Sénégal : un bilan contrasté après deux ans au pouvoir de Bassirou Diamoye Faye
Le 2 avril 2024, Bassirou Diomaye Faye accédait à la présidence du Sénégal à 43 ans, devenant ainsi le plus jeune chef d’État du pays. Investi en lieu et place de son mentor, Ousmane Sonko, il a formé depuis un duo exécutif dont la cohésion semble aujourd’hui mise à l’épreuve.

Sur le papier, rien n’a bougé. Bassirou Diomaye Faye est président et Ousmane Sonko occupe toujours la primature. Mais, au cours des six derniers mois, leurs itinéraires politiques se sont progressivement séparés, chacun prenant ses distances par rapport à l’autre.
Le président a relancé une coalition baptisée « Diomaye Président », pensée pour rassembler au-delà des cadres du Pastef et consolider son ancrage politique en vue des échéances à venir. Une charte destinée à structurer ce rassemblement a été adoptée lors d’une première assemblée générale tenue début mars.
De son côté, Ousmane Sonko conserve la direction du Pastef et pilote sa propre plateforme, l’Alliance patriotique pour le travail et l’éthique (Apte), chargée de fédérer des soutiens pour les élections locales de 2027 puis la présidentielle de 2029. Les deux leaders disposent donc désormais d’appareils distincts, signe de tensions internes à la mouvance et au gouvernement.
Un passif de 7 milliards de dollars
Sur le plan économique, l’exécutif nouvellement installé hérite de contraintes financières lourdes qui pèsent fortement sur l’action publique. Dès son arrivée, l’équipe au pouvoir a ordonné des audits des comptes publics ; ceux-ci, complétés par des analyses de la Cour des comptes et du FMI, ont mis au jour un endettement nettement supérieur aux estimations antérieures.
Alors que la dette publique était estimée autour de 100 % du PIB à la fin de 2023, le Fonds monétaire international l’a réévaluée à 132 % du PIB en 2025. Dans le lot, des emprunts non déclarés sous la précédente administration, totalisant environ sept milliards de dollars, ont été révélés.
Ces découvertes ont eu des répercussions immédiates : un prêt du FMI de 1,8 milliard de dollars a été suspendu, la confiance des institutions financières s’est érodée et la note souveraine du Sénégal a subi plusieurs baisses. Le pays se retrouve contraint d’emprunter à des taux plus élevés pour refinancer ses engagements, tandis que les négociations pour un nouveau programme avec le FMI restent au point mort.
Avec des charges de la dette qui absorbent près d’un quart des recettes de l’État, la marge de manœuvre budgétaire est très réduite. Les autorités peinent ainsi à dégager les ressources nécessaires pour lancer des réformes ambitieuses et doivent repousser certaines promesses sociales.
Pour atténuer la crise de confiance et marquer une volonté de réforme, l’exécutif met en avant plusieurs textes adoptés récemment : création d’un Office national de lutte contre la corruption, loi protégeant les lanceurs d’alerte, obligations de déclaration de patrimoine et loi sur l’accès à l’information. Le président a rappelé l’existence de ces mesures lors du conseil des ministres du 1er avril.
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