RDC : L’AfricaMuseum de Tervuren lance la numérisation des archives géologiques réclamées par Kinshasa
Un vaste corpus documentaire relatif au sous-sol congolais se trouve aujourd’hui au centre d’un conflit opposant Kinshasa, l’État belge et une entreprise américaine. Ces archives géologiques sont conservées dans les réserves de l’AfricaMuseum, à Tervuren, en périphérie de Bruxelles, et suscitent des convoitises divergentes autour de leur numérisation et de leur accès.

Un vaste corpus documentaire relatif au sous-sol congolais se trouve aujourd’hui au centre d’un conflit opposant Kinshasa, l’État belge et une entreprise américaine. Ces archives géologiques sont conservées dans les réserves de l’AfricaMuseum, à Tervuren, en périphérie de Bruxelles, et suscitent des convoitises divergentes autour de leur numérisation et de leur accès.
Pour atteindre ces collections, il faut descendre dans les profondeurs du bâtiment: derrière plusieurs volées d’escaliers et portes sécurisées, des kilomètres linéaires de dossiers, cartes et photographies attendent, soigneusement rangés dans des armoires métalliques. L’espace occupé par ces documents représente plusieurs centaines de mètres de rayonnages — l’équivalent de plusieurs millions d’items selon les responsables scientifiques du musée.
Ces archives proviennent de sources variées : dossiers laissés par des compagnies minières ayant cessé leurs activités, travaux déposés par des géologues à la retraite, études menées par les équipes de l’institution après l’ère coloniale, ainsi que des recherches produites par des spécialistes congolais et africains. On y retrouve aussi bien des cartes manuscrites que des rapports dactylographiés et d’innombrables clichés décrivant la géologie congolaise.
Face à la demande exprimée par le service géologique de la République démocratique du Congo pour rendre ces documents accessibles, le musée a longtemps été confronté à des limites humaines et matérielles. Cette situation a évolué début février 2026, lorsqu’un financement européen a permis le recrutement de quatre géologues ; quatre archivistes et un spécialiste informatique doivent compléter l’équipe à compter du 1er mars 2026. Le projet de numérisation, chiffré à environ deux millions d’euros, vise à achever en trois ans l’inventaire et la digitalisation des séries prioritaires définies avec Kinshasa.
Un calendrier et des intérêts concurrents
Le calendrier fixé par l’AfricaMuseum prévoit la constitution d’une base de données consultable d’ici 2029, après l’inventaire et la numérisation d’une grande quantité de dossiers. Cette échéance est jugée trop longue par certains acteurs extérieurs, qui souhaitent accélérer l’accès aux informations.
En juillet 2025, KoBold Metals — société américaine appuyée par des investisseurs privés — a conclu un accord de principe avec le ministère congolais des Mines. Le document prévoit notamment le déploiement d’une équipe chargée de commencer la numérisation des archives congolaises conservées à l’AfricaMuseum avant le 31 juillet 2025, une clause qui a attisé la controverse sur l’opportunité d’un accès direct d’une entreprise privée à ces fonds.
Du côté du musée, la perspective d’un traitement externalisé par une société étrangère est rejetée : l’établissement se considère comme une institution publique à vocation scientifique et affirme vouloir transférer les données vers les autorités congolaises de manière non exclusive, et non au bénéfice d’un acteur privé. Cette position reçoit le soutien des autorités belges.
Vanessa Matz, la ministre belge chargée du numérique et de la politique scientifique, a rappelé que la Belgique ne peut accorder un accès exclusif à une entreprise étrangère sans base contractuelle. Selon elle, la mise à disposition des archives doit respecter les cadres juridiques belges et européens, s’inscrire dans un objectif scientifique et demeurer non privative.
Articles liés
Une sixième année de déficit mondial pour le caoutchouc naturel, l’offre insuffisante face à la demande
Madagascar : le président Randrianirina en visite de travail à Paris
Côte d’Ivoire : autorisation de retour pour le tambour parleur après 110 ans
Suisse : 687 millions de francs suisses (plus de 750 millions d’euros) d’avoirs vénézuéliens gelés