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Catholiques et homosexuels: le Pasteur Augustin Ahoga réagit aux déclarations du pape François © Shutterstock

Catholiques et homosexuels: le Pasteur Augustin Ahoga réagit aux déclarations du pape François

Si l’orientation sexuelle des chrétiens catholiques LGBT est mal acceptée par cette communauté religieuse, la déclaration du souverain pontife constitue-t-elle une évolution de la doctrine catholique ? Que doivent comprendre les chrétiens en Afrique où l’homosexualité est largement criminalisée ? Le Pasteur Augustin Cossi Ahoga répond aux questions de Bénin Web TV.

Dans le documentaire « Francesco », diffusé mercredi 21 octobre au Festival international du cinéma de Rome, le pape François qui a souvent fait preuve d’ouverture envers les couples homosexuels se dit en faveur d’une union civile pour les homosexuels. Une déclaration pour le moins inattendue, qui a soulevé un enthousiasme dans la communauté homosexuelle et un malaise profond chez une majorité de catholiques, surtout en Afrique.

Bénin Web TV s’est entretenu avec Augustin Cossi Ahoga par rapport à ce feu vert du pape François à l’union civile pour des couples homosexuels. Pasteur baptiste, anthropologue et Docteur en théologie, Augustin Cossi Ahoga est spécialisé en religion traditionnelle africaine (RTA). Il a été Secrétaire régional des Groupes Bibliques Universitaires d’Afrique Francophone (GBUAF) de 2007 à 2019.

Bénin Web TV: Parlant du couple, y a-t-il une différence entre le mariage et une « union civile » ?

Pasteur Augustin Cossi Ahoga : Le pape [François, ndlr] est clair. Il parle d’« union civile » pour les homosexuels, mais il n’y a pas de mariage pour eux. Il faut le comprendre en tant que Pape et comprendre aussi la doctrine de l’église catholique. Dans le catholicisme, il y a 7 sacrements (rite cultuel sacré, ndlr) et le mariage en fait partie. Donc, c’est un acte divin posé par les représentants de Dieu à l’égard des personnes qui ont fait une démarche qui remplit les conditions (la démarche du mariage), avant qu’on ne le leur octroie. Et si des personnes devaient passer par ce sacrement, les conditions exigent qu’ils doivent être un homme et une femme. Pour le Pape, le mariage est un mot historique. Mot historique parce que ça se réfère à un événement. Et l’église catholique en a fait un sacrement.

Aux hommes homosexuels, il [pape François, ndlr] dit, ce sont des citoyens d’un Etat qui ont besoin d’une famille. Donc, il faut leur permettre d’avoir une famille. Mais, ils ne peuvent pas avoir le sacrement parce qu’ils ne remplissent pas les conditions pour l’avoir. C’est ainsi parce qu’il parle d’union civile. Ceux sont des citoyens qui désirent quelque chose, il faut le leur accorder. Cette nuance est importante à faire pour comprendre [les propos du premier responsable de l’église catholique, ndlr].

Est-ce un ballon d’essai pour la remise en cause du mariage, selon Dieu ?

Je ne pense pas que ça soit cette proposition qui fera qu’on va bannir le mariage. Si les gens qui ont la conviction que le mariage vient de Dieu et qu’ils doivent vivre selon leur conviction, s’ils le vivent dans le contexte où le véritable amour est donné, ce sera difficile d’effacer. L’homosexualité ne peut pas produire des enfants. Supposons que tout le monde devrait alors en arriver-là, à un moment donné, il n’y aura plus d’enfant. Raison pour laquelle le mariage doit nécessairement continuer et c’est une réalité créée par Dieu. Jusqu’à ce que Jésus ne revienne, pour tous ceux qui y croient, le mariage va persister. De plus, si nous (en Afrique) qui avons dans notre culture la valeur de la vie sacrée, de l’être en tant que homme et femme. Si nous sauvegardons et ne monnayons pas (la valeur de la vie sacrée), si nous ne cédons pas à l’envahissement pour des raisons pécuniaires [aide au développement et autres projets occidentaux qui sont conditionnés au renoncement des valeurs traditionnelles, ndlr], le mariage sera sauvegardé en Afrique et d’autres parties du monde le feront également.

