Sénégal : les militantes féministes accusent les séries télé de banaliser les violences faites aux femmes
Depuis plusieurs années, les écrans sénégalais sont envahis par des feuilletons à fort impact émotionnel, centrés sur des histoires d’amour, de trahisons et de conflits conjugaux. Ces fictions, qui empruntent aux codes du telenovela, sont devenues des rendez‑vous quotidiens : elles passent en prime time mais circulent aussi hors des salons, sur des téléviseurs de quartier et via de simples smartphones dans la rue.

Depuis plusieurs années, les écrans sénégalais sont envahis par des feuilletons à fort impact émotionnel, centrés sur des histoires d’amour, de trahisons et de conflits conjugaux. Ces fictions, qui empruntent aux codes du telenovela, sont devenues des rendez‑vous quotidiens : elles passent en prime time mais circulent aussi hors des salons, sur des téléviseurs de quartier et via de simples smartphones dans la rue.
Des collectifs et des militantes féministes mettent aujourd’hui en garde contre le récit récurrent que portent ces séries : il met souvent en scène des femmes subissant des violences au sein du couple, qui finissent par se taire ou par accepter la situation. Pour elles, la répétition de ces intrigues participe à banaliser des comportements dangereux et à gommer la dimension politique et structurelle des violences de genre.
Pour illustrer leur propos, des observatrices citent des épisodes où une héroïne est battue jusqu’à perdre un enfant, porte plainte, puis voit sa famille intervenir pour réclamer le pardon ; la victime retire sa plainte et l’intrigue reprend son cours comme si rien d’irréversible ne s’était produit. Ce type de scénario, jugent-elles, atténue la gravité des faits et les présente comme des drames « privés » plutôt que comme des délits sociaux.
Ce débat survient alors que le pays enregistre une hausse inquiétante des cas mortels de violences conjugales : pour l’année 2025, au moins dix‑huit féminicides médiatisés ont été recensés, un chiffre qui alimente la préoccupation des associations et des autorités sur l’état de la protection des femmes.
Pression sur les producteurs et appel à diversifier les récits
Face à ces constats, des militantes annoncent qu’elles vont interpeller directement les maisons de production. Leur demande n’est pas d’entraver la liberté artistique, disent‑elles, mais d’exiger une représentation plus responsable : si la fiction montre des violences, elle doit aussi les situer clairement comme inacceptables et en expliquer les mécanismes, afin de ne pas en faire une simple dramaturgie spectaculaire.
Du côté des créateurs, certains reconnaissent la difficulté de rompre avec des recettes qui font le succès des séries. Plusieurs réalisatrices et scénaristes soulignent que les producteurs privilégient ce qui « buzze » — les confrontations, les retournements extrêmes — parce que ce sont ces ressorts qui attirent l’audience et assurent la rentabilité. En même temps, ces professionnelles appellent à élargir les formats : polar, fantastique, portraits de femmes actives ou d’héroïnes professionnelles permettraient de montrer d’autres visages de la société sénégalaise et d’offrir des modèles différents aux spectatrices et spectateurs.
La controverse place donc les maisons de production et les médias au cœur d’un dilemme éthique : comment concilier l’exigence de succès populaire et la responsabilité sociale de ne pas naturaliser la violence ? Les échanges en cours entre associations, créateurs et diffuseurs laissent augurer d’un débat prolongé sur la manière dont la fiction peut informer sans reproduire des représentations préjudiciables.
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