« Le mariage des enfants est un phénomène tout aussi urbain »

Menée sous le leadership du Gouvernement béninois en l’occurrence sous l’égide de la Ministre en charge des Affaires Sociales, Mathys Adidjathou, avec l’appui de divers PTF telle que l’Unicef, la Campagne Tolérance Zéro au mariage des enfants s’est à nouveau matérialisée via un concert géant organisé le samedi 14 octobre 2017 sur l’esplanade du stade de l’Amitié Général Mathieu Kérékou de Cotonou. Un concert qui a fait défiler sur ladite esplanade, divers artistes essentiellement du Bénin avec comme chefs de file, les deux Ambassadrices de l’UNICEF, Zeynab et Angélique Kidjo.

Visant principalement à lutter contre le mariage des enfants et de façon connexe contre les diverses violences faites à l’endroit des filles, la Campagne Tolérance Zéro est une recommandation faite par l’Union Africaine à l’endroit de tous les États Africains pour que cesse enfin le phénomène du mariage des enfants fortement observé sur le continent. Ainsi, le Bénin n’est pas le premier pays à piloter cette campagne dans la sous-région. Une campagne dont le comité ad hoc du Bénin est présidé par la Ministre en charge des Affaires Sociales, Mathys Adidjathou.

Lancée le 16 juin 2017 dans notre pays, cette campagne est prévue pour s’y tenir durant trois (03) ans. C’est du moins ce qu’a laissé entendre Miguèle Fifamin Houéto, Juriste, spécialiste des Droits de la personne et de la Démocratie, et membre de la Plateforme des Jeunes Synergie d’Actions. Une plateforme de jeunes qui accompagne bénévolement le Gouvernement béninois dans ses actions pour le développement du pays en général et en particulier dans le cadre de la Campagne Tolérance Zéro.

À en croire les propos de Miguèle Houéto, le mariage des enfants est un phénomène qui sévit aussi bien dans le milieu rural qu’urbain, en l’occurrence à Cotonou. Ceci contrairement à l’entendement général selon lequel le mariage des enfants est plus l’apanage du milieu rural au Bénin. Il s’agit donc à ses dires, d’un phénomène qui n’est pas que présent dans les villages, mais qui existe bel et bien dans les villes de notre pays.

A cet effet, elle a expliqué que le concert du samedi 14 octobre 2017 a pour but principal, d’éveiller les consciences face à ce phénomène qui écorche sérieusement le droit des enfants, notamment ceux mariés de force au Bénin. Car, à ses dires, selon les statistiques, 04 filles sur 10 sont mariées de force avant 18 ans dans le Nord de notre pays tels le Borgou, la Donga et divers autres cas de mariage d’enfants sont enregistrés dans le Mono-Couffo et le Zou.

De ce fait, à la question de savoir pourquoi avoir associer une thématique aussi sérieuse que celle du mariage des enfants qui est à bannir, à une activité ludique, l’intéressée a expliqué que la musique permet de mieux faire passer un message quoique délicat. « Pour atteindre les gens, il faut les réunir autour d’un idéal…La musique est un langage universel », a-t-elle confié.

Les actions ne sont pas limitées à Cotonou

Réagissant à la critique selon laquelle les actions de la campagne sont plus menées à Cotonou alors que le phénomène est davantage présent dans les rameaux et villages du pays, l’interviewée a signalé que lors du lancement de la campagne à Cotonou en juin dernier, Parakou bénéficiait également dudit lancement. « Toutes les contrées du pays vont bénéficier des activités prévues dans le cadre de la campagne Tolérance Zéro », a-t-elle insisté.

Elle a aussi précisé que le concert a été suivi sur toute l’étendue du territoire et ce, en direct via les réseaux sociaux avec des témoignages de Béninois vivant à l’intérieur du pays. Par ailleurs, elle a ajouté que ce concert fait partie des trois grandes stratégies à mener dans le cadre de cette campagne à savoir : la mobilisation Sociale, le plaidoyer et des actions de proximité auprès des personnes de pouvoir garantes de cette tradition, les autorités préfectorales, les forces de sécurité et le personnel judiciaire pour ne citer que celles-là.

Toutefois, elle a signalé qu’avant son lancement officiel en juin 2017, cette campagne avait déjà démarré depuis 2015 à travers la rencontre avec diverses autorités religieuses et, a-t-elle poursuivi, ce concert fait suite à une séance de travail tenue par divers artistes béninois et le comité ad hoc en décembre 2016 à Grand-Popo.

Pour ce qui est du concert, il s’est déroulé dans une ambiance chaleureuse colorée par un mélange d’émotions où face aux prestations artistiques et théâtrales, tandis que certains riaient, d’autres pleuraient, a confié Miguèle Houéto. Elle a ensuite précisé qu’il y a eu 4 principaux collectifs d’artistes ayant presté lors de ce concert à savoir : les slameurs, le collectif des artistes avec comme têtes de pont Zeynab et Angélique Kidjo, le collectif des jeunes artistes et un duo de jeunes femmes du Groupe de théâtre Ina Ifu qui a fait un sketch ayant ému toute l’assistance.

 Prochaines étapes après le concert

En attendant que la suite d’après-concert, en l’occurrence les prochaines étapes de cette campagne, ne soient dévoilées par des voix plus autorisées qu’elle, Miguèle Houéto, a laissé entendre qu’étant donné que Tolérance Zéro doit durer 3 ans au Bénin, il est envisagé que cette première année soit consacrée à la propagande qui doit être constante et donc, à l’éveil des consciences sur ledit phénomène.

Cependant, elle a confié que les trois stratégies à mener dans le cadre de cette campagne étant interdépendantes, les actions de plaidoyer et de proximité se poursuivront. Ainsi vu leur interdépendance, elle a souligné que le fait d’avoir consacré cette première année de la campagne à la propagande, n’empêche pas l’exécution des deux autres stratégies. En la matière, a-t-elle expliqué, divers cas de mariages forcés et de violences faites aux filles ont été signalés et résolus au cours de cette année par les personnes impliquées dans la campagne et habileté à s’en occuper

Par ailleurs, pour que l’objectif escompté soit atteint, en l’occurrence zéro mariage des enfants au Bénin, deux morceaux chantés en plusieurs langues locales du Bénin et visant à sensibiliser sur la nécessité de préserver la petite fille de ses ‘’bourreaux sexuels’’, ont été concoctés dans le cadre de la campagne Tolérance Zéro. Se fredonnant déjà sur certaines lèvres, l’un, intitulé ‘’HWLIN MI’’ (Sauvez-nous) est concocté par le collectif de 3 jeunes slameurs (voir le clip vidéo ici) et l’autre qui est l’Hymne de la Campagne, a été concocté par de jeunes artistes béninois. (écouter l’audio ici).

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