Entretien: « La photographie est aussi un art à valoriser au Bénin », Richard Dansou

Suivre sa volonté et devenir professionnel dans lequel où on a toujours rêvé y passer toute sa vie n’est pas aussi aisé qu’il puisse le paraître. Devenir un chasseur d’images, c’est son désir depuis son jeune-âge et il s’est résolument battu pour enfin se faire une place dans ce domaine peu considéré au Bénin. Dans la recherche des talents professionnels du Bénin, nous avons rencontré Richard Dansou connu sous le pseudonyme Darimage, jeune photographe béninois, diplômé en gestion de projet et employé dans une banque au Bénin. Remarqué surtout à travers ses photos blanc-noir dans un monde pourtant rempli d’une multitude de couleurs différentes, il nous révèle dans cette interview son histoire avec la photographie, son parcours artistique et partage aussi quelques conseils aux aspirants photographes. L’entretien.

Beninwebtv : Pourquoi avoir choisi Darimage comme pseudonyme ?

Richard Dansou : Merci monsieur le journaliste. Tout comme vous, beaucoup ne cessent de me poser la même question alors que l’explication est si simple. Darimage, c’est un terme qui est apparu quand il s’est agi pour moi de trouver la signature qu’allait porter mon travail. J’ai alors pris les initiaux de mes nom et prénoms ( Dansou Agognon Richard) auxquels j’ai juste ajouté image. Aujourd’hui, je suis très impressionné par ce que cette signature est devenue car il m’est souvent arrivé de rencontrer des gens qui connaissent Darimage sans pour autant connaître ma petite personne. Certains préfèrent carrément m’appeler ainsi et je trouve cela un peu amusant d’avoir une sorte de double personnalité. (Sourire)

Parlez-nous de votre histoire d’amour avec la photographie

Mon histoire avec la photo remonte vraiment au collège d’enseignement secondaire. J’ai été, il convient de le signaler, orphelin très tôt, et la généreuse femme qui a fait office de mère pour moi, Mariette Garrabe-Ferran, une française, prenait des photos tout le temps. C’est d’ailleurs cette dernière qui, pour la première fois me suggéra plus tard l’idée de faire un stage en photographie. Je n’y avais pas trouvé d’objection et j’ai d’abord été un des clients fidèles des patrons de studio photo où je recevais des notions élémentaires de la photographie.

Mais franchement, ma grande aventure avec la photographie a véritablement débuté en 2010 au début de mes études du second cycle avec l’achat de mon premier Appareil photo numérique (APN) le 31 décembre 2010. Je m’inscrivis alors à l’Union culturelle et artistique des étudiants (UCAE) en janvier 2011 où je resterai le seul membre de la section Photo-Vidéo jusqu’à la fin de cette année artistique. Là, je me suis fait mes armes en étant le reporteur de toutes les activités de l’Ucae et c’était une expérience très enrichissante pour moi. Je dirai même cela a été le déclic de ma carrière qui s’est formée à la suite sans grande difficultés même s’il faut pas occulter les efforts quotidiens et permanents qui se font dans le domaine.

Aviez-vous été influencé par des professionnels du domaine ?

Oui, forcément. D’abord, je vous ai parlé de cette dame qui non seulement m’a donné l’envie de faire carrière dans le domaine, mais qui m’a aussi beaucoup influencé dans l’art de la photographie.

A mes débuts, j’ai rencontré sur un spectacle de théâtre le béninois Ishola Akpo. Franchement, j’ai beaucoup été impressionné par sa démarche artistique. En 2014 j’ai fait la connaissance de Eric Ahounou, un vétéran du domaine de la photographie, qui a un parcours impressionnant et exceptionnel. Son exemple m’a renforcé dans la conviction selon laquelle même en étant ici on peut se faire remarquer par le monde entier. J’aime aussi le travail du Brésilien Sebastiao Salgado dont le parcours est fabuleux et qui est particulièrement doué pour le noir et blanc. J’apprécie également le travail de l’Italien Germano Miele qui en plus de faire du noir et blanc impeccable a un œil terrible. Dernièrement j’ai fait la connaissance, sur le réseau social facebook, d’un photographe qui s’appelle Stéphane Dufils dont le travail m’a énormément plu. Depuis que je suis en photographie, c’est pour la première fois que je me sens autant proche artistiquement d’un photographe. J’aime sa touche pour la charge d’émotion que contient chacune de ses images.  Il ne faut pas oublier le revers de l’influence qui peut vous noyer quand vous n’y prenez pas garde. Ils m’impressionnent mais n’influencent pas sur ce que je dois faire, sur ma touche personnelle à apporter à mes œuvres.

