Mali : les autorités accusent des entreprises d’exploiter la crise du carburant pour gonfler les prix

Au Mali, la récente révision des tarifs réglementés du carburant par les autorités de transition s’accompagne d’accusations ciblant des opérateurs économiques accusés de tirer profit de la situation pour majorer leurs prix. La pénurie qui pèse sur l’approvisionnement est aggravée, depuis septembre, par un embargo imposé par le groupe jihadiste JNIM. Des convois de citernes, arrivés à Bamako le 1er avril 2026 sous escorte militaire, étaient attendus avec impatience alors que le gasoil et l’électricité commençaient à se faire rares.

Le · MàJ le
Société
143vues
Mali : les autorités accusent des entreprises d’exploiter la crise du carburant pour gonfler les prix
Publicité
3 min de lecture
Google News

Depuis le début de la semaine, la capitale a connu des stations-service dévalisées et des files d’attente importantes aux rares points de distribution encore approvisionnés. La fourniture d’électricité — étroitement liée à la disponibilité du diesel — s’est fortement dégradée, certains quartiers subissant des coupures pouvant aller de dix à vingt-quatre heures consécutives. L’arrivée des camions-citernes a été perçue comme une bouffée d’oxygène nécessaire.

Le gouvernement souligne que les prix du carburant au Mali sont encadrés par des subventions et des plafonds étatiques, et que la hausse décidée samedi dernier répond aux pressions sur le marché international liées au conflit au Moyen-Orient. Les augmentations autorisées entraînent des répercussions en cascade sur tous les secteurs d’activité.

Sur le terrain, la tension se cristallise autour des pratiques tarifaires des entreprises et des transporteurs.

Tensions entre autorités, opérateurs et transporteurs

Dans un communiqué publié le 31 mars, le ministère de l’Industrie et du Commerce a dénoncé des hausses de prix décidées unilatéralement par certains acteurs économiques, sans toutefois citer d’entreprises nommément. Le texte met en garde contre des « sanctions » à venir pour toute majoration jugée injustifiée.  Le ministère des Transports, de son côté, a accusé, le 1er avril, plusieurs compagnies d’autocars desservant les liaisons intérieures d’avoir augmenté leurs tarifs de manière « non proportionnée » par rapport à la hausse du carburant, laissant entendre qu’une partie des hausses relevaient davantage d’une stratégie de marge que d’une nécessité économique.

La confédération patronale nationale (CNPM) n’a pas, pour l’instant, réagi publiquement. Un grand entrepreneur contacté par nos soins rappelle néanmoins que le prix du gasoil a bondi d’environ 30 % et que les industriels comme les transporteurs professionnels répercutent mécaniquement ces coûts. Il admet toutefois que certains acteurs profitent de la conjoncture pour pratiquer des augmentations excessives, en particulier dans le transport urbain et interurbain.

Le même interlocuteur pointe un autre facteur aggravant : l’embargo qui complique l’approvisionnement pousse certains à se fournir sur le marché informel, où le carburant coûte plus cher. Dans ces situations, selon lui, la hausse des tarifs, bien que supérieure à celle des barèmes officiels, s’explique par des coûts d’achat très élevés.

Sur le plan politique, les réactions sont vives. Un ancien ministre, aujourd’hui opposant, juge contre-productif de ne cesser d’accuser les opérateurs et appelle la junte à renforcer la concertation avec le secteur privé pour élaborer des solutions applicables. Un autre responsable de l’opposition accuse les autorités de vouloir détourner l’attention de leurs propres manquements et dénonce un manque d’anticipation : selon lui, l’harmonisation préalable avec les acteurs économiques aurait dû précéder l’augmentation des prix.

Rappel historique : au début de l’embargo, en octobre dernier, le pouvoir avait lui aussi mis en cause le secteur privé pour expliquer la pénurie. Deux mois plus tard, des chefs d’entreprise et des routiers avaient néanmoins été distingués par les autorités pour leur rôle dans les ravitaillements.

Lors du conseil des ministres du 1er avril, le gouvernement a adopté des projets de textes visant à créer un stock national de sécurité de produits pétroliers, destiné à couvrir 45 jours de consommation. Si une telle réserve est courante dans de nombreux pays, sa mise en place apparaît comme un chantier de long terme, d’autant que le Mali fait face depuis plusieurs mois à des approvisionnements insuffisants pour répondre aux besoins quotidiens.

Articles liés

Merci pour votre lecture — publicité