Réécrire l’histoire du Bénin: l’ANSALB dévoile les fondements d’un chantier scientifique majeur
Invité le dimanche 28 juin 2026 sur le plateau de Canal 3 Bénin, dans l’émission Zone Franche, le professeur François Adebayo Abiola a levé le voile sur les travaux en cours à l’Académie nationale des sciences, arts et lettres du Bénin (ANSALB).

Au centre de son intervention, un programme ambitieux et sensible: la réécriture scientifique de l’histoire du Bénin, portée par des chercheurs béninois et africains.
Dès l’entame, l’universitaire a tenu à saluer l’engagement de la direction de l’Académie, citant son président Nazaire Padonou, le vice-président Manzourou Moudachirou et le secrétaire perpétuel Michel Boko.
Un travail intellectuel qu’il qualifie de rigoureux, bénévole et déjà perceptible dans ses premiers effets sur la société béninoise.
Une institution scientifique sous protection présidentielle
Coordonnateur du programme de réécriture de l’histoire nationale, le professeur Abiola est revenu sur les missions statutaires de l’ANSALB. Conformément à ses textes fondateurs, l’Académie œuvre au développement du Bénin par les sciences, les arts et les lettres, conseille les pouvoirs publics et le secteur privé, et impulse la recherche scientifique.
Un point institutionnel continue toutefois de susciter le débat. L’ANSALB est placée sous le parrainage et la protection du Président de la République. Une disposition que l’Académicien assume pleinement, estimant qu’une institution encore jeune, appelée à traiter de sujets historiquement et politiquement sensibles, a besoin d’un cadre de garantie et de moyens.
Il précise cependant que cette protection ne s’apparente ni à une tutelle intellectuelle ni à une influence politique. Le financement des activités est assuré à travers un Programme de Travail Annuel soumis à la Présidence, dans un cadre formel et transparent. L’Académie est organisée autour de trois collèges et de six commissions permanentes.
Quatre axes pour reconstruire la mémoire nationale
Le programme de réécriture de l’histoire du Bénin repose sur quatre chantiers structurants. Le premier concerne les révoltes anti-coloniales, avec pour objectif de documenter les résistances locales et de restituer les valeurs de courage et de souveraineté souvent absentes des récits officiels.
Des enquêtes ont déjà été menées dans plusieurs régions, notamment le Plateau, le Borgou, l’Alibori, Tchaourou et le pays Sahouè.
Le deuxième axe porte sur l’étude de grandes figures béninoises, connues ou restées dans l’ombre, afin d’offrir aux jeunes générations des repères historiques et des modèles enracinés dans leur propre culture.
Le troisième chantier s’attaque à l’épisode du massacre de Thiaroye du 1er décembre 1944, dans une démarche de vérité historique visant à déconstruire ce que le professeur Abiola qualifie de récits officiels biaisés et de silences d’État.
Enfin, un quatrième projet s’intéresse à l’historique des divinités endogènes, sous la coordination du professeur Bada, dans un contexte national marqué par un regain d’intérêt et de débats autour du Vodun et des spiritualités africaines.
Pour l’Académicien, l’enjeu est clair. Il s’agit de corriger une historiographie héritée de la période coloniale. Il cite à ce titre l’exemple de Sakété en 1905, où les archives coloniales font état de pertes minimales du côté de l’administration, en contradiction flagrante avec les témoignages et traditions orales locales évoquant un massacre d’ampleur. Pour lui, la science historique a le devoir de confronter ces versions et de rétablir les faits.
Un moment historique jugé opportun
Le professeur Abiola inscrit cette initiative dans un contexte africain plus large, marqué par une volonté croissante de réappropriation des récits nationaux. Il évoque l’exemple du Sénégal, ainsi que la décision prise par l’ancien président Patrice Talon de déposer désormais la gerbe du 1er août au pied des héros nationaux.
Autant de signaux qui, selon lui, confirment que le moment est venu pour le Bénin d’assumer pleinement sa mémoire et son histoire.
Avant de conclure, l’Académicien a formulé deux requêtes à l’endroit des autorités béninoises. Il plaide pour une reconnaissance officielle de la résistance du roi Adélou de Sakété face à l’administration coloniale et souhaite l’engagement d’une procédure de rapatriement de ses cendres, actuellement à Nouadhibou en Mauritanie. Deux gestes symboliques qui, à ses yeux, participeraient pleinement à la restauration de la dignité historique nationale.
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