Si nous sauvegardons et ne monnayons pas la valeur de la vie sacrée, si ne ne cédons pas à l’envahissement pour des raisons pécuniaires, le mariage sera sauvegardé en Afrique.

Pasteur Cossi Augustin AHOGA, PhD

Par cette déclaration, le pape François ne s’éloigne-t-il pas davantage de la position de son prédécesseur Benoît XVI qui s’est ouvertement opposé à l’homosexualité ?

Je ne pense pas que la papauté soit une continuité radicale ou absolue. Chaque pape vient avec sa vision, sa personnalité et ses objectifs. Bien sûr, il y a des principes, il y a des choses qui doivent continuer. Mais, on ne peut pas dire que l’autre doit faire exactement ce que le second veut. Si on comprends très bien, le pape Benoît XVI, un théologien, a réellement pensé pour le pape Jean-Paul II. Et quand on remonte au pape Jean-Paul II, nous voyons quelqu’un qui a révolutionné la pensée de l’église.

Si l’église est une structure ecclésiale, il [ le pape Benoît XVI, ndlr] en a donné une autre dimension. C’est pourquoi, à partir de lui, on va parler de église-famille de Dieu. La valeur que doit refléter désormais l’église est une famille. Et quand il parle de famille, on doit entendre par-là l’importance de l’homme et de la femme à laquelle l’église dit référer.

Quand on prend le pape Ratzinger (pape Benoît XVI), qui a écrit « Jésus de Nazareth », son commentaire à la page 135 met l’accent sur le commandement « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l’Eternel, ton Dieu, te donne.» On peut ainsi dire que la pensée théologique de « église-famille de Dieu » est « bien pensée théologiquement ». Peut-être qu’il a pressenti toute cette pression mondiale, ou qu’il a pressenti que ses convictions seront mises à mal. C’est ainsi qu’il a surement dit: « faut-il continuer et d’être frustré ? » (Parce qu’il y a toute une machine mondiale, qu’est l’occident, qui risque de broyer si on n’est pas fort).

Et si Benoît XVI pense qu’au niveau de la curie romaine, les avis de résistance à cette pression mondiale n’y sont pas, alors la manière la plus simple est de dire « je me retire ». Par contre, nous voyons chez le pape François un homme très ouvert. Et cette ouverture, on ne s’est pas ce que ça peut amener comme changement au niveau du catholicisme. On devait attendre pour voir. Donc, sur ce plan, les deux n’ont pas la même vision de ce que c’est la famille, de ce qu’est l’orthodoxie. Je ne suis pas sûr que l’orthodoxie catholique va continuer telle qu’elle a été vécue jusque là. Il doit avoir un changement qui arrive. Mais, on ne connaît pas la révolution qui va se faire.

Quelle devrait-être la position de l’Eglise catholique en Afrique face à cette déclaration controversée ?

Il me serait difficile de répondre à cette question parce que ne faisant pas partie des autorités. Mais si l’Eglise catholique en Afrique a sa capacité, il devrait normalement apporter une position ou dire « non ». Si je me réfère à ce qui s’est passé en 1956, où on parle de « Des prêtres noirs s’interrogent  » [ Ouvrage publié par treize prêtres africains et haïtiens, et dans lequel ceux-ci témoignaient de la difficulté d’être à la fois Noirs, dans la mouvance du mouvement de la négritude, et représentants d’un christianisme venu tout droit d’un Occident colonisateur, ndlr]. S’ils sont toujours dans cette pensée [ Des prêtres noirs s’interrogent, ndlr], ils devront se regrouper et donner leur position ou éclaircir les gens en ce qui concerne ce que le pape à dit, c’est-à-dire, le pape à dit ça, mais le mariage chez nous reste une valeur.

