Agnès Jaoui et Jean‑Pierre Bacri un power couple bien avant les Brangelina
Le 22 mai 2026, en hors‑compétition au Festival de Cannes, est présenté L’Objet du délit, la nouvelle comédie dramatique d’Agnès Jaoui. Porté par un casting dense et une volonté affichée d’interroger le milieu artistique, le film aborde notamment les dynamiques de pouvoir et la parole des victimes, s’inspirant du mouvement #MeToo et de l’univers de l’opéra. Cette sortie intervient plusieurs années après la disparition de Jean‑Pierre Bacri, compagnon de longue date et co‑auteur de Jaoui.

Le scénario a été co‑signé par Emmanuel Salinger, Laurent Jaoui, Noé Debré et Florence Seyvos, et le dossier de presse présente le projet comme une enquête sur « la manière dont chacun réagit aux accusations selon son âge, son sexe et sa position ». La réalisatrice y mêle des préoccupations personnelles et une dramaturgie collective, cherchant à travers la fiction à saisir les mécanismes de silence et de révélation dans les milieux de création.
Le tournage a démarré en mai 2025 dans les ruines du château de Lacoste, dans le Vaucluse, s’est poursuivi à Paris et s’est achevé en juillet. Le plateau a fonctionné avec des protocoles spécifiques de prévention contre les violences sexuelles, dispositif voulu par la réalisatrice. Agnès Jaoui incarne une chanteuse d’opéra dont la voix a été associée à celle de la soprano Julia Beaumier, accentuant l’hybridation entre réalité et fiction que revendique le film.
Un film né dans l’ombre d’une collaboration mythique
La présentation cannoise place l’œuvre dans une continuité avec la carrière d’Agnès Jaoui, longtemps associée à Jean‑Pierre Bacri. Leur rencontre remonte à 1987, sur les planches de L’Anniversaire d’Harold Pinter, mise en scène par Jean‑Michel Ribes. À partir de cette rencontre, le duo a développé une pratique commune d’écriture et d’interprétation qui a marqué le cinéma français pendant plus de vingt ans.
Au fil des années, Jaoui et Bacri ont signé des scénarios et incarné des personnages dont les dialogues ciselés et l’humour acide ont façonné une certaine vision du réalisme social au cinéma. Malgré leur séparation sentimentale en 2012, leur collaboration artistique a perduré, fondée sur un respect mutuel et une complicité professionnelle.
Jean‑Pierre Bacri est décédé en janvier 2021. Depuis, Agnès Jaoui évoque fréquemment le maintien d’un dialogue intérieur avec son ancien partenaire, qualifiant leur rencontre de « rencontre déterminante ». Dans ses propos rapportés, elle a reconnu que ce qu’ils faisaient à deux était souvent supérieur à ce qu’elle aurait pu produire seule.
Pour L’Objet du délit, Jaoui a décrit le tournage comme une expérience à la fois « étrange et nécessaire », soulignant la coïncidence d’aborder à l’écran des questions de paroles et de silences tout en les vivant sur le plateau. Le film reprend des thèmes récurrents de son travail : personnages empêchés, émotions contenues et vérités qui émergent tardivement, tout en affirmant une voix personnelle postérieure à la disparition de Bacri.
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