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Présidentielle en Côte d’Ivoire: des partisans de Gbagbo vont déposer une candidature en son nom

Laurent Gbagbo, toujours en Belgique, pourrait être candidat à la présidentielle ivoirienne du 31 octobre: ses partisans ont annoncé mercredi qu’ils allaient déposer un dossier en son nom, alors que l’ex-chef d’Etat ne s’est pas encore prononcé publiquement sur le sujet.

“EDS (Ensemble pour la démocratie et la souveraineté) informe les Ivoiriens et la communauté internationale (…) qu’il déposera la candidature du président Laurent Gbagbo selon les procédures prévues”, a affirmé le président de la coalition, Georges Armand Ouegnin, lors d’une déclaration au siège du Front Populaire ivoirien (FPI), fondé par Laurent Gbagbo.

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Celui-ci est toujours en liberté conditionnelle en Belgique dans l’attente d’un éventuel procès en appel devant la Cour pénale internationale, qui l’a acquitté en première instance de l’accusation de crimes contre l’humanité. Il a le droit de voyager à condition que le pays d’accueil accepte sa présence, mais il n’a pour le moment pas de passeport. Son avocate accuse les autorités de le lui refuser, celles-ci parlent de “traitement” en cours.

Si la candidature de Gbagbo, 75 ans, devenait réelle, la Côte d’Ivoire retrouverait au premier tour les trois grands rivaux de l’élection de 2020. Elle avait débouché sur une crise qui avait fait 3.000 morts, née du refus de Laurent Gbagbo de reconnaître la victoire du président Alassane Ouattara.

Le président Ouattara, 78 ans, a déjà déposé son dossier pour briguer un troisième mandat controversé alors que l’ancien président Henri Konan Bédié (1993-1999), 86 ans, devrait le faire jeudi.

“Gbagbo ou Rien”

Laurent Gbagbo entretient pourtant le mystère autour de ses intentions pour la présidentielle. Son ancien Premier ministre, Pascal Affi Nguessan, qui a obtenu le contrôle légal du FPI, a lui déjà annoncé sa propre candidature.

EDS, qui comprend notamment les GOR (“Gbagbo ou Rien”), la faction qui lui est restée loyale au sein du FPI, a protesté mercredi contre la confirmation de la radiation des listes électorales de Laurent Gbagbo par la justice ivoirienne – une mesure qui a aussi touché l’ex-chef rebelle et ancien Premier ministre Guillaume Soro, qui veut être candidat et vit à Paris. 

La radiation de Laurent Gbagbo “relève de la pure manœuvre politicienne mise en œuvre pour empêcher son retour en Côte d’Ivoire et empêcher sa candidature par une instrumentalisation de la justice”, a dénoncé M. Ouegnin.

Les candidats ont jusqu’à lundi minuit pour déposer leurs dossiers et ne doivent pas nécessairement être présents physiquement, a affirmé à l’AFP le président de la Commission électorale indépendante (CEI) Ibrahime Kuibiert Coulibaly. “L’éligibilité relève du Conseil constitutionnel” et de lui seul, a-t-il rappelé.

Les motifs qui ont conduit la justice à confirmer la radiation de Laurent Gbagbo devraient conduire le Conseil constitutionnel à prononcer son inéligibilité, selon des sources judiciaires.

Condamnation non définitive

Toute condamnation “irrévocable”, c’est à dire ayant épuisé tout recours et appel possible, conduit à la radiation des listes et à l’inéligibilité. Laurent Gbagbo a été condamné en janvier 2018 par la justice ivoirienne à 20 ans de prison pour le “braquage” de la Banque centrale des Etats d’Afrique de l’Ouest, pendant la crise post-électorale.

EDS, qui conteste aussi le fond, assure que sur la forme cette condamnation n’est pas définitive, “le président Laurent Gbagbo n’ayant (pas) reçu de citation à comparaitre ni de notification de condamnation”.  La coalition assure également “comprendre le mécontentement général des Ivoiriens contre le troisième mandat illégal de M. Ouattara”.

Comme la précédente, la Constitution, révisée en 2016, limite à deux les mandats présidentiels. Les partisans de M. Ouattara affirment que la révision a remis le compteur des mandats à zéro, ses adversaires jugent anticonstitutionnelle une troisième candidature.

Cette candidature controversée a débouché sur des violences inter-ethniques dans plusieurs villes du pays, qui ont fait au moins 8 morts. De nombreux observateurs craignent de nouvelles violences avant et après le scrutin du 31 octobre.

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