Quel domaine aimeriez-vous privilégier dans votre carrière ?

Je suis portraitiste dans l’âme. Mais au-delà de tout je suis un artiste. Un artiste ne se limite pas dans les thématiques qu’il peut aborder. En la matière, l’Afrique a un gros potentiel et notre patrimoine m’interpelle beaucoup en matière de photographie. C’est un domaine que je n’ai pas encore eu le temps d’explorer mais qui me tient véritablement à cœur. Mon prochain défi, sera alors de mettre en valeur les riches et incommensurables potentialités de notre patrimoine africain.

Vos thèmes sont-ils réfléchis ou fonctionnez-vous à l’impulsion du moment?

En réalité, je n’ai pas une démarche figée. Parfois je mûris à l’avance mon travail pour obtenir un résultat précis mais certaines fois je me laisse aller à l’inspiration du moment. Et  c’est ce dernier d’ailleurs qui fait de vous un vrai artiste. Se laisser guider par les inspirations du moment donne aussi parfois, pour ne pas dire dans la plupart des cas, des résultats incroyables.

La création vous prend – elle assez de temps ?

Toutes les photos ne demandent pas le même temps depuis l’idée jusqu’à la création. Certaines photos s’offrent facilement à vous sans que vous ne le demandiez. En un temps record vous pouvez prendre une telle photo. Pour d’autres, vous aurez besoin de parcourir d’énormes distances ou de réunir beaucoup d’autres compétences comme des modèles, des stylistes et des maquilleuses ou même des accessoiristes. Ces dernières vous prendront sûrement plus de temps. Donc in fine, cela dépend du résultat que vous souhaitez et de la finalité de votre œuvre.

Techniquement, quel type de matériel utilisez-vous pour la qualité de vos œuvres ?

Côté matériel j’ai toujours navigué entre Nikon et Canon. Aujourd’hui j’utilise aisément les deux. Pour la retouche je la fais avec Photoshop et parfois Lightroom. Et pour l’ordinateur je suis encore sur Microsoft. J’utilise beaucoup la lumière de studio pour créer mes noir et blanc quoique je n’hésite pas parfois à profiter aussi de la lumière naturelle.

En parlant de noir et blanc, pourquoi un tel attachement à ces deux couleurs dans vos œuvres malgré la multitude de couleurs qui existent ?

Je pense personnellement que le monde a d’abord été créé en blanc-noir. Les couleurs sont venues par la suite. (Sourire, je déconne). Le noir et blanc pour moi est un style de pureté artistique qui se débarrasse de tous les détails qui pourraient distraire ou biaiser la lecture de l’image. Dans ce même monde rempli de couleurs, on a plus que jamais besoin du noir et blanc pour sa simplicité qui revêt une grande sophistication. Et pour moi, le noir et blanc est un style d’ouverture car il restitue en seulement deux (2) teintes des faits, des histoires ou des choses. A chacun de donner libre cours à son imagination par rapport à toutes les couleurs de départ qu’auraient pu avoir ces images. Je peins mes images en noir et blanc et c’est cela qui leur donne la force de la simplicité et qui me donne également une particularité et une singularité dans le domaine.

Auriez-vous pensé à une spécialisation ?

Je suis un artiste qui aborde les thèmes qui m’interpellent mais depuis peu la photographie ‘’Corporate’’ me préoccupe car dans ce domaine aussi il y a tellement de vide à combler.

Un message à l’endroit des débutants en photographie

(Sourire) C’est difficile de donner des conseils quand soi-même on n’a pas encore fait de grands exploits planétaire. Mais si je dois me baser sur mon expérience, je conseillerais à tout débutant en photo de ne pas attendre le dernier appareil photo avant de se faire plaisir car la photo c’est  plus dans l’œil que dans le matériel. Se laisser influencer n’est pas mauvais en soi mais il est important de garder à l’esprit ce qui peut faire sa particularité. Je vous remercie.

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