Sénégal : Nouvelle loi, premières condamnations, la pression monte sur les personnes LGBT+
Le 10 avril, le tribunal de Pikine-Guédiawaye, en banlieue dakaroise, a condamné un jeune homme de 24 ans à six ans de prison ferme et à une amende de deux millions de francs CFA. Cette décision constitue la première application judiciaire d’une loi récemment entrée en vigueur qui renforce nettement les sanctions.

Depuis le début du mois de février, les arrestations liées à des accusations d’homosexualité se sont multipliées, frisant la soixantaine selon les comptes les plus récents. Les interpellations interviennent fréquemment après des dénonciations ou des contrôles des contenus téléphoniques ; les identités des personnes mises en cause sont parfois rendues publiques, les exposant à des violences.
Le texte incriminant a été voté le 11 mars par 135 députés sur 165, puis signé par le président Bassirou Diomaye Faye à la fin du mois de mars, malgré les appels d’ONG internationales telles qu’Amnesty International et Human Rights Watch à y renoncer. Il élargit les peines — portées auparavant à cinq ans — et prévoit maintenant des peines pouvant atteindre dix ans de prison, tout en réprimant la « promotion » de l’homosexualité.
Plusieurs dossiers sont actuellement traités par les juridictions sénégalaises et plusieurs personnes ont été placées sous mandat de dépôt ces derniers jours. L’atmosphère de poursuites et de mise au ban pousse un nombre croissant de personnes concernées à envisager l’exil ; l’association française STOP Homophobie signale avoir reçu près de 200 sollicitations d’aide en l’espace de quelques semaines, une charge qui dépasse désormais ses capacités d’assistance.
Tension sociale, accusations et conséquences humaines
La vague d’arrestations a aussi vu émerger des accusations supplémentaires, notamment de transmission volontaire du VIH, qui aggravent la stigmatisation. Un cas très médiatisé — l’arrestation présumée d’un agent travaillant à la banque du sang — a alimenté une psychose sur les réseaux sociaux et renforcé les craintes au sein des communautés ciblées.
Les méthodes d’enquête, qui incluent la fouille de téléphones et la publicité des noms des personnes interpellées, ont été dénoncées par des défenseurs des droits humains comme des facteurs augmentant le risque d’agression et d’ostracisme. Face à ces pratiques, les organisations d’aide constatent une demande d’assistance en forte hausse, tandis que les possibilités de protection à l’étranger restent complexes : la France a classé le Sénégal comme pays à risque pour les personnes LGBT+ depuis 2021, mais les démarches d’asile demeurent longues et loin d’assurer une issue certaine pour les demandeurs.
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