Géopolitique: face au défi djihadiste dans le Nord, Bruxelles et Cotonou actent le binôme « Développement et Sécurité »

Derrière les annonces officielles et les grands projets d’infrastructures, la question sécuritaire reste le pivot des relations stratégiques entre le Bénin et ses partenaires internationaux notamment l’UE.

Edouard Djogbénou
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Géopolitique: face au défi djihadiste dans le Nord, Bruxelles et Cotonou actent le binôme « Développement et Sécurité »
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Réunis à huis clos au Berlaymont ce mardi, les responsables de l’Union européenne et les autorités béninoises ont longuement planché sur la situation dans le nord du Bénin. Cette région est devenue, en l’espace de quelques années, l’une des nouvelles lignes de front face à la poussée des groupes armés terroristes en Afrique de l’Ouest.

​Le Nord-Bénin face à une pression sécuritaire asymétrique

​Depuis 2021, les départements de l’Alibori et de l’Atacora, frontaliers du Burkina Faso et du Niger, subissent des incursions répétées de groupes armés affiliés à l’État islamique au Sahel ou au Jnim (lié à Al-Qaïda). Les embuscades et les attaques contre les postes de sécurité maintiennent les populations sous pression. La menace, autrefois cantonnée au cœur de la zone sahélienne, a franchi les frontières pour s’installer aux portes des pays du golfe de Guinée.

​Face à cette réalité concrète, l’Union européenne ajuste sa méthode. Plutôt que de s’en tenir à une réponse exclusivement militaire, Bruxelles privilégie désormais une approche axée sur le développement territorial pour stabiliser la région.

​L’école, l’emploi et le désenclavement comme remparts contre l’extrémisme

​Le plan d’action européen s’articule autour d’un pilier économique majeur visant à renforcer la résilience des communautés locales. Convaincue que la sécurité durable se construit par l’accès aux opportunités économiques, l’Union européenne va intensifier ses investissements dans :

  • ​Les infrastructures locales et le désenclavement,
  • ​L’accès pérenne aux services de base (eau, santé, éducation),
  • ​La création d’opportunités d’emplois pour les jeunes dans les zones frontalières.

​Cette stratégie intègre un volet explicite de prévention de l’extrémisme violent. L’objectif de ce travail de fond est de priver les recruteurs djihadistes du terreau de frustration, de précarité et d’abandon institutionnel dont ils se nourrissent pour enrôler de nouveaux combattants.

​Une convergence de vues stratégique entre Cotonou et Bruxelles

​Cette approche par le développement rejoint la doctrine défendue par Cotonou. Tout en renforçant son dispositif militaire sur le terrain, le gouvernement béninois plaide de longue date pour un rattrapage économique rapide des zones les plus exposées du septentrion.

À Bruxelles, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a réaffirmé l’engagement de l’Union à maintenir et intensifier son soutien financier et technique à cette dynamique.

​L’enjeu dépasse largement les frontières béninoises. Un enracinement des groupes armés dans les pays côtiers déstabiliserait l’ensemble du golfe de Guinée, avec des répercussions directes sur les routes commerciales, les infrastructures portuaires et les flux migratoires. En soutenant le nord du Bénin, l’UE protège par ricochet ses propres intérêts géopolitiques sur le flanc sud du continent.

​Les défis opérationnels d’un exercice de longue haleine

​Le principal défi de cette stratégie réside dans la gestion du temps : le développement exige du temps là où la menace progresse rapidement. Pour les bailleurs internationaux, le défi consiste à acheminer des financements dans des zones partiellement insécurisées, à coordonner les acteurs locaux et à mesurer l’impact réel des programmes de prévention.

​Cependant, le signal politique envoyé cette semaine est capital. En liant de manière indissociable le développement et la sécurité, Bruxelles et Cotonou actent une leçon tirée des échecs passés au Sahel : on ne gagne pas durablement une guerre contre le terrorisme par les seules armes si l’effort militaire n’est pas adossé à un projet politique et économique solide pour les populations.

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