Je reconnais qu’au niveau de la culture, ils [les prêtes africains, ndlr] sont très ancrés dans l’inculturation, c’est-à-dire la valorisation des cultures africaines. Et s’ils sont dans cette pensée, ils ne peuvent pas aller dans le sens où, il faut accorder la liberté [orientation sexuelle des chrétiens catholiques LGBT, ndlr] sans savoir si l’on n’y met pas un frein, jusqu’où cela peut nous emporter. Ils devront pouvoir réagir. Attendons donc pour voir, parce que ça vient de se passer. Ne devançons pas les faits.

Si jusque-là en Afrique, la polygamie n’est toujours pas acceptée dans l’Eglise Catholique Romaine, n’assistons-nous pas à des règles éditées, selon des traditions européennes dans cette communauté ?

Je pense que la polygamie désigne une réalité qui est complexe. Complexe parce que, lorsque les gens acceptent le divorce facilement, c’est une autre forme de polygamie. Lorsqu’en Occident, ils se marient, et après 1 à 2 enfants, ils divorcent et se remarient, c’est aussi une polygamie. En fin de compte, si on voit le phénomène polygamique comme un homme qui a eu plusieurs femmes, même si on ne voit pas dans le temps si toutes ces femmes sont avec lui au même moment, c’est une forme de polygamie. Accordez une facilité au divorce est une forme de polygamie.

Ils ne sont pas très catégoriques en disant, pas de divorce. Lorsque les sciences humaines prennent un pas sur certaines convictions bibliques, on ne met plus l’accent sur le péché, on ne met plus l’accent sur certaines vérités fondamentales, mais on commence par excuser l’homme. Dans l’approche psychologique de comprendre et d’excuser l’homme, on monnaie [ vérités fondamentales, ndlr], c’est-à-dire on adoucie la doctrine, ce qui fait que l’orthodoxie prend un coup.

On en peut pas dire que c’est une règle que le gens établissent en parlant de polygamie. Les trois branches du christianisme, à savoir le catholicisme, le protestantisme, et les évangéliques, font partie de la même tradition chrétienne. Quoique nous en Afrique, devrions commencer par dire que nous ne sommes pas de la tradition purement chrétienne. Nous sommes de la tradition judéo-chrétienne parce que notre culture est très proche de la culture juive sur laquelle est bâtie les pensées chrétiennes. Et quand on enlève la pensée de l’ancien testament, c’est très difficile de bien saisir. Donc, notre foi étant judéo-chrétienne, on va se poser la question de savoir ce qu’est devenue la polygamie de la foi judaïque au temps du nouveau testament. Il faut alors faire un débat autour pour bien comprendre. Donc, ce n’est pas une règle établie parce que dans le christianisme, c’est la monogamie qui est l’archétype du mariage. Si vous voulez-vous marier selon la volonté de Dieu tel que les textes [ La Bible, ndlr] ont été interprétés, vous devez être monogame.

Maintenant la monogamie veut dire quoi ? Est-ce resté avec une femme ? Est-ce resté avec un mari ? Que vous ayez d’enfants ou pas ? Que l’autre ai de bons caractères ou pas ? Que l’autre soit acariâtre ou pas ? Est-ce que tous ont les aptitudes ou la maturité que demandent les textes bibliques d’avoir pour vivre et rester dans ce régime monogamique ? Beaucoup n’ont pas, parce que la plupart ne sont pas des disciples et viennent [dans le christianisme, ndlr] avec tout leur passé, leur tradition. Et pour porter ce « fardeau », ils disent « NON », « je ne peux pas porter », « ça me pèse trop », « je vais craquer »…, et pour ça, ils laissent et déposent.

Quel doit-être le message biblique que doivent retenir les chrétiens sur l’homosexualité et les personnes gays ?

Si on regarde dans l’histoire pour savoir pourquoi ce disfonctionnement [ l’homosexualité, ndlr] est arrivé, on se réfère à Freud [Sigmund Freud, neurologue autrichien et père de la psychanalyse, 1856-1939, ndlr]. Freud a montré si c’est pas l’église qui a favorisé ça ?. Quand je dis l’église, c’est différent de l’Évangile. Que ceux qui m’écoutent fassent la part pour savoir que, pour moi, l’Évangile est différent du christianisme. Les gens ont entendu l’Évangile, ils ont réagi et ont construit le christianisme. Est-ce que c’est pas le christianisme qui est à l’origine de ça [ l’homosexualité, ndlr] ?

