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“Il est des textes qui n’obligent pas tout le monde”, Gbégnonvi sur la légalisation de l’avortement(chronique)

L’ancien ministre de l’alphabétisation du président Boni Yayi a livré à travers une chronique sa lecture sur la loi N° 2021-12 modifiant et complétant la loi 2003-04 du 3 mars 2003 relative à la santé sexuelle et à la reproduction en République du Bénin qui légalise sous certaines conditions l’avortement. Dans sa chronique, l’homme de lettres estime que quand l’Etat légalise ou dépénalise telle pratique sociétale courante, c’est, en général, pour faire justice à des citoyens stigmatisés à tort et obligés à la clandestinité.

​”En République, il est des textes qui n’obligent pas tout le monde. Quand l’Etat légalise ou dépénalise telle pratique sociétale courante, c’est, en général, pour faire justice à des citoyens stigmatisés à tort et obligés à la clandestinité. L’acte de l’Etat leur permet de vivre désormais libres dans « La République du Bénin, une et indivisible, laïque et démocratique » (Art. 2). C’est ainsi que le professeur Roger Gbégnonvi planta le décor de sa chronique sur la légalisation de l’avortement.

Sans rien bouleverser à la vie des autres citoyens, poursuit-il, la nouvelle réglementation renforce la fraternité et le vivre-ensemble républicains.​ “Mais quand il s’agit de légaliser l’avortement au Bénin, la décision s’avère délicate. Elle est querellée parce que de nombreux Béninois croient en l’existence de l’âme animant déjà le fœtus et que, donc, avorter revient à arracher la vie à une personne déjà constituée, fût-ce seulement en germe“, indique-t-il.

Le chroniqueur indique que pour toutes les personnes nées, dont l’existence comporte « le visible et l’invisible », physique et métaphysique, l’Etat se charge d’organiser le tout visible et la religion se charge d’organiser le tout invisible. “Parfois cependant, physique et métaphysique interfèrent. Y a-t-il interférence des deux sur le terrain de l’avortement ? La foi répond oui.

Mais de légaliser l’avortement n’invite ni n’oblige à avorter. Il s’agit pour l’Etat d’apaiser les citoyennes qui y ont recours pour des raisons douloureuses, et qui tremblent à cause du jugement accusateur de certains concitoyens, et qui y ont recours souvent dans des conditions d’hygiène sanitaire (physique) traumatisante (métaphysique). Or il n’y a pas lieu d’invoquer la foi car, pendant que l’Etat laïc accompagne la citoyenne en détresse sur les pentes de la grossesse non désirée et de l’avortement, il revient aux prêcheurs de la morale religieuse de rappeler à la citoyenne croyante qu’elle se damne si elle avorte, et de lui ménager un accompagnement qui l’aide vraiment à supporter l’insupportable de sa grossesse non désirée“, indique Roger Gbégnonvi.

Revenant sur certains exemples de défenseurs de la vie, Roger Gbégnonvi affirme dans sa chronique. “ qu’il y a 19 ans, telle mineure de 14 ans a été violée et que la fille issue de ce viol est aujourd’hui en 2ème année d’études supérieures. Génial. Idéal. Condamnable en amont, le viol devient admirable en aval. Un subliminal satisfecit décerné aux délurés sadiques, qui engrossent et s’en vont“.

“​Bill Clinton et Barack Obama, élevés sans Papa qui a lâché Maman, sont miracles de Maman élevant seule ses enfants. De tels miracles existent au Bénin, perdus dans le dédale des « enfants de la rue », dont les parents vivants ont lâché tous deux. Or rien ne justifie qu’on érige en règle, pour l’avenir de l’homme, la lâcheté des mâles qui n’assument pas leur paternité. Légaliser l’avortement au Bénin, où les mâles lâcheurs sont légion, contribuera à rassurer la femme et, peut-être, à ramener les mâles lâcheurs à leur responsabilité de Papa“, conclut le chroniqueur.

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