AccueilA la Une"Derrière chaque attaque terroriste se cache généralement un message"; Juste Codjo à Patrice Talon

« Derrière chaque attaque terroriste se cache généralement un message »; Juste Codjo à Patrice Talon

Suite aux attaques terroristes répétées qui frappent le Bénin depuis quelques semaines, l’ancien officier supérieur des forces armées béninoises actuellement enseignant dans une université aux Etats Unis saisit le président Patrice Talon d’une lettre ouverte dans laquelle, il présente 5 points qui pourraient aider le gouvernement dans sa riposte.

Le Bénin fait objet depuis quelques temps d’attaques djihadistes. Pour apporter sa contribution au gouvernement de son pays dans la riposte contre cet extrémisme violent qui crée l’insécurité dans la sous région ouest africaine, l’ex officier supérieur de l’armée béninoise, Juste Codjo adresse au président Patrice Talon, une lettre ouverte.

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Dans sa correspondance, le Docteur en sciences politiques et enseignant chercheur en matière de gestion sécuritaire propose cinq points que les autorités béninoises doivent garder à l’esprit pendant la conception et la mise en œuvre de plans de prévention et de lutte. Le professeur Juste Codjo dans la lettre adressée au président Patrice Talon estime que chaque pays confronté au terrorisme doit tirer des leçons utiles de l’expérience d’autres pays et s’appuyer sur la recherche scientifique dans le domaine.

« De mon humble expérience de praticien et d’enseignant-chercheur en matière de gestion sécuritaire, j’insisterai sur cinq points, non-exhaustifs bien évidemment, qu’il me parait nécessaire de garder à l’esprit pendant la conception et la mise en œuvre de nos plans de prévention et de lutte », indique-t-il dans sa correspondance

Les 5 points de prévention et de lutte à garder à l’esprit…

Primo : L’environnement sécuritaire des États confrontés au terrorisme est généralement volatile, incertain, complexe, et ambiguë. Il est volatile car les acteurs en présence (alliés et ennemis) et leurs intérêts changent et évoluent constamment; incertain parce que les informations et renseignements recueillis ne sont pas toujours fiables; complexe en raison de la multitude de facteurs à prendre en compte dans la lutte contre ce phénomène; et enfin ambiguë car ce qui est apparent au niveau des acteurs impliqués (alliés et ennemis) ne reflète pas souvent la réalité. En conséquence, pragmatisme et vigilance devraient caractériser la boussole stratégique qui guide nos actions.

Secundo : Derrière chaque attaque terroriste se cache généralement un message. Les destinataires de ces messages peuvent varier d’une attaque à l’autre. Une attaque contre nos FDS peut donc camoufler un message destiné à notre État, à un autre groupe terroriste rival, ou aux acteurs finançant les assaillants ou soutenant leur cause. Notre capacité à décrypter ces messages est donc indispensable à la lutte contre ce phénomène et requiert des expertises pointues en matière d’analyses stratégiques.

Tertio : Le circuit qui relie votre bureau de chef de l’Etat aux positions de nos soldats déployés dans une forêt à cheval entre trois pays souverains est, sans nul doute, parsemé de fosses érigées à divers niveaux de l’administration publique aux fins d’engloutir tout ou partie des ressources avant qu’elles ne puissent atteindre leur destination. Je le sais parce que j’en ai une expérience pratique accumulée lors de nombreuses missions de sécurisation à la tête de détachements de commandos parachutistes dans notre pays et au-delà.

Il est donc impératif de veiller à ce que les troupes déployées entrent en possession, dans les délais requis et dans les proportions adéquates, des moyens qui leur sont destinés. Le cas actuel du Burkina, où de récents soulèvements sociaux dénoncent des déficits de ravitaillement des troupes déployées au front, devrait nous inspirer à ériger des garde-fous conséquents.

Quarto : Au regard du contexte géopolitique actuel, aussi bien au plan mondial que régional, il serait réaliste d’admettre que la menace terroriste dans notre sous-région persistera encore pour plusieurs décennies. Il nous faut donc impérativement travailler à accroître la résilience du peuple.

Ceci exigera un plan solide de communication stratégique sur la menace et les actions de l’Etat. Le mutisme d’Etat ne nous parait pas judicieux comme option stratégique. Il nous faut plutôt agir et communiquer tout en impliquant divers instruments d’Etat et de la société civile, sur la base d’une approche holistique.

Quinto : L’une des priorités de nos actions dans cet environnement sécuritaire volatile, incertain, complexe et ambiguë devrait consister à réduire nos vulnérabilités, surtout en rapport avec la cohésion nationale et le moral des FDS. A titre d’exemple, le nombre sans cesse croissant d’adversaires politiques se retrouvant « le dos au mur », parce qu’en exil de longue durée ou en prison, rend notre pays vulnérable à de possibles exploitations des menaces sécuritaires du moment.

Par ailleurs, les désertions qui se multiplient, le sous-emploi d’une multitude d’officiers sans postes d’affectation, et l’incertitude et l’anxiété générées par les réformes de restructuration de l’armée et de la police, entre autres, sont des facteurs de vulnérabilité préoccupants.

Renforcer prioritairement le moral de nos forces de défense et de sécurité est une condition nécessaire au succès de nos actions contre la menace terroriste. La force armée n’est certes pas la solution à cette menace terroriste, mais il n’y aura point de solution sans une force armée outillée et dévouée.

Déjà des morts dans le rang de l’armée béninoise

Le Bénin a déjà essuyé au moins trois attaques terroristes au Nord du pays. La dernière a eu lieu le jeudi 06 janvier 2022 où un véhicule de l’armée béninoise a explosé dans le nord du pays sur une mine artisanale posée par des terroristes.

L’attaque a eu lieu au nord-ouest du pays à Tanguiéta. Selon les informations rapportées, deux soldats béninois sont décédés dans cet incident. Cela fait la deuxième fois qu’un véhicule de l’armée explose sur une mine artisanale. Les attaques survenues à Banikoara et Porga ont fait des morts dans le rang de l’armée béninoise et du côté des assaillants. La première s’est soldée par la mort d’un djihadiste et des blessés dans le rang de l’armée béninoise.

Les deux autres attaques enregistrées à Porga, ont fait cinq morts dont deux chez les soldats béninois et trois du côté des djihadistes. Plusieurs blessés ont été aussi dénombrés.

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