La vie que l’Évangile propose, c’est la vie communautaire, et c’est ça qu’on retrouve dans les valeurs traditionnelles africaines [où] l’homme vit en communauté. La vie est si difficile face aux aléas qu’on ne peut pas y faire face en tant qu’individu. Et lorsque le christianisme a adopté le principe social d’individualité et de matérialisme, l’individu fait face lui seul à la vie et c’est pourquoi quand il succombe, il va chercher d’autres solutions [ l’homosexualité entre autres, ndlr] . Et dans le domaine du mariage, deux personnes qui ont des éducations différentes, arrière-plans différents, qui se sont mises ensemble, et qui veulent vivre ont souvent des conflits. Et comme le conflit est porté par les deux [conjoints] seuls, c’est ça qui explique pourquoi ils peuvent facilement tomber.

Tandis que, si c’est dans le système communautaire, vous vivez en communauté, et dès qu’il y a un problème, la communauté porte le problème avec vous. C’est pourquoi on peut supporter [ les conflits] lorsque le système communautaire prévaut dans notre socialisation. Et c’est pourquoi, si la foi demeure judéo-chrétienne, nous avons des valeurs africaines qui vont nous aider à vivre cet amour dont Jésus a parlé. Les dix commandement, c’est aimé Dieu et aimé son prochain. Mais comment aimé le prochain lorsqu’on ne le connais pas, lorsqu’il est éloigné de vous, lorsque vous l’excluez, lorsque vous rentrez dans une compétition avec la personne ? Cela voudra dire qu’il faut revenir sur certaines valeurs africaines qui nous aident à porter. Et ces valeurs, dans l’ancien testament, c’est aussi la communauté. C’est pourquoi la société dans l’ancien testament est définie en termes de tribus. C’est un groupe de personnes qui vivent ensemble dans le tribus, le clan, et la famille. C’est le socle dans lequel un individu se retrouve, s’identifie et ce socle porte avec lui la vie.

Quand nous avons publié un livre sur l’Église, livre intitulé « Du temple à la cité, quand l’église africaine pense le développement », nous avons développé dans un chapitre ce retour à ce que les gens naissent. Même s’ils doivent naitre dans l’église, il faut que les gens naissent par un système de communauté. Donc, il y une stratégie communautaire qu’il faut mettre en place par laquelle l’église naît. Parce que quand vous regardez dans le nouveau testament, l’église n’a jamais été une société anonyme, ceux sont des églises de maison. Une petite communauté où la personne qui vient découvre et se sent membre, est comprise et est accompagnée. Mais si on le sort et c’est lui seul, c’est facile que face aux aléas, face aux problèmes conflictuels du mariage, qu’il ne puisse les porter seul. Donc, nous devons dire que: cet homme qui est homosexuel, il faut aimer le pécheur et haïr le péché. Donc, aimer la personne mais ne pas aimer ce qu’il fait.

Cela demande qu’il ne doit pas être traité comme: « voilà le danger », « voilà l’odeur puante qui vient ». En le faisant ainsi, nous les mettons dans des conditions où ils régissent. Ma petite expérience, quand j’étais en Europe, on avait dans une communauté quelqu’un comme ça [un homosexuel, ndlr], avec qui on travaillait. Lorsque nous sommes partis parler avec lui, il s’est demandé : « Comment vous, vous êtes de chrétiens et vous me considérez ? ». On lui répondu que : « pour nous, vous êtes une personne et Dieu vous aime. » C’est lorsqu’il nous a raconté comment il est devenu homosexuel qu’on a compris que c’était un disfonctionnement. Donc, [ils ont besoin] du désir d’être compris et de ne pas être catalogué. Je dirai la même chose en parlant d’un sorcier. En principe chez nous [ en Afrique], la sorcellerie pue que l’homosexualité. Si vous avez peur en le voyant et vous reculer, comment il comprendra Dieu ? S’il est dans un état qui est normalement contraire à la loi de la société, ou bien un état qui fait peur au reste de la société, notre objectif n’est pas de les rejeter. C’est de les aimer et de leur témoigner de l’amour. Nous (chrétiens) avons à vivre notre foi en mettons en pratique l’amour du prochain.

