Can 2025 : le Maroc champion ? Les dessous d’un scandale du football africain

La décision a provoqué un véritable séisme dans le football africain. Près de deux mois après la finale de la Coupe d’Afrique des nations 2025, la Confédération africaine de football (CAF) a pris une mesure rarissime : inverser le résultat de la finale et attribuer officiellement le titre au Maroc national football team. Le Senegal national football team, initialement sacré sur le terrain, a été déclaré forfait par le jury d’appel de l’instance continentale.

Paul Arnaud DEGUENONVoir tous ses articles
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Football
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Can 2025 : le Maroc champion ? Les dessous d’un scandale du football africain
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Une décision qui dépasse largement le cadre sportif et ravive les débats sur la gouvernance du football africain, les rapports de force politiques au sein de la CAF et l’influence croissante de certains États dans les compétitions continentales.

Tout remonte à la finale de la 2025 Africa Cup of Nations, disputée dans une atmosphère extrêmement tendue. Au cours de la rencontre, un penalty est accordé au Maroc. L’attaquant marocain Brahim Díaz se présente face au but mais manque sa tentative.

Dans la confusion qui suit, les joueurs sénégalais quittent momentanément le terrain pour protester contre la décision arbitrale. La rencontre reprend finalement, mais cet épisode deviendra le cœur du litige.

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Saisie par la fédération marocaine, la CAF a finalement jugé que le Sénégal avait violé les articles 82 et 84 du règlement de la CAN. Ces dispositions prévoient qu’une équipe qui quitte le terrain sans autorisation de l’arbitre est considérée comme perdante par forfait, avec un score automatique de 3-0.

Sur cette base, le jury d’appel a décidé d’annuler le résultat initial et d’attribuer la victoire au Maroc.

Une décision juridiquement contestée

Du côté sénégalais, la réaction a été immédiate. La presse et plusieurs responsables politiques dénoncent une décision disproportionnée et juridiquement discutable.

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Selon certains observateurs du football africain, l’interprétation du règlement soulève plusieurs interrogations. Le point central concerne la notion de « sortie de terrain ». Pour qu’un forfait soit acté, encore faut-il que l’équipe ait refusé de poursuivre le match ou l’ait abandonné définitivement.

Or, dans ce cas précis, l’arbitre aurait finalement relancé la rencontre et aucune réserve officielle n’aurait été déposée sur le moment.

Le Sénégal dispose désormais de plusieurs voies de recours, notamment devant le Court of Arbitration for Sport (TAS), basé à Lausanne. Une procédure qui pourrait prolonger cette affaire pendant plusieurs mois et maintenir l’incertitude sur l’issue définitive de la compétition.

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Des tensions politiques entre Dakar et Rabat

L’affaire dépasse désormais le cadre du sport. À Dakar, des responsables gouvernementaux évoquent des soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes du football africain et réclament l’ouverture d’une enquête internationale.

Les tensions sont d’autant plus vives qu’un autre dossier sensible oppose les deux pays : plusieurs supporters sénégalais ont été condamnés par la justice marocaine à la suite d’incidents survenus durant la compétition.

Cette dimension diplomatique transforme un litige sportif en véritable crise politique entre les deux nations.

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Au-delà de cette finale controversée, certains analystes soulignent l’influence grandissante du Maroc dans les structures du football africain depuis une dizaine d’années.

Le royaume a multiplié les investissements dans les infrastructures sportives, accueilli de nombreuses compétitions et soutenu plusieurs programmes de formation pour des fédérations africaines. De nombreux pays disputent aujourd’hui leurs matchs internationaux sur le sol marocain, faute de stades homologués.

Cette stratégie s’inscrit dans une politique de soft power plus large. En s’imposant comme une plateforme sportive du continent, Rabat renforce son poids diplomatique et institutionnel au sein de la CAF.

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Une gouvernance de la CAF de plus en plus critiquée

Cette polémique relance également les critiques visant la gouvernance de la CAF, dirigée depuis 2021 par l’homme d’affaires sud-africain Patrice Motsepe.

Arrivé à la tête de l’organisation avec le soutien de la FIFA et de son président Gianni Infantino, Motsepe est régulièrement accusé par ses détracteurs de manquer d’expérience dans la gestion des institutions sportives.

Pour certains observateurs, la FIFA chercherait à renforcer son contrôle sur le football africain, un continent stratégique qui compte 54 fédérations nationales et donc autant de voix lors des élections internationales.

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Le football africain face à une crise de crédibilité

Au-delà du verdict final, l’affaire laisse une trace durable. Elle renforce le sentiment de suspicion qui entoure parfois les grandes compétitions africaines et fragilise l’image d’un football pourtant en pleine croissance.

Paradoxalement, la CAN organisée au Maroc avait été saluée pour sa qualité logistique et son succès populaire, attirant un nombre record de visiteurs.

Mais la polémique autour de la finale risque désormais d’éclipser ces réussites.

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Dans cette affaire, beaucoup d’observateurs s’accordent sur un point : le grand perdant pourrait bien être le football africain lui-même, dont la crédibilité et la gouvernance se retrouvent une fois de plus sous le feu des critiques.

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