Côte d’Ivoire : une affaire de disparition de 6 milliards secoue la SRCI
Le procès de la SRCI, société d’hévéaculture au cœur d’une affaire de détournement de fonds, révèle des anomalies de gouvernance et de contrôle après la révélation que plus de 6 milliards de FCFA restent inexpliqués parmi près de 9 milliards mobilisés pour un projet de 5 000 hectares financé par un investisseur basé aux États-Unis. L’ancienne dirigeante, Bah Laure, fait face à des poursuites et au réquisitoire du parquet qui demande 20 ans de prison ferme.

Aux audiences, les éléments produits par la partie civile indiquent qu’un budget global supérieur à 9 milliards de FCFA avait été engagé pour la mise en culture de 5 000 hectares d’hévéa, mais que seulement un peu plus de 1 000 hectares auraient été effectivement réalisés pour un coût estimé à environ 1 milliard de FCFA. Le différentiel financier soulève des questions sur l’usage des fonds et la traçabilité des dépenses.
La plainte soutient également que, durant sa gestion, la dirigeante aurait constitué un patrimoine personnel significatif, notamment par des acquisitions immobilières et un commerce de véhicules de luxe, ce qui alimente les accusations de gestion abusive et de détournement.
Audition, arrestation et controverse sur des transactions bancaires
L’audience a connu un moment marquant lorsque le chef d’agence d’une banque locale, cité comme témoin, a été interpellé à l’issue de sa déposition. Selon ses déclarations à la barre, il avait contracté deux prêts auprès de l’accusée : l’un de 56 millions de FCFA, prélevé sur les comptes de la SRCI, et un second de 6 millions de FCFA portant la mise en cause personnelle.
Le témoin a expliqué s’être engagé à rembourser un total de 75 millions de FCFA dans un délai d’un an, puis à avoir effectué des remboursements échelonnés. Il a déclaré avoir versé environ 40 millions de FCFA sur le compte de la SRCI et transféré quelque 30 millions de FCFA, qu’il présente comme intérêts, sur le compte d’un fils mineur de Bah Laure. La partie civile conteste que ces intérêts n’ont pas dû revenir à la société, puisque les fonds initiaux provenaient en grande partie des comptes de la SRCI.
À la barre, la prévenue a affirmé que les sommes qualifiées d’intérêts lui appartenaient personnellement, position contestée par l’avocat du plaignant qui évoque une gestion opaque et des transferts incompatibles avec les règles de gouvernance d’une société d’investissement.
Le juge a interrogé la nature inhabituelle de la transaction bancaire, jugeant surprenant qu’un responsable d’agence contracte un prêt auprès d’une cliente et que des flux aient transité entre un compte social et des comptes privés. La partie civile a aussi relevé la conservation d’un véhicule de fonction par la gérante après sa révocation comme élément supplémentaire du dossier.
Le ministère public, estimant que la disparition de plus de 6 milliards de FCFA n’a pas été justifiée, a requis une peine de 20 ans d’emprisonnement ferme contre Bah Laure, en invoquant l’atteinte potentielle à la confiance des investisseurs internationaux. Le tribunal a renvoyé l’affaire en délibéré. Le verdict est attendu pour le 15 avril prochain.
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