Peut-on dire que l’homosexualité est liée à un disfonctionnement de l’être ?

Si vous le dites ainsi, ils ne seront pas d’accord avec vous. Pour eux, c’est pas un disfonctionnement, mais ils disent plutôt « c’est notre nature ». Si une personne est normale, par rapport à la société traditionnelle, s’il est un homme, son regard serait porté vers une femme. Si c’est une femme, son regard serait porté vers un homme. Maintenant, ces personnes changent cette nature et voient que c’est normal. Ça veut dire qu’à un moment donné, c’est la société qui a créé ça.

Parce que la société occidentale à créé ce qu’on appelle le post-modernisme, on a tué tout ce qui est référence. Le passé a été considéré comme désuète, méchant, mauvais. Et ainsi, il n’y a plus de référence. Mais lorsqu’il n’y a plus de référence par rapport auquel vous identifiez, vous créez vous-même votre propre identité. C’est cela qui a donné la liberté aux gens, même lorsqu’ils ont un problème, ils le stigmatisent et l’interprètent comme: « ça, c’est ma nature », « c’est la manière pour moi de vivre ». Donc, c’est tout un long chemin et le postmodernisme est préparé à cela.

Quand on tue les références, on met en jeu tout ce qui est tradition et par rapport à ça, chaque individu fait ce qu’il veut. Le postmodernisme dit « ce qui est bon pour toi, n’est pas bon pour moi ». Et ça, c’est le relativisme, et le relativisme favorise tout ça. Donc, nous entant qu’africain, devons être fière d’avoir une tradition, d’avoir une référence. Quand on vous appelle, vous avez un référence, vous avez une ethnie. Qu’on ne nous chante plus, le tribalisme est mauvais. Au lieu de voir le côté négatif du tribalisme, il faut voir le côté positif. De grands théologiens ont ainsi créé un néologisme qu’on appelle la tribalité. L’aspect positif est le fait d’avoir une identité qui vous réfère à [une tradition]. Dans le cas du Bénin, on a une identité, il est mahi, il est bariba,…, il n’y a rien de mauvais à cela. Toute entité à un phénomène dualiste. Il y a le bon et le mauvais côté. Très souvent, nous regardons au mauvais côté et nous rejetons le bien qu’il y a dedans. Donc, nous devons faire la part des choses et dire qu’à un moment donné, nous devons faire triompher le bien, et c’est le rôle des chrétiens, faire triompher le bien. Parce que nous avons les aptitudes, les capacités, et la compréhension pour faire triompher le bien. En faisant triompher le bien, le mal va toujours exister mais à un degré moindre.

Peut-on prendre l’Afrique comme l’espoir mondial de la famille ?

Ça doit être notre raison d’être. Le reste de l’humanité a perdu la valeur humaine. Si vous prenez l’Occident aujourd’hui, c’est sa science même qui va détruire l’humain avec tout ce qu’on fabrique. Bien que nous soyons dans une dépendance, l’espoir de l’être humain avec sa valeur humaine est encore avec nous en Afrique. Et si nous le perdons, ça sera un peu difficile. C’est pour ça que je suis d’avis qu’on revalorise certaines cultures africaines qui accordent encore une grande valeur à l’humain. Bien sûr, quand nous voyons nos villes, ils sont entrain de devenir comme l’occident.

