al-Mahdi, dans l’entretien qu’elle a accordé au quotidien The National, fin septembre, à propos des prémisses d’une normalisation des relations diplomatiques entre Khartoum et Tel-Aviv.

Une rencontre en coulisse

le guide de l'investigateur
le guide de l'investigateur

Selon des sources bien introduites, début octobre, une très discrète délégation de militaires soudanais s’est rendue en Israël. Cette délégation était conduite par Abdul Rahim Hamdan Dagalo, Commandant adjoint des Forces d’appui rapide, qui n’est autre que le frère du puissant Lieutenant-général Mohamed Hamdan Daglo, dit « Hemetti », vice-président du Conseil souverain.

Deux jours durant, à en croire les mêmes sources, les officiers – au rang desquels le Lieutenant-général Mirghani Idris Suleiman, qui dirige les systèmes de l’industrie de défense de l’État – ont échangé avec des officiels israéliens. Si aucune information n’a filtré, tant sur les personnalités rencontrées par la délégation que sur le contenu exacte de sa mission, cette visite secrète a provoqué une onde de choc au Soudan.

Guerre des clans au sommet de l’État

Cette situation a fait naître une guerre des clans au cœur même de l’appareil étatique. D’un côté, les civils, conduits par le Premier ministre Abdallah Hamdok, vent debout contre toute idée de normalisation avec Israël. De l’autre, le président du Conseil souverain, le Général Abdel Fattah al-Burhane, et les militaires qui y siègent, beaucoup plus disposés à un rapprochement diplomatique – et sécuritaire – avec l’État hébreu.

Dans un pays où la majeure partie de l’opinion publique est acquise à la cause palestinienne, « les civils peuvent espérer mobiliser des soutiens dans la population, alors même qu’ils sont engagés dans une compétition pour le pouvoir avec les militaires », analyse Jérôme Tubiana, chercheur spécialiste du Soudan. « Le coût d’un trop grand pas en avant dans le réchauffement des relations avec Israël serait politiquement trop élevé », assure-t-il, d’ailleurs.

En avril dernier, lorsque les tensions étaient à nouveau montées d’un cran à Gaza et en Cisjordanie occupée, la rue soudanaise avait pris fait et cause pour les Palestiniens. Le parti arabe socialiste Bath, qui appartenait auparavant à la coalition au pouvoir, avait alors exigé la suspension pure et simple du processus de normalisation engagé par les autorités de la transition.

Au contraire, pour les militaires, « le souci principal est de se maintenir au pouvoir, et ils voient la coopération sécuritaire avec Israël comme une forme d’assurance », explique Marc Lavergne, chercheur au CNRS.

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