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Jerry John Rawlings, ancien président du Ghana

Jerry John Rawlings: le putschiste romantique ou le Che Guevara africain?

Comme le Général Mathieu Kérékou, « J.J » est parmi les rares militaires chefs d’Etat africains, venus au pouvoir par putsch et l’ayant volontairement quitté, sans bain de sang. Retour sur la vie de l’homme surnommé le “Che Guevara africain”.

Après avoir passé dix-huit ans à la tête du Ghana, Jerry John Rawlings a quitté le pouvoir en 2001. L’ex-putschiste a cédé la place au chef de l’opposition John Agyekum Kuffuor qui a remporté l’élection présidentielle avec 56,7 % des voix contre 43,2 % à John Atta Mills, choisi par l’ancien capitaine d’aviation. Retour sur le parcours de la légende qui est passée de vie à trépas ce jeudi 12 novembre 2020.

Né d’un père écossais et d’une mère ghanéenne

Jerry John Rawlings est né le 22 juin 1947 à Accra, sur la Côte-de-l’Or, une colonie britannique. Ses parents sont Victoria Agbotui, autochtone, et James Ramsey John, un chimiste originaire de Castle Douglas, en Écosse. Jerry John Rawlings, seul enfant né de sa mère, a fait ses études à l’école Achimota, une ville du district métropolitain d’Accra, où il a obtenu son certificat général d’éducation de niveau “O” en 1966.

En août 1967, le jeune John s’est engagé comme élève officier dans l’armée de l’air du Ghana et a ensuite été sélectionné pour suivre une formation d’élève officier à l’Académie militaire et école de formation du Ghana, Teshie, à Accra. En mars 1968, il est affecté à Takoradi, dans la région occidentale, pour poursuivre sa formation.

Jerry Rawlings, le “pilote discipliné”

En janvier 1969, Jerry John Rawlings accède au grade d’officier-pilote breveté et remporte le très convoité “Speed Bird Trophy” en tant que meilleur élève-officier de vol et d’aviation. Il a obtenu le grade de lieutenant d’aviation en avril 1978. C’était un officier efficace qui entretenait des rapports étroits avec ses hommes.

Pendant son service dans l’armée de l’air du Ghana, il a été témoin de la détérioration de la discipline et du moral, reflétant la corruption du régime du Conseil militaire suprême (SMC) à cette époque. Comme sa promotion l’a mis en contact avec les classes privilégiées et leurs valeurs sociales, sa conscience des injustices de la société s’est aiguisée.

Le SMC le regarde donc avec un certain malaise. Il lit beaucoup et discute d’idées sociales et politiques avec un cercle croissant d’amis et collègues partageant les mêmes idées.

Jerry Rawlings et les prémices de la rébellion

La première tentative de coup d’État de “J.J.” échoue le 15 mai 1979. Le 28 mai 1979, le lieutenant Rawlings et six autres personnes ont comparu devant une cour martiale générale à Accra, accusés d’avoir dirigé une mutinerie d’officiers subalternes et d’hommes des forces armées ghanéennes le 15 mai 1979. La réaction du public a été forte, surtout après que sa déclaration a été lue au tribunal, expliquant les injustices sociales qui l’avaient poussé à agir.

Les rangs des forces armées, en particulier, ont exprimé une profonde sympathie pour les objectifs qu’il avait déclarés. Le 4 juin 1979, le lieutenant Rawlings a été libéré de sa garde à vue alors qu’il devait comparaître à nouveau devant un tribunal. Avec le soutien de militaires et de civils, il a mené une révolte qui a permis d’évincer le Conseil militaire suprême et de mettre sur pied le Conseil révolutionnaire des forces armées (AFRC).

L’AFRC, sous la présidence du lieutenant Rawlings, a mené un “exercice de nettoyage” visant à purger les forces armées et la société en général de la corruption, ainsi qu’à restaurer le sens de la responsabilité morale et les principes de responsabilité et de probité dans la vie publique. Entre temps, conformément au programme déjà mis en place avant le soulèvement du 4 juin pour l’administration civile, des élections générales ont été organisées.

Jerry Rawlings dans les pas du burkinabé Thomas Sankara

Trois semaines après la première tentative, libéré par d’autres officiers, il organise un nouveau coup d’Etat, le 4 juin 1979, qui renverse le régime de Fred Akuffo, et le porte au pouvoir. Le 24 septembre 1979, il cède le pouvoir à un gouvernement civil, mené par le Président Limann.

Mécontent du pouvoir civil, qu’il estime corrompu, il reprend le contrôle du pays le 31 décembre 1981 par un nouveau coup d’État qui renverse le régime de Limann. Il devient alors le président du Conseil provisoire de la défense nationale.

En 1992, Rawlings démissionne de l’armée, instaure le multipartisme, et fonde le Congrès démocratique national. Il engage le pays dans un processus de démocratisation. Il ne se réclame ni du marxisme ni du capitalisme, mais, confronté à une crise économique, il applique à partir de 1983 une politique économique libérale, répondant aux souhaits du Fonds monétaire international et de la Banque mondiale.

De la dictature à la démocratie

Le 7 décembre 1992, Jerry John Rawlings est élu président et prend ainsi ses fonctions le 7 janvier 1993, proclamant la IVe République du Ghana. Le 7 décembre 1996, il est réélu à la présidence de la République du Ghana. Il entame son second mandat le 7 janvier 1997.

Après deux mandats, la limite prévue par la Constitution ghanéenne, Rawlings entérine la candidature de son vice-président, John Atta Mills, à la présidence en 2000, au nom de son parti. Le chef de l’opposition John Agyekum Kuffuor remporta cette élection présidentielle avec 56,7 % des voix contre 43,2 % à John Atta Mills, choisi par le président Rawlings. Le «Che Guevara africain» tourne ainsi une page de près de 20 ans au pouvoir.

L’avènement de Jerry John Rawlings au pouvoir en 1979 et en 1981 était marqué par une gouvernance autoritaire. On lui reproche des exécutions d’officiers de l’armée, parmi lesquels le Général Frederick Akuffo qu’il a renversé lors du premier coup d’Etat qui a pris le pouvoir à deux reprises par coup d’Etat militaire. Mais il est considéré comme celui qui a introduit le Ghana dans l’émergence et dans l’ère de la stabilité démocratique.

Jerry John Rawlings, un véritable personnage de légende

Jerry John Rawlings est marié à Nana Konadu Agyeman-Rawlings, avec qui il a quatre enfants – trois filles et un garçon. Il est co-récipiendaire du Prix mondial de la faim 1993. Il est titulaire d’un doctorat honorifique en droit du Medgar Evers College de la City University de New York et d’un doctorat en diplomatie et développement de la Lincoln University.

Jerry Rawlings était présent en octobre 2017 à Ouagadougou pour le lancement du projet de mémorial dédié au défunt président burkinabé Thomas Sankara, dont il fut l’ami. Il est également proche de l’opposant ivoirien Mamadou Koulibaly et de sa conseillère en communication, Nathalie Yamb.

La grande figure transformatrice qui avait mené une lutte farouche contre la corruption et posé les fondements d’une démocratie solide au Ghana est décédé à Accra ce jeudi 12 novembre, à l’hôpital universitaire Korle Bu, le plus grand établissement de santé du pays. Jerry Rawlings y était admis depuis une semaine pour une maladie non communiquée. L’ancien président avait ressenti un malaise après l’enterrement de sa mère, il y a environ trois semaines.

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