Bénin: l’opposition entre les législatives de 2023 et le dialogue national

L’opposition au régime du président Patrice Talon cherche toujours ses marques et peine à se repositionner sur l’espace politique laissant le terrain à l’ancien ministre Paul Hounkpè qui s’embrouille entre législatives de 2023 et regroupement des leaders politiques hostiles au régime actuel.

Face à ce contexte politique fait de surplace où le chef de fil de l’opposition n’a d’yeux que pour les législatives de 2023 au moment où certains leaders de l’opposition campent sur un dialogue préalable, le politologue Richard Boni Ouorou donne un coup de pieds dans cette atmosphère lourde et pesante en invitant l’opposition à saisir la main tendue du chef de l’Etat.

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Attaqué pour ce revirement, l’homme s’en défend attestant que le statu quo actuel n’arrange personne et est préjudiciable au pays. Pour le politologue, quand on utilise une méthode qui ne marche pas, la logique veut qu’on change de fusil d’épaule.

Attaqué sur les réseaux sociaux sur sa nouvelle posture, il martèle que le chef de l’Etat ne lui a pas tendu la main mais c’est Ouorou qui lui tend la main et implore son autorité.

« J’implore son autorité dans ce sens qu’il permette aux personnalités que sont les anciens présidents, Yayi, Soglo et tous les autres, de saisir la main qu’il leur tend, afin que soit initié un agenda de rencontre individuellement d’abord avec chacun et ensuite élargi aux autres… »

Législatives ou le dialogue ? Les intérêts ne sont pas les mêmes…

L’opposition divisée depuis l’avènement du régime de la rupture aura du mal à parler le même langage.

D’ailleurs les intérêts ne sont pas les mêmes. Pour le chef de fil de l’opposition et certainement pour sa formation politique, l’urgence et la priorité première restent les législatives de 2023.

La visée est noble parce que l’assemblée nationale béninoise ne saurait encore pendant longtemps arborée le même son de cloche. Il se plie d’ailleurs à quatre pour concrétiser ce rêve.

Mais pour les autres forces de l’opposition, l’urgence est bien loin d’être les législatives de 2023.

La position de cette catégorie d’acteurs politiques de l’opposition ne varie pas. Pour eux, avec la profondeur de la fracture sociale et de la crise politique, le dialogue reste la seule porte d’un nouveau départ.

Il ne saurait d’ailleurs en être autrement pour eux d’autant plus que plusieurs des leurs croupissent en prison et emballés dans une procédure judiciaire dont l’aboutissement heureux selon Bertin Koovi ne peut dépendre que de la volonté politique.

Dialogue politique, la FCBE n’en a cure…

La politique, c’est d’abord un jeu. Un jeu d’intérêt. Le parti politique qui bénéficie le plus du contexte politique actuel reste indéniablement le parti force cauris pour un Bénin émergent (FCBE).

Qu’il vous souvienne qu’au cours d’une sortie médiatique qu’il a effectuée à Porto-Novo le mardi 16 Février 2021, l’agrégé de droit public et candidat du Front pour la restauration de la démocratie (FRD) a fait trois propositions à l’endroit du chef de l’Etat pour une sortie de l’impasse où les réformes ont conduit.

Le constitutionnaliste avait en effet après avoir fait la genèse de la situation politique du pays proposé au gouvernement la suppression du parrainage à travers la prise d’une loi dérogatoire.

« Dans ce contexte quasiment monolithique, les dégâts du parrainage sont-là, devant nous. Il faut courageusement s’en débarrasser par l’adoption d’une loi dérogatoire reportant l’application du parrainage aux présidentielles qui viendront à partir de 2026 » , avait proposé le candidat du FRD.

Il avait également proposé le réaménagement du calendrier électoral pour permettre à tous ceux qui le désirent de déposer leur dossier de candidature en toute liberté.

Mais face à ces propositions, la réaction du numéro 1 du parti force cauris pour un Bénin émergent n’a pas tardé.

Pour Paul Hounkpè, il n’est point question de se soumettre à un quelconque réaménagement du calendrier électoral pour la présidentielle du 11 Avril 2021.

Selon lui, le processus doit poursuivre son cours normal, car, estime-t-il, on ne doit pas reculer après avoir engagé des ressources de l’Etat à cause des errements de quelques uns.

En réalité, la FCBE n’avait aucun intérêt que les autres partis politiques de l’opposition soient dans la compétition. Le contexte n’a pas pour autant évolué aujourd’hui.

Quelle performance affichera le parti de Paul Hounkpè quant à l’issue d’un dialogue si on permet aux partis politiques comme l’USL, Les Démocrates avec en tête Boni Yayi, pour ne citer que ceux-là, de compétir pour les législatives?

En tout cas, l’option qui arrange le mieux le parti force cauris pour un Bénin émergent (FCBE) n’est certainement pas l’option de dialogue inclusive.

D’ailleurs, le premier responsable du parti ne s’en cache pas. Pour lui, il ne s’agit pas aujourd’hui pour l’opposition d’exiger mais de faire des concessions, de négocier et non de se radicaliser.

Sa philosophie, c’est à défaut de pouvoir combattre efficacement, il faut proposer, suggérer…

L’idée de créer un cadre de concertation de l’opposition est donc une bonne trouvaille pour partager les idées et sa vision de l’opposition sous le règne de Patrice Talon. Mais le choc des intérêts reste certain dans ce creuset d’échange.

Des négociations « sous cape »…

Le dialogue politique tant prôné par la classe politique pourrait prendre des formes dérobées.

Le modèle d’une assise nationale pour discuter sur les problèmes de la nation semble ne pas être l’option qui va s’imposer.

Il s’agira beaucoup plus des approches personnalisées, des négociations souterraines pour finalement aboutir à un dégèle.

La méthode s’est révélée payante dans une certaine mesure. La preuve, Bertin Koovi a pu fouler en toute quiétude le sol de ses aïeux après des années d’exil.

Sans que cela ne soit trop perceptible, beaucoup d’action se font dans ce sens. Le nouveau médiateur de la République en fait d’ailleurs tout un programme de son mandat.

Même dans l’environnement proche du pouvoir, on parle de plus en plus de dialogue et de réconciliation.

Par petites doses, les imams de Cotonou profitant des messages de condoléances à la famille Soglo ont tenté d’injecter la potion de l’apaisement.

Leur message de paix n’est pas parti sans avoir eu d’effet sur le cadet des Soglo qui les recevait à domicile. Celui-ci promet en discuter avec son frère et son père.

Volant au secours des personnes victimes des violences électorales, les évêques et les membres du cadre de concertation des cadres catholiques s’engagent également dans le sens de la réconciliation.

Selon des indiscrétions, des contacts sont en cours pour que d’ici peu, les béninoises et les béninois puissent panser leur plaie et créer à nouveau un contexte normal de cohabitation.

Convaincu que des actions sont en cours et que le bout du tunnel n’est point loin, le politologue Richard Boni Ouorou comme un enfant à qui on a interdit de révéler un secret, publie sur sa Page Facebook: « JFA » bientôt… « . Une publication concernant le professeur Aïvo, certainement réservé aux initiés.

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