Le président béninois Patrice Talon a récemment adopté un ton apaisant et ouvert lors de sa rencontre avec le comité de pilotage de l’audit du fichier électoral. Cette posture contraste fortement avec le discours ferme et sans concession qu’il avait tenu quelques mois plus tôt devant l’Assemblée nationale, en décembre dernier, à l’occasion de son message sur l’état de la nation.
Lors de son discours de décembre 2024, Talon affirmait avec autorité que « le Bénin a trouvé son chemin et cela est irréversible, peu importe l’opinion et le souhait des nostalgiques en quête d’un retour à notre passé honteux », rejetant catégoriquement toute tentative de compromis politique. Il insistait sur la fin d’une ère marquée par « l’usurpation du pouvoir politique par des vendeurs d’illusions incompétents et mal intentionnés », et déclarait que « aucune supplication, aucun râlement, aucune menace ne nous fera reculer ». Cette fermeté traduisait une volonté de ne laisser aucune place aux contestations ou aux concessions qui, selon lui, freineraient le développement du pays.
Pourtant, lors de l’échange avec le comité de pilotage de l’audit du fichier électoral, le chef de l’État a adopté une toute autre posture, marquée par l’ouverture et l’écoute. Il a tenu un discours teinté d’humilité, évoquant « un regain de vertu qui caractérise la fin d’une mission », et s’est dit disponible pour tout ce qui va dans l’intérêt de la nation. Ce changement de ton, plus conciliant, laisse entrevoir une possible volonté d’apaisement du climat politique.
Un repositionnement stratégique à l’approche de 2026 ?
Cette évolution dans la communication présidentielle peut être analysée sous plusieurs angles. D’un côté, elle peut être perçue comme un signe de maturité politique, où Talon reconnaît l’importance de l’inclusivité dans la gestion des affaires publiques. L’audit du fichier électoral étant une revendication majeure de l’opposition, son acceptation et le dialogue engagé avec les experts du comité de pilotage pourraient témoigner d’un souci de transparence et de légitimité des prochaines élections.
D’un autre côté, ce virage pourrait être dicté par des considérations stratégiques. En adoptant un ton plus conciliant, Talon cherche peut-être à repositionner son image auprès de l’opinion publique et de la communauté internationale, qui observe de près la situation politique du pays. Cette approche pourrait également viser à désamorcer les tensions et à éviter une cristallisation des critiques qui pourraient fragiliser son camp politique.
L’un des points les plus marquants de cette séquence est la manière dont Talon semble vouloir définitivement clore le débat sur un éventuel troisième mandat. Alors que certaines spéculations persistaient sur une possible volonté de prolonger son pouvoir, ses déclarations récentes donnent le sentiment qu’il souhaite s’en tenir à ses engagements initiaux. En parlant de « fin de mission », il envoie un message clair sur son intention de respecter la Constitution et de ne pas chercher à modifier les règles du jeu politique en sa faveur.
Toutefois, la prudence reste de mise. L’histoire politique récente en Afrique montre que les stratégies peuvent évoluer rapidement, et les discours d’apaisement ne signifient pas toujours une rupture totale avec des ambitions prolongées.
Vers un nouveau pacte politique ?
Si ce changement de ton se confirme dans les mois à venir, cela pourrait annoncer un tournant dans la gouvernance de Patrice Talon. Une plus grande ouverture au dialogue, une acceptation du jeu démocratique dans toutes ses composantes, et une transition ordonnée vers 2026 pourraient marquer la fin de son mandat sur une note plus consensuelle.
Mais la question demeure : ce revirement est-il sincère ou s’agit-il d’une simple manœuvre politique destinée à tempérer les critiques et à redéfinir le rapport de force en vue des échéances à venir ? L’avenir nous le dira.