Madagascar : un rapport pointe la gestion parallèle, les frais privés et les projets avortés du régime déchu
La Cour des comptes de Madagascar a rendu publiques, le 19 mars 2026, les conclusions d’un vaste contrôle mené depuis novembre 2025 dans l’ensemble des ministères et des organismes publics rattachés. Ces investigations mettent en lumière de nombreuses irrégularités financières et l’existence d’un circuit financier informel durant le mandat d’Andry Rajoelina, renversé en 2025.

Quarante magistrats ont été mobilisés et n’ont disposé que d’environ quatre mois pour analyser les comptes publics. Ces audits, ordonnés par le président de la Refondation peu après la chute du régime le 14 octobre 2025, se concentrent principalement sur la période 2020–2025.
Parmi les découvertes majeures figure un compte non répertorié au ministère de l’Économie et des Finances, utilisé en partie par la Présidence et qui échappait à tout contrôle parlementaire et aux lois de finances. Alimenté par des crédits budgétaires restés inutilisés dans plusieurs ministères, ce fonds aurait reçu près de 900 milliards d’ariary — soit environ 188 millions d’euros — en dehors des circuits officiels.
Les magistrats indiquent que ces ressources ont servi à des dépenses variées et souvent opaques : locations d’avions pour les services présidentiels, versements au profit de membres de la Haute cour constitutionnelle, prises en charge de frais médicaux croissants auprès de la Polyclinique d’Ilafy, ou encore achats de matériel pour les forces de l’ordre lors des manifestations de septembre et octobre 2025. La Polyclinique est liée à l’homme d’affaires Mamy Ravatomanga, actuellement détenu à Maurice et présenté comme un proche du pouvoir déchu.
Des fonds publics détournés au bénéfice d’intérêts privés
Le Procureur général de la Cour des comptes, Tafita Razafimanantsoa, a souligné que la juridiction n’a pas vocation à qualifier pénalement les faits mais que les éléments constatés traduisent une appropriation des ressources publiques au profit d’intérêts privés proches de l’ancien chef de l’État.
Les rapports pointent également de nombreuses violations des règles de la commande publique. Les contrôleurs relèvent un usage excessif du marché de gré à gré, contournant les appels d’offres obligatoires, et des paiements massifs effectués avant l’exécution effective des prestations, ce qui a causé des pertes financières significatives pour l’État.
Le patrimoine de l’État n’a pas été épargné : les audits indiquent que 409 véhicules relevant du ministère de la Population et des Solidarités, y compris dans ses directions régionales, sont introuvables. Dans les registres d’immatriculation, ces véhicules figurent toujours comme propriété du ministère, mais ils ont physiquement disparu, précisent les magistrats.
Lors de leur restitution devant le président de la Refondation et le nouveau Premier ministre, les auditeurs se sont également intéressés à la conduite de plusieurs projets phares de l’ère Rajoelina. Outre le téléphérique d’Antananarivo — financé par un prêt français et interrompu depuis septembre 2025 — le projet de ville nouvelle de Tanamasoandro, à une trentaine de kilomètres au sud‑ouest de la capitale, a été fortement critiqué : études de faisabilité bâclées, absence d’un chiffrage global et d’un plan de financement préalables. En dépit de ces lacunes, quelque 32 milliards d’ariary (environ 6,7 millions d’euros) ont été engagés, alors que les travaux restent quasiment inexistants.
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