Dans le Bénin profond, on voit encore cette humanité qui vit. Quelqu’un qui tombe, on ne peut pas passer sans le secourir. Il y a aujourd’hui deux grandes valeurs qui partent, à savoir « la valeur de l’âge » et « l’hospitalité ». C’était des valeurs qui montrent que l’humain est important. Si cette valeur (l’hospitalité) était là, on n’allait pas renvoyer les gens ailleurs [ politique d’expulsion des migrants, ndlr]. La valeur de l’hospitalité dit : « l’étranger, il faut l’accueillir ». Mais dans le monde entier maintenant, c’est l’étranger qui fait peur et il faut le renvoyer, alors que l’hospitalité dit que l’étranger a de la valeur. Parce que les données ont changé, le monde aujourd’hui est devenu très matérialiste de telle manière que le peu que vous avez, quand vous le prenez, vous avez peur qu’on vous le reprenne. Dans la société traditionnelle où il y très peu de valeur accordée au matérialisme, il n’y rien qu’il [ l’étranger] va voler. C’est ça qui fait qu’on peut l’accueillir, on peut lui accorder une chambre, on peut lui donner à manger, parce qu’on se dit qu’un jour , « je peux être dans sa position ».

Ces valeurs, nous avons besoin, non pas de les prendre et les mettre dans la société d’aujourd’hui, parce que les conditions ont changé. Mais, nous avons besoin de chercher la manière de les récréer selon le contexte d’aujourd’hui pour permettre à l’humanité d’avoir encore la notion d’humain. Si non, nous allons devenir des machines, des robots, comme ils le proposent là bas [Occident]. Ce qu’ils appellent la république des post-humains. Et si on en arrive là, le monde serait chaotique. Imaginez des hommes qui sont comme des robots, sans sentiments !

Donc, l’Afrique est un espoir et c’est pourquoi nous avons à porter ce message et à faire en sorte que l’africain n’ai pas honte de son humanité, de sa culture. Il doit la valoriser. Si le christianisme occidental est venu dans la culture occidentale, nous avons besoin de prendre l’Evangile et de le mettre dans notre culture et faire valoriser nos cultures qui sont très proches de l’ancien testament, donc la foi judéo-chrétienne. C’est ma nouvelle manière d’exprimer à mes compatriotes, à tous ceux avec qui je vis. Nous devons repenser désormais la foi judéo-chrétienne parce que notre culture est très proche. Et en la rejetant, en la bafouant, nous nous préparons à ce que l’amour dont Dieu a parlé, qui est le facteur d’identification du chrétien disparaisse.

Quel message de conclusion pour le chrétien africain ?

Chrétien africain, si tu m’écoutes, si tu me vois, ce que je te demande, c’est de dire qu’il y a beaucoup de valeurs africaines qu’il faut repenser et qui vont permettre d’accueillir l’Evangile et de restituer les valeurs chrétiennes, c’est-à-dire de l’Evangile, qui ne sont pas normalement compatibles avec certaines valeurs africaines parce que Dieu était ici avant que les missionnaires n’arrivent. Er partout où Dieu a été, il a laissé ses empreintes. Donc, notre culture n’est pas quelque chose de diabolique qu’il faut évacuer. Il faut penser pour dire que l’espoir de l’humanité, de l’humain de demain repose sur nous. Donc, c’est une grande responsabilité. Qu’allons nous apporter au monde si nous rejetons ce que nous avons pour prendre ce que les gens détruisent [ culture occidentale]. Donc, l’espoir c’est de rechercher ce que nous avons. Et par rapport à ce que Dieu veut que nous comprenions et extirpions de négatif de ces cultures, [ nous allons le faire] et apporter à l’humanité ce qui lui manque.

1 commentaire
  1. joslyn kouton dit

    Je crois qu’il ne faut pas faire d’amalgame entre la déclaration du pape qui relève de la pastorale et non de la doctrine. La doctrine est universelle mais la pastorale est prudentielle et circonstancielle. Les affirmations du Saint Père ne sont pas doctrinales pour remettre en cause la doctrine de l’Église sur la question de l’homosexualité. Mais du point de vue pastorale il est dans son droit de prendre des positions pour exhorter à l’amélioration des conditions humaines et sociales de ces personnes qui sont en réalité des êtres humains comme nous tous.
    En remettant les déclarations dans leur contexte et tenant compte de la version authentique et originale contenue dans le journal Aletia , je crois qu’il n’y a pas à s’émouvoir en tant que tel.

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