Gabon : le manganèse gabonais défie la chute du marché chinois en février
La Chine a réduit de 33 % ses importations de minerai de manganèse en février 2026, mais le Gabon a vu ses livraisons vers Pékin croître de 13,01 % sur le mois, atteignant 375 100 tonnes, selon les statistiques du Shanghai Metals Market (SMM), une performance notable face à la contraction globale du marché chinois.

Les chiffres publiés par le SMM montrent que, sur la même période, les importations totales de la Chine se sont élevées à environ 2,3 millions de tonnes, tandis que les expéditions sud-africaines et australiennes vers Pékin ont chuté respectivement de 49,55 % et 31,35 %. Cette divergence a permis au Gabon de renforcer sa position commerciale auprès des aciéries chinoises, privilégiant désormais un minerai à haute teneur.
Sur le plan bilatéral, la Chine demeure le premier débouché du Gabon : en janvier 2026, elle a représenté 28 % des exportations nationales, contre seulement 11 % des importations gabonaises, toujours majoritairement assurées par l’Europe (25 %). Les importateurs chinois recherchent une haute teneur qui réduit les coûts de production des aciéries lorsque l’activité mondiale se contracte.
Prix, transformation locale et enjeux pour Libreville
La raréfaction relative des volumes sud-africains et australiens a soutenu les cours mondiaux du minerai, une tendance dont bénéficie le Gabon en raison de la qualité de son minerai. Sur les places de Londres et de Shanghai, le manganèse gabonais se négocie avec une prime, décrit parfois comme une « prime de luxe » par des acteurs du marché, le prix du minerai à haute teneur étant cité autour de 5,20 dollars l’unité.
Cette situation de prix a des implications directes pour les revenus miniers du Gabon. Les analystes de Fastmarkets et d’Argus Media notent une fermeté des cours qui soutient les recettes d’exportation même dans un contexte de ralentissement général des échanges. Les revenus par tonne du minerai gabonais restent supérieurs à ceux de plusieurs concurrents, en partie grâce à la spécificité géologique des gisements.
Sur le plan domestique, le gouvernement gabonais a confirmé une mesure majeure : l’interdiction d’exporter du manganèse brut à compter de janvier 2029. Cette décision impose aux entreprises opérant sur le territoire, dont Comilog (groupe Eramet), d’accélérer les investissements en capacité de transformation locale afin d’augmenter la valeur ajoutée avant exportation.
L’objectif affiché par Libreville est ambitieux : porter la contribution du secteur minier à plus de 30 % du produit intérieur brut d’ici quinze ans, contre environ 6 % actuellement. Pour atteindre ce but, les autorités tablent sur le développement des usines de transformation, la diversification des produits dérivés du minerai et un renforcement du cadre régulatoire pour attirer des investisseurs industriels.



