Côte-d’Ivoire – Crise postélectorale de 2011: Laurent Gbagbo revient sur le film de son arrestation

Le 11 avril 2011 en Côte d’Ivoire, Laurent Gbagbo, son épouse et une quarantaine de proches étaient arrêtés par les forces fidèles à Alassane Ouattara dirigées par Guillaume Soro, alors chef des « forces nouvelles ». Plusieurs années plus tard, l’ancien président Gbagbo, revient sur le film de son arrestation.

A la suite d’un différend électorale, Laurent Gbagbo, alors président sortant de Côte d’Ivoire et le candidat Alassane Ouattara, se sont fait la guerre avec les armes. Ils revendiquent tous les deux, la victoire à l’élection présidentielle de 2010 et donc les forces rebelles alliées à Ouattara ont entrepris de marcher sur Abidjan. Après de violents combats contre les forces gouvernementales, les rebelles, aidés par les forces françaises, ont pris le dessus et mis la main sur Gbagbo et ses proches.

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« C’est Ouattara Morou qui m’a mis le gilet pare-balles, le casque. Je savais à partir de ce moment que tout pouvait m’arriver, à moi, à tous les miens… Ouattara Morou m’a poussé dans un véhicule qui a roulé à tombeau ouvert, et on est allé jusqu’à l’Hôtel du Golf.

Là, on m’a fait attendre dans une pièce, j’ai vu d’autres prisonniers couchés à même le sol, puis on m’a mené au quatrième étage, dans une chambre, je crois la 468. Les barons du nouveau régime sont venus me voir : Soro, avec une petite casquette, Hamed Bakayoko. Pour quoi faire ?

Pour savourer leur victoire. Ils sont restés une quinzaine de minutes, pas plus. J’ai vu arriver mon épouse Simone GBAGBO et mon fils Michel, en sang. J’avais vu mes proches se faire tabasser, comme j’ai vu Tagro être assassiné. J’ai vu la ministre de la Santé, mon ami Sangaré… On les a mis dans une autre pièce.

Alphonse Djédjé Mady, le secrétaire général du PDCI m’a réconforté. J’ai vu mon ancien ministre des Infrastructures économiques, Patrick Achi, passé dans l’autre camp… J’ai dormi. Pas d’examen médical, pas d’interrogatoire. Le 12 Avril Guillaume Soro est revenu me voir. Il m’a dit que j’allais être transféré à Korhogo le jour même. J’ai refusé.

« – Si tu n’acceptes pas, ils vont le faire avec brutalité.

– Korhogo pour quoi faire ? ai-je dit.

– C’est dans une maison qui m’appartient, a-t-il répondu. Tu y seras bien.

– J’ai une maison à Gagnoa, lui ai-je répondu, et il y a aussi San Pedro. »

Il n’a rien voulu entendre. Cherif Ousmane est venu, et m’a emmené brutalement. Au passage, ils ont pris mon médecin, Christophe Blé, pour l’emmener avec moi. Sur le chemin du Golf, il s’en était fallu d’un rien qu’un rebelle l’égorge. Et là, le voilà parti avec moi pour huit mois de détention. C’est un homme bien, Christophe Blé, un médecin compétent et une bonne personne. C’est parce que c’était mon médecin attitré qu’il a failli être tué et qu’il a ensuite été détenu sans aucun mandat.

On nous a mis dans un hélicoptère, direction KORHOGO. Sur le chemin, j’ai pensé à tous ceux qui étaient morts et qui avaient souffert, je priais pour eux. Je me demandais ce qu’allait devenir la Côte d’Ivoire ».

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